CHAPITRE III
Les Blanche for t.
D'or à deux lions léopardés de gueules.
XX. — Antoine de Blanchefort, seigneur de Saint- Janurin, fut institué héritier de tous les biens de la maison de Créquy par le Cardinal de Créquy, son oncle maternel, à condition de porter le nom et les armes de Créquy. .
Antoine de Blanchefort, sire de Créquy, eut de Chrétienne d'Aguerre un fils que sa mère rendit plus tard héritier des biens d'un autre fils qu'elle eut d'un
second mariage avec François-Louis d'Agoult, comte de Sault. Ce fut :
XXI. — Charles 1^^ sire de Créquy, de Blanchefort, de Canaples, comte de Sault, prince de Poix, duc de Lesdiguîères, pair et maréchal de France, chevalier des Ordres du Roi. lieutenant-général de ses armées, gouverneur du Dauphiné. De Tannée 1594, qu'il prit part comme volontaire au siège de Laon, jusqu'à sa mort, qui arriva en 1638, un an avant le retour de notre contrée à la France, il porta sans relâche les armes pour le service de nos rois. Il servit sous Lesdiguières, dans l'armée de Savoie, en 1597, s'empara d'Aiguebelle, fut blessé à la journée des Molettes, et fut fait prisonnier à la Tour Charbonnière en 1598. Il tua en duel, après l'avoir épargné une première fois, don Philippin, bâtard de Savoie, en 1599. En 1601, il accompagna le maréchal de Biron, dans son ambassade en Angleterre. En 1604, il était gouverneur de Montmélian, de Péronne, de Montdidier et de Roye. En 1606, il fut mestre de camp du régiment des gardes, et fut reçu en survivance de la lieutenance de Dauphiné, en laquelle il succéda à Lesdiguières en 16 10. En 1620, il se signala au combat du Pont de Ce, conserva à Louis XIII les villes d'Alençon et du Mans, et sauva la vie, au Comte de Saint-Aignan abandonné par la reine-mère lors de son accommodement avec Louis XIII, et que le roi voulait juger comme ayant été pris les armes à la main. En 1621, il fut blessé au siège de Saint-Jeand'Angely, et reçut en 1622 le bâton de maréchal de France. Le 24 juillet de cette même année, il remit au duc de Lesdiguières, son beau père, les lettres par lesquelles le roi le faisait connétable. Depuis, il se trouva au siège de Montpellier. Envoyé en Piémont, il prit Novi et Gavi, secourut Ast, et força le duc de Féria
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à lever le siège de Verrue en 1625. 11 devint duc de Lesdiguières et pairde France, en 1626, à la mort du connétable, dont il avait épousé la fille. Mais il voulut conserver le nom de Maréchal de Créquy. En 1629 et en 1630, il força le passage de Suze, prit la ville de ce nom, Pignerol, Chambéry, Annecy, Romilly, Charbonnière, LuUe, Miolans et Montmélia. En 1633, le roi renvoya comme ambassadeur extraordinaire au pape Urbain VllI, et il se fit admirer à Rome par sa magnificence, aussi bien qu'à Venise où il alla Tannée suivante. A son retour, il remporta dans le Milanais divers avantages sur les Espagnols, qu'il défit au combat du Tésin le 22 juin 1636, et il contribua à la victoire gagnée sur eux à Montbaldon le 8 septembre 1637. Dans l'intervalle, le 26 septembre 1636, les Espagnols avaient brûlé la maison qu'il avait à Domart, en Ponthîeu, Enfin, il fut tué d'un coup d'arquebuse, le 17 mars 1638, comme il voulait jeter du secours dans la ville de Brème, assiégée par les mêmes Espagnols. Son corps fut porté dans la chapelle du château de Lesdiguières. Moréri, que nous suivons toujours, écrit qu'il avait autant d'éloquence que de bravoure, et qu'il avait l'art de persuader ce qu'il voulait.
Ainsi, le Maréchal de Créquy fut enterré en Dauphiné, loin de notre pays. Il avait suivi fidèlement le parti du roi de France, tandis que l'Artois restait encore espagnol plus encore de cœur que de fait. Il est vraisemblable que, depuis le mariage de Marie de Créquy. le château de Fressin n'était plus occupé par la famille de ses seigneurs.
Charles i'-'" avait épousé, en 1595, Magdeleine de Bonne, fille de François, duc de Lesdiguières et dernier connétable de France. Il épousa en secondes noces Françoise de Bonne, sa belle-sœur, sœur ger-
maîne de sa première femme. Il eut de son premier mariage :
1° François de Bonne, de Créqay, d'AgouIt, de Vcsc, de Montlaiir et de Montauban, duc de Lesdiguières, pair de France, qui continua la branche des ducs de Lesdiguières ; 2° Charles II, sire de Créquy et de Canaples ; 3^ Françoise de Créquy, qui épousa Maximilien
de Béthune, marquis de Rosny; 4*^ Madeleine de Créquy, qui épousa Nicolas de Neuville, duc de Villeroy, pair et maréchal de France, On notera cette nouvelle illustration de la maison de Créquy par son alliance avec celle du ministre Sully.
XXII. — Charles II, sire de Créquy et de Canaples, cadet de Lesdiguières, mourut en 1630 d'une blessure reçue au siège de Chambéry, où il combattait sous les ordres de son père. 11 avait épousé Anne du Roure, fille de Claude, seigneur de Bonncval et de Combalet, et de Marie d'Albert de Luynes, De ce mariage étaient sortis :
1° Charles III, duc de Créquy; 2° François de Créquy, mort jeune ; 3*^ Alphonse de Créquy, comte de Canaples, qui devint duc de Lesdiguières, pair de France, par l'extinction de la branche aînée de sa maison, et mourut lui-même sans postérité ; 4° François de Créquy, maréchal de France.
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Duché de Créquy
XXIII. — Charles III, de Blanchefort, duc de Créquy, pair de France, prince de Poix, chevalier des Ordres du roi, premier gentilhomme de sa chambre, gouverneur de Paris, etc., etc., fit ses premières armes aux sièges d'Aire, de la Bassée, de Bapaume, et au combat d'Honnecourt en 1642; il prit part à la bataille de Rocroy en 1643, aux sièges de Philisbourg, de Mayence, de Worms et d'Oppenheim, en 1644 '» ^ la bataille de Nordiingen et à la prise de Trêves, en 1645. ï' f^^^ blessé au siège d'Orbitello en 1648. Nommé maréchal de camp en 1649, il commanda la cavalerie de l'armée de Catalogne. En 165 1 , le roi Louis XIV le nomma lieutenant- général de ses armées. Ce prince le fit duc et pair en 1653, et chevalier de ses Ordres en 1661 (i). L'année suivante, envoyé à Rome en ambassade, il faillit être assassiné par la garde-noble du Pape, crime plus ou moins provoqué, dont Louis XIV ne crut pas excessif d'exiger une réparation qui humiliait le Saint-Siège (2). Gouverneur
(1) Synchronisme: En l658, destruction du château de Fressin, par Fargues. — Nous avons écrit ailleurs {Hesdin, page 352) qu'en 1660, le gouvernement de cette ville fut donné au maréchal duc de Créquy. Il y a là un mot en trop. Nous ne sommes pas en mesure de dire aujourd'hui si le gouverneur d'Hesdin fut le duc ou le maréchal.
(2) Les procédés du duc de Créquy et de son maître le roi de France à l'égard du Saint-Siège ne sont pas du tout à leur honneur. Nous n'y pouvons voir qu'un déplorable abus de la force, où le grand roi et son ambassadeur se montrèrent fort petits. Quand Créquy arriva à Rome, il commença par exiger q^e les parents du Pape allassent à sa rencontre hors de la ville, ce qui jamais ne s'était vu. Il ne fut point permis à la cour romaine d'opérer dans la ville des réformes reconnues nécessaires et réclamées par tous. La police ayant fait quelques arrestations dans le voisinage du palais Farrièse, oii logeait le duc .de Créquy, ce dernier considéra
de Paris en 1675, ambassadeur en Angleterre en 1676, il fut envoyé à Munich, en 1680, pour porter les présents de noces à la future Dauphine qu'il était chargé de ramener en France. Il mourut à Paris le 13 février 1687. D'Armande de Saint- Gelais, il avait eu une fille, Madeleine de Créquy, mariée, en 1675, à Charles- Belgique-Holland de la Trémoille, prince de Tarente et de Talmond, duc de Thouars. Le duc de Créquy fut inhumé dans l'église du couvent des Capucines. Son monument, sculpté par Mazeline et Hurtrelle, bien que dépouillé de son soubassement, fait encore l'admiration de ceux qui vont visiter l'église Saint- Roch où il a été transporté.
On remarquera l'illustration de plus en plus grande
ce fait comme la méconnaissance des privilèjjes de l'ambassade. Le dt'sordre devait être libre dans un certain rayon autour du -palais. On accuse le duc de Créquy d'avoir amené à sa suite des spadassins et des aventuriers, et de les avoir poussés à se prendre de querelle avec les sbires de la patrouille pontificale, lesquels étaient appuyés par un corps de deux cents Corses. Un jour, le 20 août 1662, la bat^arrc fut générale; l'ambassadrice de France faillit être arrêtée, et l'un de ses pages fut tué.
La provocation paraissait venir de l'ambassadeur. Cependant, le Saint-Siège offrit satisfaction. Mais Créquy ne voulut rien entendre. II refusa la médiation de la reine de Suède, et celle de Tambassadeur de Venise. Il quitta Rome. A Paris, le nonce reçut ses passeports. Louis XIV écrivit au Pape une lettre outrageante; il demanda à l'Espagne un passage par le Milanais pour une armée de i8,CCO hommes, qu'il voulait envoyer contre Rome ; ua arrêt du Parlement de Provence, du 26 juillet 1663, prononça même la réunion d'Avignon à la France ; des proclamations et des manifestes furent publiés contre la Cour Romaine.
Cependant, Alexandre VIT refusa toujours de recourir à Tcxcommunication. Il pardonnait à l'orgueil de Louis XIV en considération .de sa foi ; il lui savait gré de sa volonté de maintenir en France l'unité religieuse. Il se soumit donc h tout ce qu'on exigea de lui.
Or, voici la réparation qu'exigea l'incommensurable orgueil du roi de France :
Une pyramide fut élevée à Rome, vis-à-vis Tancien corps-de-garde des Corses, avec une inscription qui portait que la nation corse était déclarée à jamais incapable de servir le Siège Apostolique, en punition de l'exécrable attentat commis par elle contre l'ambassadeur de France.
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des seigneurs de Fressin. Trois frères sont à la fois comblés de dignités : l'aîné est fait duc de Créquy ; Alphonse devient duc de Lesdiguières ; François est fait maréchal de France.
Il mérite plus qu'une mention.
Donc, le quatrième fils de Charles II, François, marquis de Créquy, de Blanchefort, prit part au fiège d'Arras en 1640; puis il servit sept ans en Flandre et en Catalogne. Maréchal de camp en 165 1, il fut blessé devant Arrasen 1654, en défendant cette place assiégée par Condé. Nommé lieutenant-général en 1655, général des galère? en 1661, il fut créé maréchal de France en i6é8. En 1670, il conquit la Lorraine. En 1675, il fut défait, sur la Sarre ; puis il se jeta dans Trêves, dont il ne voulut jamais signer la capitulation. Il préféra être fait prisonnier. Rentré en France en 1676, il servit au siège de Condé. L'année suivante, il fut fait gouverneur de Metz, de Béthune, gouverneur général de Lorraine, Barois, comté de Chiny, duché de Luxembourg et du pays Messin. En 1678, il empêcha les Allemands de s'établir en Lorraine. Il les força de repasser le Rhin avec une perte de plus de huit mille hommes. Il leur tua sept ou huit cents hommes au combat de Kocberg, puis s'avança dans leur pays et leur prît Fribourg. Il s'empara, en 1684, de la ville de Luxembourg. Enfin il mourut à Paris en 1687, le 4 février, huit jours avant son frère le duc de Créquy. Nous n'avons mentionné qu'une bien faible partie de ses faits d'armes.
Le maréchal de Créquy avait eu de Catherine de Rougé :
1° François-Joseph, marquis de Créquy; 2° Nicolas Charles, sire de Créquy, marquis de Blanchefort, comte du Passage, etc.
François-Joseph, marquis de Créquy, fut tué au
Frkssin
combat de Luzzara, en Italie, le 13 août 1702^. Il avait eu trois filles: Taînée mourut à quatorze ans; les deux autres, qui étaient jumelles, moururent en bas âge.
A la bravoure héréditaire dans sa race, François de Créquy joignait les grâces et l'habileté du courtisan. C'est le témoignage que rend de lui Madame de Sévigné.
Nicolas-Charles mourut sans alliance, âgé seulement de vingt-sept ans, en réputation de l'un des plus braves gentilshommes de l'armée. Il avait enrichi de ses libéralités l'église de Beauval, au diocèse d'Amiens.
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