‹ Frere et soeur drame en cinq actesChapitre 51 sur 94 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

ROBERT, revenant viveicenC à ce mot vers de Sivry.

Ah! une petite maison !

OLYMPE

Style Louis XV, et que dans son bon temps, avant d’être l’homme sérieux et grave que vous voyez aujourd'hui, mon 4 sieur de Sivry appelait son pavillon de Hanovre

ROBERT, observant toujours. Ion eu afP riant bcMicoup de Irgoreté.

En vérité?... cette élégante et mystérieuse retraite où monsieur de Richelieu, notre maitreà tous, abritait contre la colère des amants et des maris ses innombrables conquêtes.

YERNEUIL.

Le pavillon de Hanovre! je connais ça... c’est un tailleur qui a remplacé Richelieu.

ROBERT, déplus eu plus paioment, et foudroyant toujours de Sivry de son regard.

Vous avez le bonheur de posséder une maison comme était celle-là, monsieur?

VERNEUIL

Je l’ai vue, et je réponds d’avance qu’elle vous plaira, monsieur le marquis.

ROBERT, lai répondant vaguement sans perdre de vue de Sivry.

Ah! vous croyez?

YERNÊUIL.

Un vrai nid d’amour et machiné comme une pièce féerie, et puis des dessus de portes incendiaires, des boudoirs diaphanes, partout des amours de Boucher et des nymphes de Fjagonurd, une bonbonnière en marqueterie, en stuc et en palissandre, ou, comme on eût dit alors, le sanctuaire des Grâces, le temple delà Volupté, une succursale de Cythèrc, de Paphos et d’Amathonte.

ROBERT, toujours h de Sivry.

Charmant, adorable en vérité, monsieur, et je vous en félicite. Mais de qui tenez-vous donc celte ravissante propriété?

DE SIVRY

Un héritage d’un de mes oncles, commandeur de Malte, un des derniers hommes de ce siècle qui aient su porter l’habit à la française.

ROBERT

Et vous voulez sérieusement vous en défaire P

DE SIVRY

Sérieusement.

ROBERT

Pourquoi?

Pardon, monsieur... si réellement vous étiez l’acquéreur que je cherche, je ne vous demanderais pas pourquoi il vous plairait .de l'acquérir.

RODEHT.

Mais vous auriez tort, monsieur, car je n'hésiterais pas à vous répondre; quoi de plus délicieux au monde que de vivre au milieu du dix-neuvième siècle de la vie folle et voluptueuse que menaient nos aïeux en pleine Régence !

DE SIVRY

Alors, je vous réponds à mon tour que j'ai fait essai de cette vie, qu’elle est trompeuse autant que coupable, et que j’y ai renoncé et que j'y renonce pour toujours.

ROBERT

Sans jeter un regard en arrière!... Ah! monsieur! nous ne nous ressemblons pas... et j'éprouve, moi, qu’on ne refait pas sa nature ; que, malgré nos suprêmes efforts pour en triompher, nos cœurs, nos sentiments, nos passions restent toujours les mêmes. Non, je ne comprends pasqu’après avoir goûté de cette vie qu‘ vous dédaignez aujourd’hui, on puisse jamais y renoncer. Les mœurs de la Régence! Avoir toujours des bourses pour les soubrettes et des coups d’épée pour les jaloux! Avoir de l’agilité pour l'escalade, de l’élasticité pour les séjours forcés dans les armoires ou les ruelles, de la cruauté dans le cœur, nuis de la tendresse dans le sourire; jamais l’ombre d’une émotion, mais des larmes à volonté; employer tous les moyens, échelles de soie, fausses clefs, voitures fermées, enlèvements... employer... jusqu’à la violence et jusou'à l'incendie... Le plaisir, et rien que le plaisir à travers tous les dangers et tous les obstacles... Advienne que pourra, et après nous le déluge !... C'était la devise de nos aïeux.... et morbleu! c’est aussi la mienne!.... (vivement à rte siwv.) La vôtre... allons, convenez-en donc, mohsieur, c'est votre devise?

DE SIVRY

Non pas.

OLYMPE, montrant Robert.

Avez-vous entendu, mesdames ?

YERNEÜ1L.

Je l’admire, cet homme !... Monsieur, je vous admire ; monsieur, je voudrais VOUS ressembler, (il veut lui serrer la main, de non- ▼eau le comte lui tourne le dos avec impatience» puis il revient à de Srrry pour l'observer encore. Celoi-ci est demeure tout à fait impa c sible.)

DE SIVtlY. de l’air le plus froid et le plus insouciant du monde*

J'ai le malheur de ne pas être de ton avis, mon pauvre Verneuil. Je ne veux pas m’ériger en moraliste auprès de M. le marquis de Verrières; mais j’ai envers lui un devoir de conscience à remplir, puisqu'il s’agit d’une affaire entre lui et moi, et que c'est à propos de cette affaire, du projet de .vente de mon immeuble de la rue Cassette, qu'il a parlé avec tant d’enthousiasme de la Régence. Ces bonheurs qu’il vient de dépeindre, ce

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