Le Peuple Athénien
L'Histoire nous le représente, tantôt comme un vieillard qu'on peut tromper sans crainte, tantôt comme un enfant qu'il faut amuser sans cesse, quelquefois déployant les lumières et les sentiments de grandes âmes ; aimant à l'excès les plaisirs et la liberté, le repos et la gloire ; s'enivrant des éloges qu'il reçoit, applaudissant aux reproches qu'il mérite ; assez pénétrant pour saisir aux premiers mots les projets qu'on lui communique, trop impatient pour en écouter les détails et en prévoir les suites ; faisant trembler ses magistrats dans l'instant même qu'il pardonne à ses plus cruels ennemis ; passant avec la rapidité de l'éclair, de la fureur à la pitié, du découragement à l'insolence, de l'injustice au repentir; mobile surtout et frivole, au point que, dans les affaires les plus graves, et quelquefois les plus désespérées, une parole dite au hasard, une saillie heureuse, le moindre objet, le moindre accident, pourvu qu'il soit inopiné, suffit pour le distraire de ses craintes ou le détourner de son intérêt.
Barthélémy. Voyage d'Anackarsis.