‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 92 sur 235 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

BELGIQUE ET BORDS DU RUIX. — LE MARIAGE CHRÉTIEN. — PRÉLUDES ET FIANÇAILLES. — LYON OU PARIS? — LES NOCES. — VOYAGE DE NOCES. — LA SICILE ET ROME.

Le désir d'Ozanam, le lendemain de ce dernier combat, eût été de rentrer aussitôt à Lyon pour s'y réjouir de son issue avec ses frères et ses amis, et surtout pour en déposer le laurier aux pieds d'une personne qui lui était devenue une chère amitié, et déj à une douce espérance.

Cependant, d'autre part, il lui fallait tout de suite pourvoir à la suppléance de la chaire de M. Fauriel pour un cours sur la littérature allemande au moyen âge, à commencer par les Niebelungen et le Livre des Héros.

Tel était le sujet conseillé par M. Ampère, convenu avec M. Fauiiel. Mais pour dérouler en poète et localiser en témoin cette dramatique épopée d'outre- Rhin ne convenait-il pas c[u'il en eût au moins aperçu le théâtre ? Ses scrupules de professeur novice le décidèrent à une rapide excursion sur les bords

du Rhin. « C'était, comme il dit, un cas de conscience littéraire. » Mais n'était-ce pas plutôt, se demandet-il encore, une coquetterie d'amour-propre qui lui permettra de dire à ses auditeurs : Messieurs, j'ai vu? « Absolument comme, quand j'étais petit, je trempais le bout des doigts dans l'eau, afin de pouvoir répondre à maman, sans mentir : Je me suis lavé! » Il partit, plein de tristesse de ne pas s'en retourner directement à Lyon, dans un de ces moments où « le besoin d'épanchement débordait de son cœur ».

« Je fis donc le grand efTort qu'exigeait le devoir, et je me jetai à Paris en voiture pour Tiruxelles. Alors la nature prit le dessus; et, pendant plus de vingt-quatre heures, je me suis laissé aller à un accès de tristesse noire, en pensant aux vives jouissances que je sacrifiais. »

Ce fut le sixième jour de son voyage, dans un arrêt à Mayence, que, profitant des longues soirées d'octobre, Ozanam commença pour Lallier la relation épistolaire de ses impressions. Ce sont celles d'un pèlerin plus encore que d'un touriste ou d'un littérateur.

J'y note premièrement ses vues sur la Belgique, ce «royaume nouveau-né, cette miniature de nation, cet empirede Lilliput », duquelil sourit d'abord, mais qui l'étonné ensuite par son activité, qu'il admire dans ses institutions et déjà sa prospérité, et duquel il dit finalement : « Placée entre la France, l'Allemagne et l'Angleterre, la Belgique catholique est là comme une leçon, comme un exemple; et c'est en cela qu'elle est vraiment une puissance européenne, une puissance morale. »

Je note en particnlierses vues surLouvain, «. la Sorbonne des Pays-Bas », de laquelle, on s'en souvient,*

Page 1