ACTE IV
OLYMPE
Perdu sans doute un beau soir, et retrouvé un beau matin dans un petit sentier menant à un des chalets nombreux qui entourent le lac d’Enghien .
VERNEL'fL, un ■peu gri».
Moi, je demande... „
ROBERT
Du Château-Laffitte!...
VERNEU1L.
Non ! le portefeuille de Bréval.
ROBERT
Oui... voyons le portefeuille!...
F LOBA.'.
Permettez, messieurs!...
• CARMEN
Si nos noms s’y trouvent ! ...
OLYMPE, tirant l'agenda de sa poche.
N’ayez pas peur... il y en a bien d’autres!
ROBERT
•Comment?...
01 YMPE.
Je vous défie de les compter!...
(Robert lui prend l'agenda des mains, elle cherche -vainement à le reprendre.)
ROBERT
Ah! des noms de toutes sortes et de tous pays ! des noms nobles et bourgeois, irançais et étrangers... Miss Anna Butler...
VERNEUIL, riant.
Une histoire piquante! Je la connais.... C’était une jeune Anglaise de Birmingham. Bréval l’enleva en promettant de l’épouser à Gretna-Green , où l’on se mariait à 1 Écossaise (on verse à boire) depuis un temps immémorial; mais ils y arrivèrent justement le lendemain du jour où, par un adte du Parlement, on ne s’y mariait plus !
H y a des jeunes personnes qui n’ont pas de chance.
ROBERT, lisant sur le portefeuille.
Fausta Ramirez.
(Ici, comme pendant toute la scène, il verse et fait verser à boire à de Sivrv.)
DE SIVRY, parlant toot en vidant son verre à mesure qu'on le remplit.
Une histoire trafique ! je la connais aussi ! Bféval avait quelquefois escaladé, la nuit, le balcon de cette Fausta Ramirez, une brune Espagnole de Grenade; au bout de deux mois d’intrigue andalouse, Bréval reprit le chemin de la France; or, il
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venait d'arriver dans une hôtellerie de Vittoria. fou verse à boire. ) Tout à coup la porte s'ouvre, et qui parait?... c’est Fausta Ramirez qui venait à sa poursuite Une minute après, la fenêtre s’ouvre; qui parait encore?... c’est le père qui venait à la poursuite de Fausta. L’explication fut terrible. Le père tua la fille, et Bréval tua le père ! ✓
(Mouvement d’effroi parmi les différents personnages.)
OLYMPK.
Marquis infernal , je commence à croire que vous êtes dis tancé par ce marquis défunt. Je parie que vous n’avez rien de pareil dans vos souvenirs galants!
ROBERT
Et je ne parie pas! je serais trop sur de gagner! Écoutez plutôt une seule de mes aventures, et laissez-moi d’abord vous dépeindre l’héroïne... Une baronne allemande fière comme Junon, vertueuse comme Minerve, belle comme Vénus, une triple femme qui descendait de Conrad et de la maison de Souabe, où l’on est vert, cuse de mère en fille depuis la prise de Constantinople 1453; elle avait un mari, et cinq amoureux, cinq Werthers, et un château-fort qui abaissait son pont-levis à tous les prétendants; une moderne Pénélope qui brodait nuibet jour, en attendant son mari exilé aux bouches du Danube. J’allai le trouver, ce mari, à l’insu de sa femme, le trouver pour me battre avec lui; j’eus soin de me faire donner un coup d’épée; je revins blessé, mourant, aupiès de la baronne, qui éprouva pour moi le plus tendre intérêt; je lui dis que son amour seul pouvait me rendre à la vie. La baronne oublia ses aïeux, la maison de Souabe, la prise de Constantinople, le déluge et le baron, et je fus guéri juste à temps pour être heureux!... Versez-moi du Champagne. ,
(On verse à boire.)
TOUS
Du Champagne !
(Pendant tout ce récit on n’a cessé de boire. Robert a surtout fait boire de Sivry.
Toutes les tètes paraissent très-animées. On se presse autour de Robert, on lui
serre les mains, on trinque arec lui.)
DE SIVRY
Bravo! marquis, bravo! tu es notre maître à tous, tu es plus fort que Bréval.
ROBERT) commençant à jouer l'ivresse qui est réelle chez tous ceux qui l'en*”
touient.
Bréval! oh! non pas, je m’incline devant lui... et je me souviens maintenant qu’à Enghien.... tenez.... c’est ce portefeuille qui me rappelle.... Oui, à Enghien, Bréval a été le héros d’uue aventure... on me l’a racontée tout bas au bal champêtre de la localité.
ACTK IV.
DF. SIVRY
Lui... Bréval... à Enghien!... quelle aventure 1 ?...
ROBERT
Laisse-moi donc parler, de Sivry... si je perds le fil...