‹ Frere et soeur drame en cinq actesChapitre 32 sur 94 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

BJ.ASCIIE.

Mi tnëre! c'eSt li que pour la dernière fois tu m’as embrassé! c’ëst là que pour li derniere fois tu m’as bénie! (niant tout h coup du rire de u folie.) Ah ! a h ! on me l’a dit aussi dans mon enfance : C’est un gage de bonheur que la bénédiction d’une mère. Ah ! ah! je suis heureuse, moi, je suis. ..je suis heureuse, moi...

ROBERT

Heureuse !

Assurément!... Vois plut t!... la preuve, c’est que je ris toujours! Ah! ah! ah! je ne pli ure jamais!... je voudrais pleurer, que je ne le pourrais pas... Oh! que je souffre !

• iokert.

Ma sœur, ma pauvre enfant !

BLANCHE

Une larme, mon Dieu! faites-moi verser une larme; tout mon sang pour une larme !

ROBÈRT.

Mon Dieü, si elle doit toujours souffrir ainsi, n’ayez pitié que d’elle et ôtez-la-moi !

BLANCHE

J’étouffe, j’étouffe dans cette salle!...

ROBERT

Viens, viens respirer dans le jardin, (il loi prend le bra«. Blanche,

en allant aux portes du fond, recule avec un cri.)

BLANCHE

Oh! ce chêne!...

ROBERT

L’arbre au pied duquel elle a été trouvée évanouie.

BLANCHE) regardant au f*nd epouvanlëe.

Voyez- vous, voyez-vous ce spectre?... Arrière, démon de la nuit, arrière!...

Comment tirer de ces ténèbres un rayon de lumière? .. quelle image ollrir à ses yeux?... Ah! peut-être cette corbeille de mariage. . . (U met la curlwille ions les yeux de Blanche.)

BLANCHE

Ah! la belle corbeille de mariage !... elle est à moi, cette corbeille. . je me marie aujourd’hui... voilà mes dentelles, mes tachemiies, mes bijoux... Oh! la belle corbeille!... mais il y manque quelque chose !

ROBERT

Que veut-elle dire ?

BLANCHE, cherchant dans la corbeille.

Je ne l’y trouve pas !

ROBERT

Que cherche-t-elle ainsi ?

BLANCHE, cherchant encore.

OÙ est-il ? OÙ est-il?... (Elle regarde de tonies parts, fixe ensuite les yeox snr le secrétaire, court l'ouvrir, et en tire un poignard.) Le Voici ! lü poigrtâfd

de Claudia... le poignard que m’a légué ma mère!

ROBERT; avec un mouvement pour le lui arracher.

Grand Dieu! cette arme...

Ce devait être aussi mon présent de noces!

ROBERT

Blanche ! ma sœur !

BLANCHE

N’approchez pas ! Laissez-le-moi ! laissez-le-moi !... Je sais bien de qui je suis la fiancée... A moi le voile noir, à moi la couronne de verveine! Je suis la fiancée de la mort... Je veux, je dois mourir!...

* ROBERT

Malheureuse!...

BLANCHE

O ma mère! n’est-ce pas toi-même qui me l’ordonnes?... Je vois ton ombre... j’entends ta voix... Tu me dis : Ma fille, ma pauvre fille, reviens... reviens à moi... rappelle-toi cette nuit fatale...

ROBERT, no perdant pas de vue la main de sa sœur qui presse toujours convulsivement le poignard coDtre sa poitrine.

Cette nuit fatale!... Écoutons, (il la regarde, elle demeure un instant immobile.)

BLANCHE

Je l’entends... je l’entends toujours, ma mère... C’est toi, c’est toi qui, de là-haut, me redis eeite légende dont fut bercée mon enfance... «Reviens, reviens à moi, ma fille, carie bandit s’est levé pour toi dans les ténèbres. »

ROBERT

Le bandit?...

BLANCHE

Mais tu n’as pas eu de Madone pour te sauver toi !... Tu vois

bien qu’il faut que tu meures!... (En achevant scs mots, elle dirige le poignard vers sa poitrine. Robert jette un grand cri et tombe aux genoux de sa sœur en lui retenaot la main. Blanche s’arrête; le regarde fixement; laisse tomber le poignur<! et se jette dans les bras de son frère en fondant en larmes. ) Àh ! mon

frère!...

ROBERT

Elle me reconnaît!... Les larmes lui ont rendu la raison!...

BLANCHE

Ah! laissez-moi pleurer... Les larmes, c’est la rosée du ciel!

(Elle éclate en pleurs.)

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