‹ French short stories;Chapitre 20 sur 70 · v. portafeuille et portefeuille · texte numérisé non relu

v. portafeuille et portefeuille

GUY DE MAUPASSANT

— M. Malandain, le bourrelier.

Alors le vieux se rappela, comprit et, rougissant de colère:

— Ah ! i m’a vu, çu manant ! I m’a vu ramasser c’te ficelle-là, tenez, m’sieu le maire.

5 Et, fouillant au fond de sa poche, il en retira le petit bout de corde.

Mais le maire, incrédule, remuait la tête.

— Vous ne me ferez pas accroire, maître Hauchecorne, que M. Malandain, qui est un homme digne de foi, a pris ce fil pour 10 un portefeuille.

Le paysan, furieux, leva la main, cracha de côté pour attester son honneur, répétant :

^ — ü’estf" pourtant la vérité du bon Dieu, la sainte vérité, m’sieu le maire. Là, sur mon âme et mon salut, je 1’ répète.

15 Le maire reprit:

— Après avoir ramassé l’objet, vous avez même encore cherché longtemps dans la boue, si quelque pièce de monnaie ne s’en était pas échappée.

Le bonhomme suffoquait d’indignation et de peur.

20 — Si on peut dire !... si on peut dire . . . des menteries

comme ça pour dénaturer un honnête homme ! Si on peut dire !...

Il eut beau protester, on ne le crut pas.

U fut' confronté avec M. Malandain, qui répéta et soutint 25 son affirmation. Ils s’injurièrent une heure durant. On fouilla, sur sa demande, maître Hauchecorne. On ne trouva rien sur lui.

Enfin, le maire, fort perplexe, le renvoya, en le prévenant qu’il allait aviser le parquet et demander des ordres.

30 La nouvelle s’était répandue. A sa sortie de la mairie, le vieux fut entouré, interrogé avec une curiosité sérieuse ou goguenarde, mais où n’entrait aucune indignation. Et il se mit à raconter l’histoire de la ficelle. On ne le crut pas. On riait.

35 II allait, arrêté par tous, arrêtant ses connaissances, recom-

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