‹ French short stories;Chapitre 51 sur 70 · v. pantalon · texte numérisé non relu

v. pantalon

L’ATTAQUE DU MOULIN

Françoise et Dominique étaient là, dans la cour, qui le regardaient. Il finit par ôter sa pipe de la bouche, et dit cette simple phrase:

— Ah ! mes pauvres petits, ce n’est pas demain que je vous marierai !

Dominique, les lèvres serrées, avec un pli de colère au front, se haussait parfois, restait les yeux fixés sur les bois de Gagny, comme s’il eût voulu voir arriver les Prussiens. Françoise, très pâle, sérieuse, allait et venait, fournissant aux soldats ce dont ils avaient besoin. Us faisaient la soupe dans un coin de la cour, et plaisantaient, en attendant de manger.

Cependant, le capitaine paraissait ravi. Il avait visité les chambres et la grande salle du moulin donnant sur la rivière. Maintenant, assis près du puits, il causait avec le père Merlier.

— Vous avez là une vraie forteresse, disait-il. Nous tiendrons bien jusqu’à ce soir . . . Les bandits sont en retard. Us devraient être ici.

Le meunier restait grave. U voyait son moulin flamber comme une torche. Mais il ne se plaignait pas, jugeant cela inutile. U ouvrit seulement la bouche pour dire :

— Vous devriez faire cacher la barque derrière la roue. II y a là un trou où elle tient . . . Peut-être qu’elle pourra servir.

Le capitaine donna un ordre. Ce capitaine était un bel homme d’une quarantaine d’années, grand et de figure aimable. La vue de Françoise et de Dominique semblait le réjouir. Il s’occupait d’eux, comme s’il avait oublié la lutte prochaine. U suivait Françoise des yeux, et son air disait clairement qu’il la trouvait charmante. Puis, se tournant vers Dominique:

— Vous n’êtes donc pas à l’armée, mon garçon ? lui demandat-il brusquement.

— Je suis étranger, répondit le jeune homme.

Le capitaine parut goûter médiocrement cette raison. U cligna les yeux et sourit. Françoise était plus agréable à fréquenter que le canon. Alors, en le voyant sourire, Dominique ajouta:

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