‹ Frere et soeur drame en cinq actesChapitre 5 sur 94 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

DE S1VRÏ,

J’en ai trop ! Voyons, que veux-tu que je fasse de ces heu*» res? Personne ne m’aide à les porter, je vis seul, et c'est un fardeau intolérable! je n’ai pas assez d’esprit pour me lancer dans le monde dis artistes, on m’écraserait^ j en ai trop pour me lancer dans le monde des bourgeois, on mYnnuieiait; les muq lignons m’oiit dégoûté des chenaux, les chass urs de la chasse, les aubergistes des voyages, les çléjeuners des duels, les rnus'c eus de la musique, les joueurs dp icq, les niaris du mariage, les garçons du célibat, les amis de l'amitié, les femmes de l'amour... Tu le vois, cher ami, la vie est pour moi un rude métier !

VËRNEU1L.

Oh! très-rude! un tilbury , un gr om , trois chevaux , uq hôtel, vingt-huit ans, la Santé, cinquante mille francs de renie; je comprends ton désespoir... et rien au monde, mon pauvre ami, rien pour y mettre un terme.

de Sivry.

Rien!... ah!... si fait... quelque chose... quelqu’un... une femme.

VEMtëÜlL.

Je sais... la femme aux agendas, qui en donne à tous ses adoraleurs... la brillante Olympe de Beautreillis.

,ws sivay,- ; :

Olympe! il s'agit bien d'elle!... Olympe.. /une chose'qui rit et pleure avec un rire faux et des larmes véritables... ce n'est rien, ni un amour ni un caprice, pas même «me distraction... Non, mon ami, non, ce n'est pas d’elle que je te parle, mais d'une femme, entends-tu?... d’une vraie femme et que j’ai trouvée...

VERNEU1L.

A force de la chercher.

DE sivry. . .•» r i,7

Au contraire... parce que je ne la cherchais pas... par malheur, die est greffée au bras d’un homme sérieux.

VERNEUIL

Que t'importe ? tu viens de me dire que les femmes t’avaient dégoûté de l'amour.

PE S1VRT, , ...

C’est vrai! s’il y a une chose au monde que je déteste, c’est l’amour : l’amour des romances, dos opéras, des pianos, des cavatines; l’amour des adolescents en floraison, des étudiants en mansardes, des sous-lieuteuauts en congé, des pensionnaires en vacances; mais, avec mou inconnue, j’ai trois passions mêlées ensemble qui brûlent ma tète, qui toutes trois ont un nom et qui réunies n’en ont pas : le désir, le caprice et la curiosité.

Est-ce une femme mariée.... une jeune fille ou la maîtresse de cet inconnu que je vois sans cesse auprès d’elle? L’énigme a déjà un charme irritant qui me plaît, qui m’enchante. Mais ce

Î ue je sais, c’est que je l’enlèverai à un mari, à un amant

ue me fait le ti're de propriétaire?... Pour recommencer à vivre, il me faut une femme que j’enlève à quelqu’un.

VERNEUIL

A la bonne heure ! je retrouve enfin un homme civilisé !

DE S1VRY, allant regarder à la fenêtre.

Tais-toi!... Tais-toi donc!

VERNEUIL

Pourquoi ?

DE SIVRY

Voici l’heure où mon étoile se lève... c’est là que passe tous les soirs ma belle inconnue sous la protection de ce jeune homme qu’il m’est impossible de classer.

VERNEUIL , regardant parla fenêtre.

En ce moment, le coup d’œil est superbe. Tout Paris femme est sur le boulevard.

DE SIVRY

C'est un désert, elle n’y est pas !

Page 1