LA MAJESTÉ ROYALE
Je n'appelle pas majesté cette pompe qui environne les Rois, ou cet éclat extérieur qui éblouit le vulgaire : c'est le rejaillissement de la majesté, et non pas la majesté elle-même. La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le Prince. Le Prince, en tant que Prince, n'est pas regardé comme un homme particulier, c'est un personnage public ; tout l'État est en lui; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. Quelle grandeur, qu'un seul homme en contienne tant! La puissance de Dieu se fait sentir, en un instant, de l'extrémité du monde à l'autre. La puissance royale agit, en même temps, dans tout le Royaume ; elle tient tout le Royaume en état, comme Dieu y tient tout le monde. Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant. Que l'autorité cesse dans le Royaume, tout sera en confusion.
SELECTIONS IN PROSE.
Ramassez tout ce qu'il y a de grand et d'auguste, voyez un peuple immense réuni en une seule personne; voyez cette puissance sacrée, paternelle et absolue ; voyez la raison secrète qui gouverne tout le corps de l'État, renfermée dans une seule tête : vous voyez l'image de Dieu, et vous avez l'idée de la majesté royale. Oui, Dieu l'a dit: VOUS ÊTES DES DIEUX, mais, ô dieux de chair et de sang! ô dieux de boue et de poussière, vous mourrez comme des hommes! O Rois ! exercez donc hardiment votre puissance, car elle est divine et salutaire au genre humain ; mais exercez-la avec humilité, car elle vous est appliquée par le dehors; au fond, elle vous laisse faibles, elle vous laisse mortels, et elle vous charge devant Dieu d'un plus grand compte.1