SCÈNE IV
L'Iman entre avec Seid et Soleyman.
SEID, d'un ton patelin.
Pardon, respectable Kadilla, si nous venons vous déranger au milieu des préparatifs de la fête pour le grand chef des Francs, si cher à tous les habitants du Caire, qu'il vient de sauver pour la deuxième fois ; mais connaissant votre charité, votre humanité, et surtout votre bienveillance pour les saints ministres du culte de Mahomet, nous n'avons pas hésité, le vénérable Iman et moi, à venir vous cJemander une grâce pour ce jeune et fidèle croyant, (ii montre Soieyman.)
KADILLA, brusquement.
Parlez, de quoi s'agit-il :'
SEID
De remplir la loi du Prophète en donnant l'hospitalité pour une nuit seulement à ce pauvre voyageur.
KADILLA, avec mécontentement.
Ne pourriez-vous le loger dans la mosquée? Ce serait donner le précepte et l'exemple.
SEID, avec dissimulation.
Vous avez bien raison, fidèle musulmane, mais la mosquée est destinée à recevoir les braves Français blessés.
Les pauvres gens! que je les plains ; et que je vous loue de leur donner un asile !
l'iman.
Vous consentez donc ?
KADILLÂ.
Je ne puis vous refuser; mais il faut que je prévienne les officiers supérieurs français qui habitent cette maison.
SOLEYMAN.
Quelle nécessité?
KÂDILLÀ.
Il sont aussi charitables, aussi humains que les Musulmans ; ils se plaisent à imiter leur généreux chef.
SEm.
Nous pensons comme vous. Cependant...
KADILLA.
Ne craignez pas un refus. Si le brave Kléber es-t
l'ami de ses soldats, il est aussi celui du pauvre et le protecteur du peuple.
L IMAN, avec contrainte.
Personne n'en doute.
KÂDILIiA.
Permettez donc que je lui offre l'occasion de faire une bonne action de plus : cela lui fera plaisir.
SOLETMAN, un peu troublé.
J'ai des motifs secrets pour ne pas me faire connaître. Je vous avoue même que l'existence de mon père dépend de mon silence.
SÀMEA, attendrie, à sa grand'mère.
L'existence de son père !
ZISKA, priant Kaîilla.
Ah! bonne maîtresse, consentez...
SOLETMAN, à Kadilla.
Donnez-moi le réduit le plus obscur, hors de l'enceinte destinée aux Français. (Avec un ton douloureux.) Je n'ai besoin que d'un morceau de pain et d'un peu d'eau, pendant que vous célébrerez cette fête.
KADILLA, touchée.
S'il en est ainsi, suivez-moi... Ziska, reconduis le respectable Iman.