‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 214 sur 253 · LE GOLFE DE BAYA · texte numérisé non relu

LE GOLFE DE BAYA

Vois-tu comme le flot paisible6 Sur le rivage vient mourir?

Vois-tu le volage zéphyr Rider, d'une haleine insensible, L'onde qu'il aime à parcourir ?

Montons sur la barque légère Que ma main guide sans efforts, Et de ce golfe solitaire Rasons timidement les bords.7

Loin de nous déjà fuit la rive:

Tandis que d'une main craintive Tu tiens le docile aviron,

LAMARTINE

Courbé sur la rame bruyante, Au sein de Fonde frémissante Je trace un rapide sillon.8

Dieu ! quelle fraîcheur on respire !

Plongé dans le sein de Téthys,

Le soleil a cédé l'empire

A la pâle reine des nuits ;

Le sein des fleurs demi-fermées

S'ouvre, et de vapeurs embaumées

En ce moment remplit les airs ;

Et du soir la brise légère

Des plus doux parfums de la terre

A son tour embaume les mers.9

Quels chants sur ces flots retentissent ? Quels chants éclatent sur ces bords?

De ces deux concerts qui s'unissent L'echo prolonge les accords.

N'osant se fier aux étoiles, Le pêcheur, repliant ses voiles, Salue, en chantant, son séjour ; Tandis qu'une folle jeunesse Pousse au ciel des cris d'allégresse, Et fête son heureux retour.

Mais déjà l'ombre plus épaisse Tombe, et brunit les vastes mers; Le bord s'efface, le bruit cesse, Le silence occupe les airs.

C'est l'heure où la mélancolie S'assied, pensive et recueillie, Aux bords silencieux des mers, Et, méditant sur les ruines, Contemple au penchant des collines Ce palais, ces temples déserts.

LAMARTINE

Oh î de la liberté vieille et sainte patrie,10 Terre autrefois féconde en sublimes vertus, Sous d'indignes Césars11 maintenant asservie, Ton empire est tombé, tes héros ne sont plus !

Mais dans ton sein l'âme agrandie Croit sur leurs monuments respirer leur génie, Comme on respire encor dans un temple aboli La majesté du Dieu dont il était rempli. Mais n'interrogeons pas vos cendres généreuses, Vieux Romains, fiers Catons, mânes des deux Brutus;

Allons redemander à ces murs abattus

Des souvenirs plus doux, des ombres plus heureuses.

Horace, dans ce frais séjour,12

Dans une retraite embellie

Par les plaisirs et le génie,

Fuyait les pompes de la cour ;

Properce y visitait Cynthie,

Et sous les regards de Délie Tibulle y modulait les soupirs de l'amour; Plus loin, voici l'asile où vint chanter le Tasse, 'Quand, victime à la fois du génie et du sort, Errant dans l'univers, sans refuge et sans port, La pitié recueillit son illustre disgrâce. Non loin des mêmes bords, plus tard il vint mourir; La gloire l'appelait, il arrive, il succombe : La palme qui l'attend devant lui semble fuir, Et son laurier tardif n'ombrage que sa tombe. Colline de Baya poétique séjour, Voluptueux vallon qu'habita tour à tour Tout ce qui fut grand dans le monde, Tu ne retentis plus de gloire ni d'amour. Pas une voix qui me réponde, Que le bruit plaintif de cette onde, Ou l'écho réveillé des débris d'alentour!

SELECTIONS IN POETRY.

Ainsi tout change, ainsi tout passe ; Ainsi nous-mêmes nous passons, Hélas ! sans laisser plus de trace Que cette barque où nous glissons Sur cette mer où tout s'efface.

Page 1