LE CONCOURS D'AGRÉGATION
riva plus mort que vif au moment de prendre la parole.
Il jeta sa confiance toute en Dieu : jamais il ne s'en trouva mieux. Il parla donc sur les scoliastes. Il dit leurs services : « Les scoliastes, ces hommes dont le commentaire opiniâtre semble s'attacher comme un ver rongeur aux: écrits du passé, sont au contraire précisément ceux qui maintiendront la pureté des textes, éclaireront les allusions mal comprises, consacreront le souvenir des usages etiacés. Nous leur devons le bienfait de pouvoir lire les grands hommes qui furent leurs maîtres et les nôtres. » il parla sur ce sujet pendant sept quarts d'heure avec une compétence, une assurance et une aisance dont il s'étonnait lui-même ; et, tout le temps, avec un charme d'élocution qui lui conquit la sympathie des juges, l'admiration des assistants, et même le pardon des normaliens, tout à l'heure mal disposés à l'égard de l'intrus qui venait de sa province disputer et ravir à l'École, dont c'était l'apanage, la palme du combat.
Le scrutin définitif classa M. Ozanam premier du concours, sans même qu'il ait eu à faire entrer en compte l'appoint facultatif des langues étrangères. Ceux qui venaient après lui étaient MM. Egger et Berger, deux noms chers aux Lettres. Les juges du concours avaient été M. Le Clerc, doyen, M. Alexandre interrogateur sur la langue et la littérature grecques, .M. Patin sur lalangue etla littérature latine; M. Fauriel sur les quatre littératures étrangères, enfin .M. Ampère professeur au Collège de France, pour la littérature française : l'homme qui, après Ozanam, jouit le plus de ce triomphe.
Le rapport officiel du doyen au ministre de Tins-
triiction publique, 3 octolire 181p0, concluait ainsi : « Par ses connaissances classiques très étendues, par sa manière large et ferme de comprendre un auteur et de concevoir un sujet, par la clarté de ses commentaires et de ses plans, par ses vues hardies et justes, et par un langage qui alliait Toriginalité à la raison et l'imagination à la gravité, M. Ozanam parait éminemment convenir au professorat public.
« C'est ainsi. Monsieur le Ministre, que le concours qui vient de s'inaugurer sous vos auspices, et qui ouvre une ère nouvelle pour les facultés, ne sera peutêtre pas surpasse de longtemps. »
On avait beaucoup remarqué, durant cet examen, avec quelle franchise et liberté Ozanam avait professé le christianisme de ses pensées et de ses opinions. A propos de Montesquieu et de f Esprit des lois, il avait apporté la définition de la loi par saint Thomas d'Aquin; à propos de la critique littéraire au siècle de Louis XIV, il avait fait une brillante sortie contre l'école janséniste et sa funeste influence sur la poésie française. Il s'était surtout montré, là encore, plein de religieuse admiration pour saint François de Sales ; et cela, sans s'occuper le moins du monde de ce qu'en penseraient tel et tel de ses juges, à qui ccrtes^ la Vie dévole n'était pas familière.
Il l'expliquait ainsi à son frère, qui le rapporte: « Convaincu de FinsufTisance de ma préparation, et bien persuadé, comme me l'avait dit M. Cousin, qu'en aucun cas je ne serais reçu, je me présentai au combat dans cette disposition que, n'ayant rien à risquer, ni personne aménager, je devais rester moi, libre de mes sentiments, et le faire voir. C'est ainsi que j'ai pu parler plus hardiment, me montrer