Péroraison de l'Eloge de Henri IV
O Henri! si de la demeure des bons rois tu jettes quelques regards sur les humains si difficiles à conduire et si aisés à égarer ; si les sentiments de nos âmes peuvent encore affecter la tienne, combien n'as-tu pas dû jouir de cet hommage universel que l'on vient de rendre à ta mémoire? Elles souvrent ces tombes augustes où reposent tant de princes et de souverains, et le peuple court en foule contempler ce qui reste de ses maîtres; il passe près de ces grandeurs détruites; mais un cri général, un transport unanime le rassemble autour de toi: hommes de toutes conditions, de tous âges, tous n'ont qu'un sentiment et qu'une parole : Ouest Henri IV ? et ce nom, répété par toutes les bouches, roule dans ces profondeurs ténébreuses. Le temps a dévoré les vains ornements qui couvraient ta cendre ; mais c'est elle que l'on révère, que l'on s'empresse de toucher : il semble que ton esprit l'anime encore. Ce cercueil défiguré est couvert de baisers et de larmes ; on dirait que toutes ces ombres royales ont disparu devant toi, et que la tienne seule remplit cet asile de la mort c'est que l'on juge la gloire et qu'on aime la bonté. Rois, conquérants, héros, voyez les pleurs d'attendrissement qui coulent sur cette tombe : celui qu'elle renferme n'en a jamais
140 LE LECTEUR ET l'oRATEUR FRANÇAIS «
fait verser d'autres ; déposez à ses pieds vos palmes et vos trophées ! Philosophes, législateurs, venez y déposer vos ouvrages. Son exemple peut bien plus que vous ! Hommes de toutes les nations, pleurez de ne l'avoir pas eu pourmaitre ! Si les vôtres lui ressemblent, ils voudront mériter de telles larmes ; s'ils ne lui ressemblent pas, ils ne sauront pas même si vous pleurez.
La. Harpe.