LA JEUNESSE DU JOUR
Moi ! je me garde bien de dire un mot ; j'admire. Je sens que pour s'instruire il n'était pas besoin De tant se fatiguer, de prendre tant de soin. Oh ! non, je reconnais que ces longues études N'étaient qu'un sot ennui, que tristes habitudes; Je vois qu'à moins de frais il est de beaux esprits, Et même des savants, qui, n'ayant rien appris, N'ignorent nulle chose, et, des heures entières, 29 *
SELECTIONS IN POETRY.
Vont parler, discuter sur toutes les matières,
Sur des points de science, en affaires de goût,
Dans le monde, au spectacle, en famille et partout,
S'érigent en censeurs, en arbitres suprêmes,
Et toujours, en un mot, sont très contents d'eux-mêmes.
On est tout confondu d'un ton si décidé.
Tu sais tout, à t'entendre ; et monsieur de Naudé
Me disait même hier : " Que de choses j'ignore !
Mon ami, je vieillis en m'instruisant encore.
J'admire, ajoutait-il, Et l'air de confiance et l'éternel babil De ces messieurs à peine échappés de l'enfance ; Car ils ont d'un seul pas franchi l'adolescence. Ils semblent tout savoir, à leur ton, leur maintien ; Mais ils ne savent rien, n'apprendront jamais rien : Parlent avec mépris de tout ce qu'ils ignorent, Et de leur nullité publiquement s'honorent ; Êtres inconséquents, neufs, blasés et flétris, Tels que des fruits sans goût, avant le temps mûris : A quinze ans les voilà déjà de petits hommes, Plus forts, même plus vieux que tous tant que nous sommes;
ANDRIEUX
§68. ANDRIEUX, 1759-1833
François-Guillaume-Jean-Stanislas Andrieux naquit à Strasbourg, et après avoir fait de brillantes études au collège du cardinal Lemoine, à Paris, il s'annonça dans le monde littéraire par deux comédies qui eurent un grand succès, Anaximandre et les Étourdis,
Quoique sa route semblât lui être tracée par ce début, il s'en détourna et se livra à l'étude du droit, pour être utile à des parents sans fortune ; il allait être inscrit au tableau des avocats, lorsque l'ordre fut dissous par les événements de la révolution.
Il parut alors plus que jamais éloigné de la carrière littéraire. Successivement chef de bureau, juge, vice-président au tribunal de cassation, député, membre du tribunat, il semblait jeté dans une voie tout opposée. Bonaparte, à qui sa résistance avait déplu, le rendit à luimême, en l'éliminant du tribunat.
Chargé d'une femme, de deux filles et d'une sœur, Andrieux était loin même de l'aisance; Fouché, qui l'appréciait, lui offrit une place de censeur : " Mon rôle, répondit- il, est d'être pendu, et non pas d'être bourreau." Dans cette position pénible, il trouva ressource et consolation dans les lettres, qu'il n'avait jamais -négligées. L'Institut lui fut ouvert; Joseph Bonaparte, devenu prince, le fit son bibliothécaire, et on lui confia aussi la bibliothèque du sénat. C'est alors qu'il fut chargé de la chaire de littérature française à l'école Polytechnique, emploi qu'il a conservé jusqu'en 181Ç.
En 1814, il avait obtenu la même chaire au collège de France ; c'est ce cours qui, pendant dix-neuf ans, a été sa plus chère occupation : il s'attacha aux nombreux auditeurs qui se pressaient à ses leçons, et leur voua toutes ses veilles jusqu'à la dernière. A sa mort, le 9 mai 1833, il remplissait les fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie française.