‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 146 sur 235 · LA MISKRE: CAUSES ET REMEDES · texte numérisé non relu

LA MISKRE: CAUSES ET REMEDES

vemcnt. tout ce qui eu fait la grandeur et la puissance, la vérité et la vie. On nous plaindra surtout d'ètie condamné à ne donner ici que le titre de Farticlc suivant : De r Assistance qui humilie et de celle qui honore. Et de cet autre encore : De V Aumône.

Ici le point de vue surnaturel domine tout. Le pauvre est intercesseur pour le riche; et par là il rend plus qu'il ne donne : « Si vous savez donner au nom de Dieu, et si le pauvre sait prier pour vous, il y a réciprocité de services. Cette famille indigente que vous aurez assistée se sera plus qu'acquittée quand ce vieillard, cette pieuse mère, ces petits enfants auront porté votre nom devant son trône. »

Ailleurs le pauvre est un prêtre; sa misère, ses sueurs, son sang, c'est le- sacrifice satisfactoire, expiatoire qui paie la rédemption de Ftiumanité. Et l'au mône que notre religion reconnaissante lui offre, ce sont ses honoraires, tels que ceux que nous prions le prêlre d'agréer, en baisant sa main pour le remercier.

Le nom d'articles convient mal à de pareils travaux. Ce sont des séries d'études par lesquelles passe successivement toute la doctrine de l'économie chrétienne ; mais une doctrine vivifiée par une éloquence et éclairée par une lumière de foi qui les fait ressembler à des prédications.

Le dernier de ces essais, entre ceux qui nous sont transmis dans les OEuvres complètes i, est une étude philosophique et historique sur les oi'igines du socialisme. Elle tenait au cœur d'Ozanam : « Il est temps, déclare-t-il en tète, de montrer qu'on peut plaider la

1. Les articles d'Ozanam ne sont pas signés, comme nous nous en sommes assuré. Nous devons donc nous borner ici aux fragments insérés dans ses œuvres complètes : Mélanges. Œuv. compL, t. VII, p. 231.

cause des prolétaires, se vouer au soulagement des classes souffrantes, poursuivre l'abolition du paupérisme, sans se rendre solidaire des prédications qui ont déchaîné la tempête de juin, et qui suspendent encore sur nous de sombres nuages. »

Ce socialisme décevant, Ozanam en rappelle les doctrines funestes, lui en oppose de meilleures pratiquées par l'Église, et rétablit la base sacrée de la science sociale. Le philosophe démontre que, depuis Platon jusqu'à Muncer et Jean de Leyde, toutes les théories sociales n'ont abouti qu'à l'utopie, au désordre et à la violence. L'historien fait voir par contre ce que l'Église a fait pour le maintien et respect de la propriété d'une part, pour l'organisation du travail d'autre part, par l'association assise sur la double base de la justice et de la charité chrétienne. Le théologien, si j'ose lui donner cenom, en déduit comme conséquence le principe suivant : « Dans la société chrétienne, les intérêts du ciel sont liés à ceux de la terre par des nœuds si étroits qu'on n'a jamais touché à ses dogmes sans ébranler jusqu'au fond ses institutions temporelles. » Dogme de la déchéance de l'homme et de sa rédemption par le sacrifice et la souffrance ; dogme de la vie future sanction et compléments de la vie d'ici-bas, qu'elle active à la fois et console par l'espérance : Telle est la double clef de ses grands problèmes, dont il dit : « Pour leur solution il faut surtout compter sur le christianisme qui n'a jamais cessé de repousser avec la même fermeté les erreurs socialistes et les passions égoïstes : le christianisme seul capable de réaliser l'idéal de la fraternité sans immoler la liberté; et de chercher le plus grand bonheur terrestre des hommes, sans leur arracher ce don sacré

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de la résignation, le plus sûr remède de leurs douleurs et le dernier mot d'une vie qui doit finir. »

Pratiquement, Ozanam disait encore que « la science du bien social et des réformes bienfaisantes sapprend moins penché sur les livres et assis au pied de la tribune politique qu'en montant les étages de la maison du pauvre, qu'en s'asseyant à son chevet, qu'en souffrant du même froid que lui, qu'en entrant dans le secret de son cœur désolé et de sa conscience ravagée. Quand on a ainsi étudié le pauvre chez lui, à l'école, à l'hôpital, à l'atelier, dans les villes, dans les campagnes, dans toutes les conditions où Dieu l'a mis, c'est alors seulement que, muni de tous les éléments du formidable problème, on commence à le posséder et on peut songer à le résoudre ».

Il y avait de j eunes confrè res que fa scinaient pe ut-être de prestigieuses utopies : Ozanam y opposait son expérience et ses souvenirs d'étudiant : « On vous dira, et déjà on vous dit chaque jour : Jusques à quand irez-vous dans les associations catholiques pratiquer la charité du verre d'eau? Qu'allez-vous faire parmi des hommes qui ne savent que soulager la misère, sans en tarir les sources? Que ne venez-vous plutôt vous asseoir dans ces réunions plus hardies où l'on travaille à déraciner le mal d'un seul coup, à régénérer le monde, à réhabiliter les déshérités? — Ce langage n'est pas nouveau pour nous : c'est celui que nous tenaient, il y a quinze ans, les écoles saint-simoniennes et phalanstériennes, lorsqu'en si petit nombre nous fondions la Société de Saint- Vincent de Paul ! Ah! que le Ciel nous garde de nous glorifier de nos œuvres! Mais, quand nous comparons ce que nous aurions fait dans les rangs de ceux qui nous infligeaient leurs reproches, avec les besoins que nous

avons secourus, les larmes que nous avons essuyées, les unions lég-itimces, les enfants élevés, peut-être les crimes prévenus, les colères adoucies, ah ! nous n'avons pas de regret du choix que Dieu nous a inspiré de faire! Choisissez de même, Messieurs, et, dans quinze ans, vous ne vous en repentirez pas! »

Jusque-là /'£';r nouvelle^ journal de la pacification sociale par le christianisme, n'avait guère trouve de contradicteurs dans les rangs catholiques. Aussi bien, c'était sur cet impérieux intérêt de la défense social-e que s'était fait provisoirement le ralliement de leurs chefs à la République conservatrice. Dès le 24 février, l'Univers s'était empressé d'écrire, 10 heures du soir : « La dynastie de juillet a succombé, la Révolution est consommée. Aujourd'hui comme hier, rien n'est possible que par la liberté. Une liberté sincère peut tout sauver. Tous les gouvernements ont en eux la faculté de s'affermir. Il leur suffit d'aimer la justice et de pratiquer la liberté. »

C'était aussi à la cause de la liberté queMontalembert associait celle de la république, dans son manifeste du 28 février, aux comités catholiques : « Au miheu de toutes les révolutions, l'Égiise reste debout. Sous la république, comme sous la monarchie, catholiques avant tout, il nous faut défendre, aimer, servir la liberté religieuse dans un ardent amour pour la patrie, un impérissable dévouement à sa gloire et à son bonheur. » Sa profession de foi aux électeurs du Doubs s'avançait même jusqu'à dire : « Si, comme aux États-Unis, cette forme de gouvernement garantit à la religion, à la propriété, à la famille, le bienfait suprême de la liberté, la république n'aura pas de. fils plus dévoué que moi. Mais si elle ne recule pas

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