‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 142 sur 253 · LE CHÊNE ET LE ROSEAU · texte numérisé non relu

LE CHÊNE ET LE ROSEAU

Le Chêne un jour dit au Roseau1:

"Vous avêz bien sujet d'accuser la nature ; Un roitelet pour vous est un pesanlf fardeau ;

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face de l'eau

Vous oblige à baisser la tête ; Cependant que 8 mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les raj^ons du soleil,

Brave l'effort de la tempête.

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.

LA FONTAINE

Encor 9 si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,

Vous n'auriez pas tant à souffrir ;

Je vous défendrais de l'orage :

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. — Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci ;

Les vents me sont moins qu'à vous redoutables : Je plie et ne romps pas. Vous avez j usqu'ici

Contre leurs coups épouvantables

Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin." Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants Que le nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

L'arbre tient bon ; le Roseau plie,

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.10

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