‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 198 sur 235 · SA CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

SA CONFÉRENCE

des pauvres et des riches, le plus grand des riches puisqu'il l'est par nature, le plus saint des pauvres puisqu'il l'est par son libre choix d'amour. »

Tout est donc vigueur et grâce dans la parole d'Ûzanam, comme tout à l'heure dans son pinceau. C'est le phénomène de la vie montante et le dernier alllux de la sève d'automne à l'extrémité des rameaux qui regardent le ciel.

La même charité de saint Vincent de Paul le pressa d'écrire, dans ces mêmes journées, 5 mai, une lettre toute de délicate bonté à un de ses plus intéressants assistés de Paris, M. Jérusalemy, un juif converti au prix de courageux sacrifices, recommandé à la Société par les conférences de Rome et de Constantinople. Or c'est d'être de race juive, la race sainte d'autrefois, qu'il le félicite miséricordieusement : « Ah ! mon ami, quand on a le bonheur d'être devenu chrétien, c'est un grand honneur d'être né israélite, et de se sentir le fils de ces patriarches et de ces prophètes dont les paroles sont si belles, que l'Église n'a rien trouvé de plus beau à mettre dans la bouche de ses enfants. Vous saurez que pendant de longues semaines de langueur, les psaumes de David ne sont guère sortis de mes mains. Le Sauveur lui-même n'a-t-i 1 pas agréé de s'entendre appelé Fils de David? Et moimême, comme eux, je lui crie souvent dans mon infirmité : Fils de David, ayez pitié de moi ! Et puis je ne sais si je vous ai dit, mais mon frère Charles vous contera, comment nous aussi nous nous croyons d'origine israélite; c'est un lien de plus entre vous et nous; et vous devez mieux comprendre pourquoi nous, frères, nous nous associons avec un tendre intérêt à tout ce qui vous touche. Je pense que Charles vous aura présenté dans une conférence de Saint-

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Vincent de Paul. Il me serait doux d'apprendre que nous sommes unis encore de cette manière. Ne vous lassez pas de m'aimer, mon cher Jérusalemy, et de prier pour votre tout dévoué. » On ne saurait être plus parfaitement bon.

L'heureuse influence de la mer sur la santé d'Ozanam ne tarda pas à se faire sentir, comme il l'avait précédemment éprouvée à Dieppe et à Biarritz. Retrouvant quelques forces, il essaya de reprendre le travail littéraire. C'est à San-Jacopo qu'il se remit, pour la dixième fois peut-être, à la rédaction finale de son voyage à Burgos, son odyssée de trois jours. « Ah ! s'écriait-ii parfois, pourquoi ce San-Jacopo de Livourne n'est-il pas Saint-Jacques de Compostellel » Il écrivait lentement, doucement, à bâtons rompus, sur la table même où sa fille Marie prenait ses leçons. Quand une page était finie, il la lisait à sa femme, éprouvant tous deux une douce joie à voir le visage attentif de l'enfant qui, elle aussi, se souvenait.

Dans le même temps, mai-juin 1853, les Poètes franciscains ouvraient à Ozanam les portes de l'Académie florentine de la Cnisca (le Crible); de lar quelle il fut reçu dans la même séance que Cesare Balbo, l'illustre auteur des Espérances de l'Italie. Il était déjà membre correspondant de l'académie Tibérine de Rome, depuis 18V1 ; membre de l'académie des Arcades, depuis 18'p4. Ailleurs, il était membre de l'académie royale de Bavière, 18'i.7; membre de l'académie de Lyon, 1"' janvier 1848. Mais rien ne semble lui avoir été plus sensible que l'affiliation à l'ordre de Saint-François, dont le diplôme lui parvint à San-Jacopo, sous le sceau du Général de l'ordre. « Il me met au nombre des bienfaiteurs de la famille franciscaine, écrit-il le 22 juin, et m'associe

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