‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 72 sur 253 · LOI UNIVERSELLE DE LA MORT · texte numérisé non relu

LOI UNIVERSELLE DE LA MORT

Dans le vaste domaine de la nature vivante, il règne ane violence manifeste, une espèce de rage prescrite, qui arme tous les êtres les uns contre les autres. Dès que vous sortez du règne insensible, vous trouvez le décret de la mort violente écrit sur les frontières mêmes de la vie. Déjà, dans le règne végétal, on commence à sentir sa loi ; depuis l'immense catalpa jusqu'à la plus humble graminée, combien de plantes meurent, et combien sont tuées ! Mais, dès que vous entrez dans le règne animal, la loi prend tout à coup une épouvantable évidence. Une force à la fois cachée et palpable se montre continuellement occupée à mettre à découvert le principe de la vie par des moyens violents. Dans chaque grande division de l'espèce animale, elle a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargés de dévorer les autres : ainsi, il y a des insectes de proie, des reptiles de proie, des oiseaux de proie, des poissons de proie, et des quadrupèdes de proie. Il n'y a pas un instant de sa durée où l'être vivant ne soit dévoré par un autre. . Au-dessus des nombreuses

DE MAISTRE (J.)

races d'animaux est placé l'homme, dont la main destructive n'épargne rien de ce qui vit ; il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour se défendre, il tue pour attaquer, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer. Ce roi superbe et terrible, il a besoin de tout, et rien ne lui résiste. Il sait combien la tête du requin ou du cachalot lui fournira de barriques d'huile ; son épingle déliée pique, sur le carton des musées, l'élégant papillon qu'il a saisi au vol sur le sommet du Mont-Blanc ou du Chimborazo ; il empaille le crocodile, il embaume le colibri ; à son ordre, le serpent à sonnettes vient mourir dans la liqueur conservatrice qui doit le montrer intact aux yeux d'une longue suite d'observateurs. Le cheval, qui porte son maître à la chasse du tigre, se pavane sous la peau de ce même animal L'homme demande tout: à l'agneau, ses entrailles pour faire résonner une harpe; à la baleine, ses fanons pour soutenir le corset de la jeune vierge ; au loup, sa dent la plus meurtrière pour polir les ouvrages les plus légers de l'art ; à l'éléphant, ses défenses pour façonner le jouet d'un enfant : ses tables sont couvertes de cadavres. Le philosophe peut même découvrir comment le carnage permanent est prévu et ordonné dans le grand tout.

SELECTIONS IN PROSE.

Mis hors La loi à l'époque du 18 fructidor,2 Fontanes se réfugia d'abord à Hambourg, puis à Londres. Rappelé en France après le 18 brumaire,3 il vit s'ouvrir devant lui la carrière des honneurs. Admis d'abord dans la société d'Elisa Bonaparte, il fut apprécié par Lucien, son frère, ministre de l'intérieur, qui lui confia une division de son département, et le chargea de prononcer l'éloge funèbre de Washington dans l'église des Invalides, appelée alors le Temple de Mars. Ce morceau d'éloquence fixa la réputation de l'orateur, qui, depuis ce moment, ne cessa de tenir le premier rang parmi les adulateurs de Napoléon. Dès lors il devint l'homme de toutes les places : membre de l'Institut, président du corps législatif et du sénat, grand maître de l'université, etc. Son talent pour flatter ne se démentit pas - un seul instant; il ne craignit pas de dire, un jour, au guerrier qui bouleversait l'Europe : " On aime surtout à louer en vous ce désir d'épargner le sang des hommes, que vous avez si souvent manifesté. "

Comblé des faveurs de Napoléon, que ses flatteries avaient gonflé, il rédigea le décret qui prononça la déchéance de ce grand homme. Un écrivain l'a caractérisé ainsi : " C'était un homme d'Etat dans les salons, un gentilhomme à l'Institut, et un littérateur à la chambre des pairs." Comme poète et comme prosateur, il doit être placé à un rang distingué parmi les écrivains du siècle actuel.

Page 1