‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 220 sur 253 · DE VIGNY · texte numérisé non relu

DE VIGNY

— "O vierges d'Israël, ma couronne s'apprête La première à parer les cheveux de sa tête ; C'est mon père, et jamais un autre enfant que moi N'augmenta la famille heureuse sous la loi."

Et ses bras à Jephté donnés avec tendresse, Suspendant à son cou leur pieuse caresse : " Mon père, embrassez-moi! D'où naissent vos retards? Je ne vois que vos pleurs et non pas vos regards.

Je n'ai point oublié l'encens du sacrifice ; J'offrais pour vous hier la naissante génisse ; •Qui peut vous affliger ? Le Seigneur n'a-t-il pas Renversé les cités au seul bruit de vos pas ? "

— " C'est vous, hélas ! c'est vous, ma fille bien-aimée ? " Dit le père en rouvrant sa paupière enflammée? "Faut-il que ce soit vous? ô douleurs des douleurs ! Que vos embrassements feront couler de pleurs !

Seigneur, vous êtes bien le Dieu de la vengeance, En échange du crime il vous faut l'innocence. C'est la vapeur du sang qui plaît au Dieu jaloux ! Je lui dois une hostie, Ô ma fille ! et c'est vous ! "

— " Moi ? " dit-elle. Et ses yeux se remplirent de larmes. Elle était jeune et belle, et la vie a des charmes.

Puis elle répondit : "O, si votre serment Dispose de mes jours, permettez seulement

Qu'emmenant avec moi les vierges mes compagnes, J'aille, deux mois entiers, sur le haut des montagnes, Pour la dernière fois, errante en liberté, Pleurer sur ma jeunesse et ma virginité!

Car je n'aurai jamais, de mes mains orgueilleuses, Purifié mon fils sous les eaux merveilleuses; 32*

SELECTIONS IN POETRY.

Vous n'aurez pas béni sa venue, et mes pleurs

Et mes chants n'auront pas endormi ses douleurs ;

Et, le jour de ma mort, nulle vierge jalouse Ne viendra demander de qui je fus l'épouse, Quel guerrier prend pour moi le cilice et le deuil : Et seul vous pleurerez autour de mon cercueil."

Après ces mots, l'armée assise tout entière Pleurait, et sur son front répandait la poussière. Jephté sous un manteau tenait ses pleurs voilés ; Mais parmi les sanglots, on entendit : " Allez.'5

Elle inclina la tête et partit. Ses compagnes, Comme nous la pleurons, pleuraient sur les montagnes. Puis elle vint s'offrir au couteau paternel. — Voilà ce qu'ont chanté les filles d'Israël.

§ 77. HUGO, né en 1802.

( Voyez, pour la Notice, § 43.) LA CAPTIVE.

Si je n'étais captive,1 J'aimerais ce pays, Et cette mer plaintive, Et ces champs de maïs,2 Et ces astres sans nombre, Si le long du mur sombre, N'étincelait dans l'ombre Le sabre des spahis.

Je ne suis point Tartare Pour qu'un eunuque noir

HUGO

M'accorde ma guitare, Me tienne mon miroir.

Bien loin de ces Sodomes, Au pays dont nous sommes, Avec les jeunes hommes On peut parler le soir.

Pourtant j'aime une rive Où jamais des hivers Le souffle froid n'arrive Par les vitraux ouverts.

L'été, la pluie est chaude ; L'insecte vert qui rode, Luit, vivante émeraude, Sous les brins d'herbe verts.

Smyrne est une princesse Avec son beau chapel ; L'heureux printemps -sans cesse Répond à son appel, Et comme un riant groupe De fleurs dans une coupe, Dans ses mers se découpe Plus d'un frais archipel.

J'aime ces tours vermeilles, Ces drapeaux triomphants, Ces maisons d'or, pareilles A des jouets d'enfants ; J'aime pour mes pensées Plus mollement bercées, Ces tentes balancées Au dos des éléphants.

Dans ce palais des fées, Mon cœur, plein de concerts,

SELECTIONS IN POETRY.

Croit, aux voix étouffées Qui viennent des déserts, Entendre les génies Mêler les harmonies Des chansons infinies Qu'ils chantent dans les airs !

J'aime de ces contrées Les doux parfums brûlants ; Sur les vitres dorées Les feuillages tremblants ; L'eau que la source épanche Sous le palmier qui penche, Et la cigogne blanche Sur les minarets blancs.

J'aime en un lit de mousses Dire un air espagnol, Quands mes compagnes douces, Du pied rasant le sol, Légion vagabonde Où le sourire abonde, Font tournoyer leur ronde Sous un rond parasol.

Mais surtout quand la brise Me touche en voltigeant, Surtout j'aime être assise, Être assise en songeant, L'œil sur la mer profonde, Tandis que, pâle et blonde, La lune ouvre dans l'onde Son évantail d'argent.

HUGO

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