‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 118 sur 174 · Le Précepte de Mahomet · texte numérisé non relu

Le Précepte de Mahomet

Mahomet dit dans l'Alcoran : "Crains de manger du porc, fidèle Musulman! Cet animal renferme une partie impure ;

Et, sous les peines de l'enfer,

Tu dois t'abstenir de sa chair." Ce précepte, jadis, causa plus d'un murmure Parmi quelques Imans réunis en secret

Pour manger un cochon de lait.

— Encor, dit l'un des bons apôtres, Si, donnant au précepte un sens moins étendu. Le Prophète eût nommé le morceau défendu,

On aurait pu manger les autres.

Mais à cause d'un seul les interdire tous, C'est nous traiter en sots ; amis, qu'en pensez- vous ? ■ — Docteur, répond l'un d'eux, voici ce que j'en pense : L'article est délicat ; voulons nous assurer

La paix de notre conscience?

Il convient de délibérer:

Or, sans me mettre ici l'esprit à la torture,

Je vais m'expliquer en deux mots.

Le morceau défeudu, certes, n'est point la hure ;

Mais je soutiens que c'est le dos.

—Moi, le ventre, s'écrie un des autres suppôts.

— Ce sont les pieds, dit un troisième.

Pour l'oreille et la queue on opina de même.

Après avoir bien pesé tout, Nos dévots musulmans au cochon firent fêîe.

Chacun en prit selon son goût ; L'animal fut mangé des pieds jusqu'à la tête.

Ce monde est une table où mille conviés, Sévères pour autrui, pour eux pleins d'indulgence, Composent de la sorte avec leur conscience ; Et tous les plats sont nettoyés.

Le Ballly. Fables.

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