LA DAX5E DE? MOETS
Le célèbre peintre Holbein1 a représente sur les murs .l'une église de Baie, avec une vérité effrayante, cette I>an>-: It-s JJorts, naguère objet de curiosité et d'admiration pour tous les étrangers. Il est incroyable avec quel an Holbein donne l'expression de la vie et du sentiment à ces squelettes hideux, à ces figures décharnées. Toutes ses nions vivent, pensent, respirent; toutes ont le geste, la physionomie, j'allais presque dire les regards et les couleurs de la vie.
Je connais deux Danses des Morts: l'une à Dresde, dans le cimetière au delà d'Elbe ; l'autre en Auvergne, dan- l'admirable église de la Chaise-Dieu. Cette dernière est une fresque que l'humidité ronge chaque jour. Dans ces deux Danses des Morts, la Mort est en tète d'un choeur d'hommes d'âges et d'états divers. Il y a le roi et le mendiant., le vieillard et le jeune homme, et la Mon les entraîne tous après elle. Ces deux Danses
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des Morts expriment l'idée populaire de la manière la plus simple. Le génie d'Holbein a fécondé cette idée dans sa fameuse Danse des Morts du cloître des Dominicains. A Baie, c'était une fresque, et elle a péri comme périssent peu à peu les fresques. Il en reste au Musée de Baie quelques débris et des miniatures coloriées. La Danse d'Holbein n'est pas, comme celles de Dresde et de la Chaise-Dieu, une chaîne continue de danseurs menés par la Mort : chaque danseur a sa mort costumée d'une façon différente, selon l'état du mourant; de cette manière, la Danse d'Holbein est une suite d'épisodes réunis dans un même cadre ; il y a quarante et une scènes dans le drame d'Holbein ; et, dans ces quarante et une scènes, une variété infinie. Dans aucun de ces tableaux vous ne trouverez la même pose, la même attitude, la même expression. Holbein a compris que les hommes ne se ressemblent pas plus dans leur mort que dans leur vie, et que, comme nous vivons tous à notre manière, nous avons tous aussi notre manière de mourir.
L'idée de cette danse est juste et vraie : ce monde-ci est un grand bal où la mort donne le branle. On danse plus ou moins de contredanses, avec plus ou moins de joie; mais cette danse enfin, c'est toujours la mort qui la mène, et ces danseurs de tous rangs et de tous états, que sont-ils? des mourants à plus ou moins long terme.
Voici un enfant qui vient au monde, bien attendu, bien désiré, bien chéri ; vous appelez cela naître, mot charmant aux oreilles maternelles, en dépit des douleurs de l'enfantement. Si vous comprenez la poésie de la Danse des Morts, il ne naît pas ; il entre dans cette longue chaîne de danse qui traverse le monde d'un abîme à l'autre, de l'abîme qui précède la vie à l'abîme qui la suit, chœur immense qui s'agite, qui tourbillonne, qui se replie sur lui-même sans pouvoir échapper, quels que soient ses replis, à l'élan terrible et inexorable que son conducteur lui imprime. Dansez donc, qui que vous soyez, rois, capitaines, savants! "Mais ma couronne qui va tomber! Mais mon épée qu'il va falloir quitter ! Mais mes livres que je ne pourrai plus lire!" Pauvres rois, comme si leurs couronnes n'étaient pas faites pour tomber ; pauvres capitaines, comme si leurs épées devaient toujours rester attachées à leurs
HUGO
flancs pour qu'ils se croient invincibles et immortels; pauvres savants, comme si savoir l'ordre et le train de ce monde pouvait l'arrêter ! Telle est la poésie de la Danse des Morts, poésie sublime et grotesque, qui respire une si profonde douleur sous une forme si gaie et si ironique.2
§ 43. HUGO, né en 1802.
Victor Hugo, né le 26 février 1802, à Besançon, suivit très jeune en Italie et en Espagne son père, qui occupait un grade élevé dans l'armée française, et puisa dans ces deux poétiques contrées ses premières inspirations de poète. Revenu en France, élevé avec ses deux frères, sous les yeux de sa mère, temme remarquable par la force de son caractère, il développa par de solides études l'énergie de son esprit et son goût par la poésie. Il était à peine âgé de quinze ans, quand il envoya au concours de l'Académie française une pièce de vers sur les Avantages de V étude ; cette pièce n'obtint pas le prix. Deux odes, l'une sur la statue de Henri IV et l'autre sur les vierges de Verdun, furent couronnées à l'Académie des jeux floraux. Une troisième, intitulée Moïse sur le Nil, lui valut le grade de maître de ces jeux : il avait à peine dix-huit ans. "C'est un enfant svblime" dit alors M. de Chateaubriand. Dès ce moment, V. Hugo sentit sa vocation et prépara, dans le calme de la solitude, quoique souvent aux prises avec le besoin, la révolution qu'il devait opérer en littérature, et qui allait faire de lui le chef d'une nouvelle école. Dès lors, il se forma à ces graves et sévères pensées d'avenir, à ce style si éclatant, si magnifique, qui exprime l'en- * thousiasme du poète, et à ce style si simple, si naturel, qui contraste si pittoresquement avec le premier; alliance inconnue jusqu'alors, et qui caractérise le romantisme proprement dit ; style où le naturel succède au sublime, la vulgarité de l'expression à la noblesse des pensées.
En littérature, il est, pour la France et pour l'étranger, le chef incontesté de l'école romantique. Il a exhumé et mis à la mode le moyen âge, qui est passé, depuis, de la poésie dans les arts, dans les idées et les habitudes de la vie. A des traditions littéraires qui ne conservaient des modèles classiques que des formes, il a substitué la vie et le mouvement. Sa révolte contre les règles et les conventions a eu des excès inévitables, surtout chez les disciples. Ce style romantique, maladroitement imité par de jeunes poètes sans talent, se fait surtout remarquer dans les productions dramatiques de Victor Hugo.
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