‹ French speaker, ou L'orateur françaisChapitre 56 sur 174 · Les Parvenus · texte numérisé non relu

Les Parvenus

Ni les troubles, Zénobie, qui agitent votre Empire, ni la guerre que vous soutenez virilement contre une nation puissanté, depuis la mort du Roi votre époux, ne diminuent rien de votre magnificence : vous avez préféré à toute autre contrée les rives de l'Euphrate, pour y élever un superbe édifice ; l'air y est sain et tempéré, la situation en est riante, un bois sacré l'ombrage du côté du couchant; les Dieux de Syrie, qui habitent quelquefois la terre, n'y auraient pu choisir une plus belle demeure : la campagne, autour, est couverte d'hommes qui taillent et qui coupent, qui vont et qui viennent, qui roulent ou qui charrient le bois du Liban, l'airain et le porphyre; les grues et les machines gémissent dans l'air, et font espérer à ceux qui voyagent vers l'Arabie, de revoir à leur retour en leurs foyers, ce palais achevé, et dans cette splendeur où vous désirez le porter, avant de l'habiter, vous et les Princes vos enfants. N'y épargnez rien, grande Reine : employez-y l'or, et tout l'art des meilleurs ouvriers; que les Phidias et les

* Si je voulais, par un seul passage, donner, à la fois, une idée du grand talent de La Bruyère, et un exemple frappant de la puissance des contrastes dans le style, je citerais ce bel Apologue, qui contient la plus éloquente satire du faste insolent et scandaleux des parvenus.

Si Ton examine avec attention tous les détails de ce beau tableau, on verra que tout y est préparé, disposé gradué avec un art infini pour produire un grand effet. Gtuelle noblesse dans le début ! Gluelle importance on donne au projet de ce palais ! due de circonstances adroitement accumulées pour en relever la magnificence et la beauté ! Et quand l'imagination a été bien pénétrée de la grandeur de l'objet, l'auteur amène un pâtre enrichi du péage de vos rivières, qui achète à deniers-comptant cette royale maison, pour l'embellir} et la rendre plus digne de lui.

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