THIERS
tion fortement travaillée, laisse quelque chose d'inculte et de sauvage. Il a le trait énergique, les sons heurtés, les tournures vives et hasardées de Salluste, l'expression rapide et profonde, la force et l'éclat de Pline l'ancien. Souvent aussi, donnant à sa prose toutes les richesses de la poésie, il s'épanche, il s'abandonne avec l'inépuisable facilité d'Ovide, ou respire la verve et l'âpreté de Lucrèce. Voilà les diverses couleurs qu'il emprunte de toutes parts pour tracer des tableaux qui ne sont qu'à lui.
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§ 40. THIERS, né en 1797.
Louis- Adolphe Thiers, célèbre homme d'Etat et historien français, membre de l'Institut, est né à Marseille, le 16 avril 1797.
Il vint à Paris en 1824, fut attaché à la rédaction du Constitutionnel, et passa ensuite dans celle du National. Il fit en 1827, pour un libraire, son Histoire de la Révolution, qui eut d'abord un succès très ordinaire ; mais après la révolution de 1830, M. Thiers devint député et bientôt ministre. Sa position et son éclat à la tribune donnèrent une grande vogue à son livre. Cette histoire de la grande révolution est pleine de beaux passages. Peu de livres ont exercé plus d'influence. On en comprit de bonne heure les qualités et les défauts. La critique reproche généralement , à l'auteur une sorte de fatalisme historique qui fait de lui tour à tour l'homme du parti le plus fort, et l'apologiste de quiconque triomphe. Mais tout le monde fut frappé de la marche rapide, soutenue, dramatique du récit, de la connaissance approfondie de chaque question, de la clarté admirable qui semblait naître de la simplicité même du style.
Si le premier monument historique de M. Thiers est l'œuvre d'une jeunesse déjà puissante, Y Histoire du Consulat et de l'Empire a été jugée comme l'œuvre d'une maturité vigoureuse. Pensée et écrite avec une haute modération, une impartialité calme et une noble liberté d'esprit, elle est moins dramatique, mais plus majestueuse. La grande figure de Napoléon domine tout, mais sans tout absorber. Le style, toujours simple, aussi clair et aussi net, a de temps en temps encore de ces négligences qui sentent l'improvisation. En citant un passage de V Histoire du Consulat et de l 'Empire, dans un de ses messages au corps législatif, l'empereur Napoléon III a donné à l'auteur la qualification d'historien national.
SELECTIONS IN PROSE. ♦ §40.