‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 192 sur 253 · LE SINGE QUI MONTRE LA LANTERNE MAGIQUE · texte numérisé non relu

LE SINGE QUI MONTRE LA LANTERNE MAGIQUE

Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les vers Sont d'un style pompeux et toujours admirable, Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable,

Et tâchez de devenir clairs.

Un homme qui montrait la lanterne magique Avait un singe dont les tours Attiraient chez lui grand concours; Jacqueau, c'était son nom, sur la corde élastique Dansait et voltigeait au mieux, Puis faisait le saut périlleux, Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne, Le corps droit, fixe, d'aplomb, Notre Jacqueau fait tout au long L'exercice à la prussienne.

Un jour qu'au cabaret son maître était resté (C'était, je pense, un jour de fête), Notre Singe en liberté Veut faire un coup de sa tête.

Il s'en va rassembler les divers animaux Qu'il peut rencontrer dans la ville ; Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux Arrivent bientôt à la file.

"Entrez, entrez, messieurs, criait notre Jacqueau, C'est ici, c'est ici qu'un spectacle nouveau Vous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porte On ne prend point d'argent, je fais tout pour l'honneur." A ces mots, chaque spectateur Va se placer, et l'on apporte

SELECTIONS IN POETRY.

La lanterne magique ; on ferme les volets,

Et, par un discours fait exprès,

Jacqueau prépare l'auditoire.

Ce morceau vraiment oratoire

Fit bâiller ; mais on applaudit.

Content de son succès, notre Singe saisit Un verre peint qu'il met dans la lanterne.

Il sait comment on le gouverne, Et crie, en le poussant: " Est-il rien3 de pareil?

Messieurs, vous voyez le soleil,

Ses rayons et toute sa gloire.

Voici présentement la lune ; et puis l'histoire

D'Adam, d'Eve et des animaux.

Voyez, messieurs, comme ils sont beaux !

Voyez la naissance du monde, Voyez ..." Les spectateurs, dans une nuit profonde, Écarquillaient leurs yeux, et ne pouvaient rien voir;

L'appartement, le mur, tout était noir.

" Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles,

Dont il étourdit nos oreilles,

Le fait est que je ne vois rien.

— Ni moi non plus, disait un chien.

— Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose ;

Mais je ne sais pour quelle cause

Je ne distingue pas très bien." Pendant tout ce discours, le Cicéron moderne Parlait éloquemment et ne se lassait point.

Il n'avait oublié qu'un point,

C'était d'éclairer sa lanterne.

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