‹ Frétillon, ou la Bonne Fille, vaudeville en cinq actesChapitre 11 sur 40 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CAMILLE, puis LUDOVIC.

CAMILLE, entrant par lu r boite , une lettre à la main. Encore une lettre du comte de Céran... pauvre jeune lioimue... il n’y a pas à dire , il m’aime véritablement, c’est Sur! cette idée qu’il a été se mettre d*ans la tête , lui si riche, si joli garçon !.. à qui toutes les femmes font des avances... Eh bien ! non, il ne pense qu’à moi... il ne veut que moi , il s’ennuie de faire sa cour dans le grand monde.

Air: J* ai vu le Parnasse des dames.

Parmi les dames h la mode ,

L’usage est de perdre du teros ;

Pour moi , ce n’est pas mi méthode,

J'ai des principes diflerens.

Pounpioi si long-tems faire attendre Ce qu'un jour on accordera ?

Puisqu'on doit finir par se rendre ,

11 vaut mieux commencer par là.

Ah ! ce n’est pas lui qui se conduirait comme M. Ludovic ! l’ingrat , il m’a oubliée !

LUDOVIC , dans le fond , à la t.antonnade.

Voulez-vous bien me laisser tranquille...

pas un mot où je vous fais chasser...

CAMILLE, se retournant. Ludovic! enfin c’est lui ! mais , comment osez-vous vous présenter ici , chez moi *?.,.

LUDOVIC. C’est que je ne peux plus y tenir... c’est que je suis rongé d’amour et de jalousie... cpiarul je songe au bonheur de ce Codureati !...

C v mille. C’est ça! .. faites-moi des reproches, il valait peut-être mieux vous laisser partir!

LUDOVIC. Ali ! les maudits billets !

Camille. J’avais accepté... fallait bien tenir compte...

Ludovic. Pauvre Camille ! j’ai eu tort de te bouder... mais ça n’a pas duré long-

* Ludovic, Camille.

LE MAOàSIH THEATRAL.

tems !.. voilA quinze jour* que je rôde autour d’ici, que je passe devant tes fenêtres... Enfin , j’ai su que mon cousin était parti pour Rouen, et je me suis dit : Vite, c’est le moment... chez ma cousine... car, tu es ina cousine , ou c’est tout comme , de la main gauche.

Camille. Et je ne la serai pas longtems... décidément, Godureau est trop hète!... et sans son tilbury qui est assez commode , et sa table dont je fais part à mes amis...

Ludovic. A tes amis... ali! bien, faisinoi donc faire un joli dîner aujourd’hui...

mais pas de fromage... (Ils rient.) Ah ! ah ! ah ! ainsi, tu as du moins pour te consoler toutes les jouissances de la vie...

Camille. 11 faut bien se rattraper un peu , et pourtant , je ne serais plus ici , si je ne m’étais pas mis dans la tête de te faire faire une pension par ta famille.

Ludovic. Comment, tu aurais pensé...

es-tu aimable, donc!.. Ah! va... que mon oncle me fasse seulement l’amitié de me laisser sa succession... je te rendrai ça, et avec les iutérèts... les ferons-nous danser , les éctis !.. à propos . sais-tu comment il se porte , mon respectable oncle ?

Camille. On dit qu’il ne va pas bien.

Ludovic. Tant mieux!... c'est-à-dire, non... tant pis!... mais tâche donc que ma pension ne tombe pas clans l’eau , hein ?..

vois-tu, je suis pressé qu’elle vienne et mon propriétaire aussi... et mon restaurateur aussi, et mon estaminet aussi, et mon tailleur idem , et une foule de gens ennuyeux que j’envoie à tous les diables et qui ne veulent pas y aller... Quand recevrai-je le premier quartier ?

Camille. Nous verrons à son retour...

pourvu qu’il ne sache pas que tu es venu ici... Dieu! avec les idées qu’il a...

Ludovic. 11 a des idées, mon cousin Godureau?..

CAMILLE. Oui, par extraordinaire... et des idées de jalousie encore !...

Ludovic. Vrai ! il est jaloux!., c’est stupide à lui !... mais j’y pense... ça ne peut pas être de moi... il y en a donc uu autre ?

Camille. Non, mais quand cela serait...

Nous recevons ici M. le comte de Céran , un charmant jeune hominc , bien tendre, bien aimable et bien pressant!... car les hommes!...

Ludovic, stupéfait. Eh bien!... est-elle franche !

Camille. Dam!... je croyais que vous m’aviez oubliée , et demain peut-être vous seriez arrivé trop ÿtrd 2

Ludovic. Oui , mais je suis arrivé aujourd’hui , et alors, attention!... pas de

plaisanterie !

CAMILLE. Oh ! moi , je n ’.i jamais trompe personne... je t’aime, touche là! tu me déplais , bonsoir!., voilà mes princjpesl r

Ludovic. Honnête fille!.... alors, dis donc , comme tu as dû t’ennuyer avec mon cousin Godureau !

CVMILLE. Je crois bien... un homme qui ne Vient s asseoir auprès de moi que pour digcrerson argent et boire du champagne.

Ludovic. Du champagne !.. près de toi, quelle ame ignoble!., dis donc, est-il on votre champagne?

Camille. Excellent!

Ludovic. Veux-tu m’en faire donner , seulement pour voir... (Il sonne.) Tu permets?... ' r

Camille. Il est teins !

LUDOVIC , à la bonne qui paraît à droite.

Du champagne ! petite... et deux verres...

(Elle tort.)

Camille*.

Aie du Charlatanisme.

Vraiment tu ne le {'«‘ne* pat !

Lt’DOVIC.

Y pcnseA-tu , ma chère amie ?

Se gdne-t-on en pareil cas •

Entre parens , quelle folie !

Pour lui faire honneur me voilb!

Il faut que la parente brille,

Et tout ici m'appai tiendra ,

Son vin, ta table...

( L'embrassant .)

Et estera.

Ça ne sort pat de la famille.

(On entend porter et rire au dehors.)

Camille. Qu’est-ce que j 'entends là?...

quelqu'un qui entre... Ciel! c’est Godureau !

Ludovic. Mon cousin! il est à Rouen.

Camille. Il parait que non ; Dieu ! s’il te voit... avec sa jalousie...

Ludovic. Voilà ma pension flambée. Il vient! Je me cache!...

(Il ouvre l'armoire , h gauche.) ^

Camille. C’est une armoire à portemanteau. Tu vas étouffer!

Ludovic. Bah! qu’est-ce que ça fait...

J’y suis.

CAMILLE , refermant la porte, Ab ! il était tems ! •

* Camille, Ludovic.

FRÊTTLLOîf.

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