LE PESSIMISTE
Et moi . . . , car à mon tour il faut que je réponde, Et que par mille faits, enfin, je vous confonde ; Je vous soutiens, morbleu ! qu'ici-bas tout est mal, Tout, sans exception, au physique, au moral. Nous souffrons en naissant, pendant la vie entière, Et nous souffrons surtout à notre heure dernière. Nous sentons, tourmentés au dedans, au dehors, Et les chagrins de l'âme, et les douleurs du corps. Les fléaux avec nous ne font ni paix ni trêve ; Ou la terre s'entr'ouvre, ou la mer se soulève. Nous-mêmes à l'envi, déchaînés contre nous, Comme si nous voulions nous exterminer tous, Nous avons inventé les combats, les supplices.
C'était peu de nos maux, nous y joignons nos vices r Aux riches, aux puissants, l'innocent est vendu ; On outrage l'honneur, on flétrit la vertu. On ne sait ce que c'est que de payer ses dettes, Et de sa bienfaisance on remplit les gazettes. On fait de plate prose, et de plus méchants vers, On raisonne de tout, et toujours de travers ; Et, dans ce monde enfin, s'il faut que je le dise, On ne voit que noirceur, et misère et sottise.