L'AVANT-PROPOS
m'accompagnera, lui, jusqu'à la fin de ma course, sur ces hauteurs du moyen Age où il a marqué sa place. Trois femmes bénies m'assisteront aussi : la Vierge Marie, ma mère et ma sœur. Mais celle qui est pour moi Béatrix m'a été laissée sur la terre pour me soutenir d'unsourire et d'un regard, pour m'arracher âmes découragements, et me montrer, sous sa plus touchante image, la puissance de l'amour chrétien dont je vais raconter les œuvres.
« Et maintenant, pourquoi donc liésiterais-je à imiter le vieil Alighieri, et à terminer cette préface comme finit celle de son Paradis, en meltant mon livre sous la protection du Dieu béni dans tous les siècles. »
Telle est la fin de V Avant-propos. C'est le nom du « Dieu très bon et très grand » inscrit au fronton du portique. Mais lui sera-t-il donné de mettre la dernière main à l'édifice commencé? il a répondu à sa vocation, il a accompli sa mission, il a traversé le désert, sous la conduite de la colonne de feu ; il est sur la montagne, en face de la Terre promise. Y pourrat-il entrer? Il vient de nous faire entendre ses appréhensions, avec sa résignation. N'a-î-on pas dit de cet Avant-propos que c'était « un acte testamentaire »?
Tandis que ces pages sereines se voilaient de ce sombre pressentiment, une autre grande souffrance vint fondre sur Ozanam au sujet de la personne chère qu'il vient de saluer et remercier sous l'image de Béatrix. Je lis un peu plus tard dans ses lettres : « Ce printemps dont nous nous promettions tant de bien n'a été qu'une saison de douleur. Et maintenant toute ma préoccupation est de rétablir ma femme et ma fille avant les premières fraîcheurs de l'automne. »
/i86 VACANCES A SCEAUX.
— « Il faut avoir connu le cœur de Frédéric, rapporte son frère, pour se faire une idée de ce qu'il éprouva alors; et je me souviens qu'il me disait, plus mort que vif : « Je ne puis sentir souffrir Amélie sans que mes entrailles en soient déchirées! » Dès le mois de juillet, anticipant sur les vacances, il loua à Sceaux une maison de campagne où il établit les deux chères malades qu'il eût voulu ne pas quitter. Mais il y avait peu de jours où, dans ce dernier mois de l'année scolaire, il ne dût se rendre à Paris pour le rude travail des examens académiques.
Il y fut rejoint par Jean-Jacques Ampère, rentré en France pour peu de temps. Ce temps, le grand nomade le partageait entre Sceaux, où il venait du lundi au jeudi; et Paris où il retournait pour l'Académie et ses affaires. Puis il allait finir la semaine à Montreuil, près de Versailles, chez son ami Alexis de Tocque ville.
Ce fut donc pour Ozanam une société régulière de chaque semaine, sinon de chaque jour. Précieuse société qu'il avait tant appelée : « Vos amis ne vous pardonnent pas de leur avoir fait passer l'hiver sans vous. Ce beau soleil même que nous avons ici, contre notre habitude, ne vous remplace pas. Naples, qui n'a pas le pouvoir de changer en bêtes les membres de l'Académie française, n'aurait-elle pas, comme Circé, le secret de leur faire oublier la patrie? Je ne sais, mais, quoique j'aie toujours passionnément désiré votre bonheur, je m'effraye quelquefois de vous savoir si heureux à quatre cents lieues de nous. »
Ils allaient donc reprendre ensemble ces entretiens et ces revisions littéraires, qu'appelaient les écrits en partance pour le grand public. Ozanaiii lui nommait d'abord les Poètes franciscains , « cet