‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 145 sur 253 · LE FAUX SAVANT QUI SOLLICITE · texte numérisé non relu

LE FAUX SAVANT QUI SOLLICITE

ÉRASTE, CARITIDÈS.

caritidès. C'est un rare bonheur dont le destin m'honore ; Car, deux moments plus tard, je vous manquais encore. éraste. Monsieur, souhaitez-vous quelque chose de moi? caritidès. Je m'acquitte, monsieur, de ce que je vous doi,2

SELECTIONS IN POETRY.

Et. vous viens . . . Excusez l'audace qui m'inspire. Si . . .

éraste. Sans tant de façons, qu'avez-vous à me dire ?

caritidès. Comme le rang, l'esprit, la générosité, Que chacun vante en vous . . .

éraste. Oui, je suis fort vanté.

Passons, monsieur.

caritidès. Monsieur, c'est une peine extrême

Lorsqu'il faut à quelqu'un se produire soi-même ; Et toujours près des grands on doit être introduit Par des gens qui de nous fassent un peu de bruit, Dont la bouche écoutée avecque 3 poids débite Ce qui peut faire voir notre petit mérite. Pour moi, j'aurais voulu que des gens bien instruits Vous eussent pu, monsieur, dire ce que je4 suis.

éraste. Je vois assez, monsieur, ce que vous pouvez être, Et votre seul abord le peut faire connaître.

caritidès. Oui, je suis un savant charmé de vos vertus : Non pas de ces savants dont le nom n'est qu'en us5; Il n'est rien si commun qu'un nom à la latine : Ceux qu'on habille en grec ont bien meilleure mine ; Et pour en avoir un qui se termine en ès,6 Je me fais appeler monsieur Caritidès.

éraste. Monsieur Caritidès, soit. Qu'avez-vous à dire ?

caritidès. C'est un placet, monsieur, que je voudrais vous lire,

Et que, dans la posture7 où vous met votre emploi, J'ose vous conjurer de présenter au roi.

éraste. Hé! monsieur, vous pouvez le présenter vousmême.

caritidès. Il est vrai que le roi fait cette grâce extrême : Mais, par ce même excès de ses rares bontés, Tant de méchants placets, monsieur, sont présentés, Qu'ils étouffent les bons; et l'espoir où8 je9 fonde Est qu'on donne le mien quand le prince est sans monde.

éraste. Hé bien ! vous le pouvez, et prendre votre temps.

caritidès. Ah ! monsieur, les huissiers sont de terribles gens!

MOLIÈRE

Mais, j'ose l'espérer, vous serez mon Mécène.10 Oui, votre crédit m'est un moyen assuré . . .

éraste. Hé bien ! donnez-moi donc; je le présenterai.

caritidès. Le voici. Mais au moins écoutez la lecture.

éraste. Non ...

caritidès. C'est pour être instruit ; monsieur : je

vous conjure . . . (Il commence a lire son placet?)

éraste ^interrompant après quelque temps). Ce placet est fort long, et pourrait bien fâcher.

caritidès. Ah! monsieur, pas un mot ne s'en peut retrancher. (Il continue sa lecture.)

éraste (V interrompant encore). Fort bien. Donnez-le vite, et faites la retraite.

Il sera vu du roi ; c'est une affaire faite.

caritidès. Hélas! monsieur, c'est tout que montrer mon placet.

Si le roi le peut voir, je suis sûr de mon fait ; Car, comme sa justice en toute chose est grande, Il ne pourra jamais refuser ma demande. Au reste, pour porter au ciel votre renom, Donnez-moi par écrit votre nom et surnom ; J'en veux faire un poème en forme d'acrostiche Dans les deux bouts du vers et dans chaque hémistiche.11 éraste. Oui, vous l'aurez demain, monsieur Caritidès, (Seul.) Ma foi, de tels savants sont des ânes bien faits.

les femmes savantes.

Cest à vous que je parle, ma sœur; Le moindre solécisme en parlant vous irrite, Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite ; Vos livres éternels ne me contentent pas; Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats, Vous devriez brûler tout ce meuble inutile, Et laisser la science aux docteurs de la ville ; M'ôter, pour faire bien, du grenier de céans12 Cette longue lunette à faire peur aux gens,

SELECTIONS IN POETRY.

Et cent brimborions dont l'aspect m'importune; Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune ; Et vous mêler un peu de ce qu'on fait chez vous, Où nous voyons aller tout sens dessus dessous ; Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses.

Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens, Et régler la dépense avec économie, Doit être son étude et sa philosophie.

Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés, Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse. Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ; Leurs ménages étaient tout leur docte entretien ; Et leurs livres, un clé, du fil et des aiguilles, Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles.

Les femmes d'à-présent sont bien loin de ces mœurs : Elles veulent écrire et devenir auteurs : Nulle science n'est pour elles trop profonde, Et céans, beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde, Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir; Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir. On y sait comme vont lune, étoile polaire, Vénus, Saturne et Mars, dont je n'ai point affaire; Et, dans ce vain savoir qu'on va chercher si loin, On ne sait comme va mon pot, dont j'ai besoin.

Mes gens à la science aspirent pour vous plaire,

Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire :

Raisonner est l'emploi de toute ma maison,

Et le raisonnement en bannit la raison.

L'un me brûle mon rôt en lisant quelque histoire,

L'autre rêve à des vers quand je demande à boire ;

MOLIÈRE

Enfin, je vois par eux votre exemple suivi, Et j'ai des serviteurs, et ne suis point servi. Une pauvre servante au moins m'était restée, Qui de ce mauvais air n'était point infectée : Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas, A cause qu'elle manque à parler Vaugelas,13

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