‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 58 sur 253 · ISOCRATE · texte numérisé non relu

ISOCRATE

Tandis que les orateurs dans la tribune, les poètes dans leurs vers, les musiciens clans leurs chants, célébraient publiquement les guerriers, les athlètes et les grands hommes, d'autres écrivains composaient, dans la retraite, des éloges qui étaient écrits et rarement prononcés. Il paraît que le premier qui travailla dans ce genre fut Isocrate.

Cet orateur eut la plus grande réputation dans son siècle. Il était digne d'avoir des talents, car il eut des vertus. Très jeune encore, comme les trente oppresseurs qui régnaient dans sa patrie faisaient traîner au supplice un citoyen vertueux, il osa seul paraître pour le défendre, et donna l'exemple du courage quand tout donnait l'exemple de l'avilissement. Après la mort de Socrate, dont il avait été le disciple, il osa

SELECTIONS IN PROSE.

paraître en deuil dans Athènes, aux yeux de ce même peuple, assassin de son maître ; et des hommes, qui parlaient de vertus et de lois en les outrageant, ne manquèrent pas de le nommer séditieux, lorsqu'il n'était que sensible.

Ayant perdu des biens considérables, il ouvrit une école, et y acquit des richesses immenses : le fils d'un roi lui paya soixante mille écus un discours où il prouvait très bien qu'il faut obéir au prince; mais bientôt après, il en composa un autre où il prouvait au prince qu'il devait faire le bonheur de ses sujets. Plusieurs de ses disciples devinrent de grands hommes11; et comme partout le succès fait le mérite, leur gloire ajouta à la sienne. Il avait eu le malheur d'être l'ami de Philippe,12 de ce Philippe, le plus adroit des conquérants et le plus politique des princes ; aimé de l'oppresseur de son pays, il s'en justifia en mourant; car il ne put survivre à la bataille de Chéronée13: voilà pour sa personne. A l'égard de son éloquence, si nous en jugeons par sa célébrité, il fut du nombre des hommes qui honorèrent leur patrie et la Grèce. Les calomnies de ses rivaux nous attestent sa gloire : car l'envie ne tourmente point ce qui est obscur. Nous savons qu'on venait l'entendre de tous les pays, et il compta, parmi ses auditeurs, des généraux et des rois. Aux hommages de la foule, qui flattent d'autant plus qu'ils tiennent toujours un peu de la superstition et de l'enthousiasme d'un culte, il joignit le suffrage de quelques-uns de ces hommes qu'on pourrait, au besoin, opposer à un peuple entier. On prétend que Démosthène l'admirait; il fut loué par Socrate; Platon en a fait un magnifique éloge; Quintilien14 le met au rang des grands écrivains; Cicéron l'appelle le père de l'éloquence15; Denis d'Halicarnasse 16 le vante comme orateur, philosophe et homme d'État; enfin, après sa mort, on lui érigea deux statues; et sur son mausolée, on éleva une colonne de quarante pieds, au haut de laquelle était placée une sirène, image et symbole de son éloquence. Il est difficile de croire que, dans les plus beaux temps de la Grèce, on ait rendu ces honneurs à un homme médiocre.

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