LES ANCÊTRES. — LA FAMILLE. — LE COLLÈGE. LA CRISE DU DOUTE
Frédéric Ozanam naquit le 23 avril 1813, à Milan, alors ville française, de parents français de vieille race, et chrétiens de vieille foi.
Son père, Jean-Antoine-François Ozanam, né à Chalamont, près Trévoux, était un caractère. Il était en cela le digne fils de Benoit Ozanam, l'un des douze châtelains de Dombes, et d'Elisabeth Baudio, descendante de la famille de La Condamine et de l'ancienne maison de Saillans, dont le dernier rejeton périt, en 1792, à la tête de vingt mille hommes, dans le mouvement royaliste du camp de Jalès,
Après de fortes études classiques au collège des oratoriens de Lyon, à vingt ans, 1793, Jean-Antoine entra comme soldat dans le régiment des hussards dits de Berchiny, où il prit une part remarquée,
SOUS le général Bonaparte, aux batailles de Millésime, Mondovi, Pavie, Lodi, Castiglione, Arcole et Rivoli, desquelles il rapporta cinq blessures, avec le brevet de capitaine, à 25 ans. On cite de lui une mission heureuse et habile de parlementaire auprès du général Sou^varoff ; la capture qu'il fit d'un général napolitain, le prince de la Cattolica, qu'il emmena prisonnier à Bologne ; et la prise de l'étendard des Uhlands de Kraskinski, qu'il présenta à Bonaparte dont il avait attiré sur lui un regard d'estime et de confiance, qui lui demeura fidèle.
Ce soldat était un fils d'un dévouement intrépide. Aux jours de la Terreur, il se rendait avec son régiment, de Bourg- sa garnison à Vienne en Dauphiné, quand, à l'étape de Maximieux, s'étant un peu détourné pour aller embrasser sa mère à Challemont, il la trouva dans la consternation et les pleurs. Son mari venait d'être dénoncé, arrêté, et enfermé dans la prison d'Ambronay, près Ambérieu, pour de là peut-être monter à l'échafaud. Prenant avec lui deux hussards bien armés, Jean-Antoine monte à cheval, accourt à Bourg où il savait que le Comité de surveillance tenait séance, pénètre de force dans lasalle, et, le pistolet au poing, somme le bureau de signer un ordre d'élargissement qu'il emporte. Puis ventre à terre, il s'enfuit pour échapper à la poursuite des gendarmes que le comi!é, revenu do sa surj^rise, avait lancés sur ses traces. Il n'eut que le temps de courir rassurer sa mère en passant, pour tout de suite rentrer au régiment, où, chose étrange, Tonne s'était pas aperçu de son absence !
Jeune, riche, fort agréable de sa personne, aimable, spirituel, aimant le monde, et d'une inaltérable gaieté, cet officier d'espérance n'en quitta pas moins