‹ French ClassicsChapitre 150 sur 175 · MARTINE · texte numérisé non relu

MARTINE

Ariste.

J'ai regret de troubler un mystère joyeux

Par le chagrin qu'il faut que j'apporte en ces lieux. 1725

Ces deux lettres me font porteur de deux nouvelles

Dont j'ai senti pour vous les atteintes cruelles.

(à Pbilaminte) L'ime, pour vous, me vient de votre procureur.

(à Cbrjsale) L'autre, pour vous, me vient de Lyon.

Quel malheur Digne de nous troubler pourrait-on nous écrire? 1730

Ariste.

Cette lettre en contient un que vous pouvez lire.

ai6 LES FEMMES SAVANTES.

PhilamifUe.

"Madame, j'ai prié M. votre frère de vous rendre cette lettre, qui vous dira ce que je n'ai osé vous aller dire. La grande négligence que vous avez pour vos affaires a été cause que le clerc de votre rapporteur ne m'a point averti, et vous avez perdu absolument votre procès, que vous deviez gagner."

Chrysale,

{h Pbilaminte) Votre procès perdu!

Philaminie.

(à Chrysale)

Vous vous troublez beaucoup;

Mon cœur n'est point du tout ébranlé de ce coup.

Faites, faites paraître une âme moins commune

A braver comme moi les traits de la fortune. 1735

" Le peu de soin que vous avez vous coûte quarante mille écus; et c'est à payer cette somme avec les dépens

que vous êtes condamnée par arrêt de la cour."

Condamnée! Âh! ce mot est choquant, et n'est fait Que pour les criminels.

Arts te.

Il a tort, en effet:

Et vous vous êtes là justement recriée.

Il devrait avoir mis que vous êtes priée.

Par arrêt de la cour, de payer au plus tôt 1740

Quarante mille écus et les dépens qu'il faut.

PkilaminU, Voyons l'autre.

Chrysale,

" Monsieur, l'amitié qui me lie à M. votre frère me fait prendre intérêt à tout ce qui vous touche. Je sais que vous avez mis votre bien entre les mains d'Argante et de Damon, et je vous donne avis qu'en même jour ils ont fait tous deux banqueroute."

Oh! ciel! tout à la fois perdre ainsi tout son bien!

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