ACTE III, SC^NE II
Phihminte,
J'aime superbement et magnifiquement; 770
Ces deux adverbes joints font admirablement.
Bélise, Prêtons l'oreille au reste.
Trissotin,
Votre prudence est endormie
De traiter magnifiquement
Et de loger superbement 775
Votre plus cruelle ennemie.
Armande, Prudence endormie l
Bélise.
Loger son ennemie l
PhUaminte, St^erbement et magnifiquement l
Trissotin,
Faites-la sortir, quoi qu'on die, 780
De votre riche appartement, Oii cette ingrate insolemment Attaque votre belle vie.
Bélise, Âh! tout doux; laissez-moi, de grâce, respirer.
Armande, Donnez-nous, s'il vous plaît, le loisir d'admirer. 785
Philaminte.
On se sent, à ces vers, jusques au fond de l'âme Couler je ne sais quoi qui fait que l'on se pâme.
Armande,
" Faites-la sortir, quoi qu'on die.
De votre riche appartement."
l68 LES FEMMES SAVANTES.
Que riche appartement est là joliment dit I 790
Et que la métaphore est mise avec esprit!
Philaminie,
" Faites-la sortir, quoi qn'on die." Âh! que ce quoi qu*on die est d'un goût admirable! C'est à mon sentiment un endroit impayable.
Ar mande.
De quoi qtiùn die aussi mon cœur est amoureux. 795
Bélise, Je suis de votre avis^ quoi qt^on die est heureux.
Armande, Je voudrais l'avoir fait.
Bélise, Il vaut toute une pièce.
Philaminie, Mais en comprend-on bien, comme moi, la finesse? 850
Armande et Bûise, Oh! oh!
Philaminie,
"Faites-la sortir, quoi qu'on die." 800
Que de la fièvre on prenne ici les intérêts; N'ayez aucun égard, moquez-vous des caquets,
" Faites-la sortir, quoi qu'on die.
Quoi qu'on die, quoi qu'on die ;" Ce quoi qt^on die en dit beaucoup plus qu'il ne semble Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble; 806
Mais j'entends là-dessous un million de mots.
Bélise, Il est vrai qu'il dît plus de choses qu'O n'est gros.
Philaminie, (à Trissotin) Mais quand vous avez fait ce charmant quoi qu'on die.
ACTB Illy SCÈNE IL 169
Avez-vioiis compris, vous, toute son énergie? 810
Songiez-vous bien vous-même à tout ce qu'il nous dit? Et pensiez-YOUs alors y mettre tant d'esprit?
Trissûtin.
Hai! hai!
Armande.
J'ai fort aussi V ingrate dans la tête; Cette ingrate de fièvre, injuste, malhonnête. Qui traite mal les gens qui la logent chez eux. 815
Phtlamtnie.
Enfin les quatrains sont admirables tous deux. Venons-en promptement aux tercets, je vous prie.
Armande.
Ah ! s'il vous |dait, encore une fois quoi qjtion die,
Trissotin.
Faites-la scMrtir, qaoi qu'on die . . .
Phiîaminte, Armande ^ et B élise.
Quoi qtion die, 820
Trissotin,
De votre riche appartement. . .
Phtlaminte, Armande^ et Bilke, Riche a^artement.
Trissotin,
Où cette ingrate insolemment. . .
Philaminte^ Armande^ et Bélise, Cette ingrate de fièvre.
Trissotin,
Attaque votre belle vie. 895
Philaminte.
Votre belle vie/
Armande et B élise.
Ah!
Trtssotin,
Quoil sans respecter votre rang.
Elle se prend à votre sang...
Philaminte, Armande, et Béltse.
Ah! 830
Trtssotin.
Et nuit et jour vous fait outrage !
Si vous la conduisez aux bains.
Sans la marchander davantage.
Noyez-la de vos propres mains.
Philaminte, On n'en peut plus. - *^ sx/tKA>M-,
Bilise.
On pâme.
' Armande,
On se meurt de plaisir. 835
Philaminte, De mille doux frissons vous vous sentez saisir.
Armande.
** Si vous la conduisez aux bains. . .'*
Bélise.
'Sans la marchander davantage. . ."
Philaminte.
Noyez-la de vos propres mains." De vos propres mains, là, noyez-la dans les bains. 840
Armande.
Chaque pas dans vos vers rencontre un trait charmant.
Bélise.
Partout on s'y promène avec ravissement.