‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 77 sur 235 · LA CONSOLATION CÉLESTE · texte numérisé non relu

LA CONSOLATION CÉLESTE

rtre lie quelques jours, et pour finir enfin comme a fini ma sainte mère. »

En réalité, elle nelequitta plus. La pensée de cette mère lui devint comme une sorte de conversation liabituelle de son àme avec cette âme. Deux ans après, M janvier 1842, consolant son ami Falconnet frappé d'un deuil pareil, il lui faisait confidence de cette hal)itude de société spirituelle. Cette lettre est admirable :

« .Vprès ce coup de la mort où, dans l'excès do ma douleur, toute pensée de consolation me semblait impossible, injurieuse même à sa mémoire, d'autres jours sont venus et j'ai commencé à pressentir que je n'étais point seul. Alors quelque chose d'une douceur infinie s'est passé au fond de moi. C'était comme une assurance qu'on ne m'avait point quitté. C'était comme un voisinage bienfaisant, quoique invisible. C'était comme si une àme chérie, en passant, m'eût caressé de ses ailes. Et, de même qu'autrefois je reconnaissais les pas, la voix, le souftle de ma mère, ainsi, quand un souffle rechauffant ranimait mes forces, quand une idée vertueuse se faisait entendre à mon esprit, je ne pouvais m'empècher de croire que c'était toujours elle.

« Aujourd'hui encore j'éprouve toujours ceci. 11 y a des instants de tressaillement subit, comme si elle était là, à mes côtés. Il y a surtout, lorsque j'en ai le plus besoin, des heures de maternel et filial entretien; et alors je pleure peut-être plus que dans les premiers mois, mais il se mêle à cette mélancolie une ineffable paix. Quand je suis bon, quand j'ai fait quelque chose pour les pauvres qu'elle a tant aimés ; quand je suis en repos avec Dieu qu'elle a si bien servi, je vois qu'elle me sourit de loin. Quelquefois,

Page 1