LE VASE BRISÉ
Sully-Prudhomme (b. 1839).
Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé ; Le coup dut effleurer à peine.
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure, 6
Morda,nt le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé ; 10
Personne encore ne s'en doute,
N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime.
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même, 16
La fleur de son amour périt ;
Toujours intact aux yeux du monde.
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde,
Tl est brisé, n'y touchez pas. 20
-By kind permission of the Publisher,
A. Lemerre, 23-31 passage Choiseul, Paris.