‹ French reading for beginnersChapitre 9 sur 55 · V ENLÈVEMENT DE LA /REDOUTE · texte numérisé non relu

V ENLÈVEMENT DE LA /REDOUTE

me fut possible. Au reste, je n'avais pas peur, et la seule crainte que j'éprouvasse, c'était que Ton ne s'imaginât que j'avais peur. Ces boulets inoffensifs contribuèrent encore à me maintenir dans mon calme 5 héroïque. Mon amour-propre me disait que je courais un danger réel, puisque enfin j'étais sous le feu d'une batterie. J'étais enchanté d'être si à mon aise, et je songeai au plaisir de raconter la prise de la redoute de Cheverino, dans le salon de madame de B , rue

iode Provence.

«Le colonel passa devant notre compagnie, il m'adressa la parole: «Eh bien! vous allez en voir de grises pour votre début. »

«Je souris d'un air tout à fait martial en brossant la

15 manche de mon habit, sur laquelle un boulet, tombé à trente pas de moi, avait envoyé un peu de poussière.

«Il paraît que les Russes s'aperçurent du mauvais succès de leurs boulets, car ils les remplacèrent par des obus qui pouvaient plus facilement nous atteindre dans

20 le creux où nous étions postés. Un assez gros éclat

m'enleva mon shako et tua un homme auprès de moi.

«Je vous fais mon compliment,» me dit le capitaine,

comme je venais de ramasser mon shako, «vous en

voilà quitte pour la journée.» Je connaissais cette

25 superstition militaire qui croit que l'axiome non bis tn idem trouve son application aussi bien sur un champ de bataille que dans une cour de justice. Je remis fièrement mon shako. «C'est faire saluer les gens sans cérémonie,» dis-je aussi gaîment que je pus. Cette

30 mauvaise plaisanterie, vu la circonstance, parut excellente. «Je vous félicite, reprit le capitaine, vous

Page 1