SCENE VI
Les Mêmes , GODUREAU , parlant un sac d’argent.
GODUREAU. Où diable es -tu donc ?
est-ce que tu m’en veux encore de cette idée* ?
CAMILLE. Oli ! cela m’est bien égal..., croyez tout ce que vous voudrez.
GODUREAU. Eh bien ! non, non... j’avais tort! c'est que, lorsque je suis rentre, le comte avait un air si tendre... mais je me trompais... tu n’aimes que moi?
Camille. Je ne dis pas ça... Qu’est-cc que c’est que ce sac d’argent ? la pension de M. Ludovic?
GODUREAU, posant le sac sur le fauteuil qui est pris du cabinet. Que je vais rendre à mon oncle.
• LUDOVIC, « part. Cousin marâtre
va !
. GODUREAU. Ah ça ! mais , sais-tu que tu t'intéresses bien à ce d rôle-là ?
• CAMILLE. Allez- vous en être jaloux aussi ?..
godureau. De Ludovic? par exemple! je m’estime trop pour ça ; un pataud qui n’a ni ma grâce , ni mon esprit. (Ludovic cherche à prendre son sac.) Je te demande un peu s'il est bâti comme ça ; s'il a une jambe, une tournure comme la mienne.
CAMILLE , apercevant Ludovic qui retire son bras sans avoir attrapé le sac. Ah !
GODUREAU. Quoi donc ?
CAMILLE. Rien , rien , j'ai cru que vous alliez tomber
godureau. Oh! je suis solide. Dis donc!
petite , je ne t’ai jamais vue si jolie que ce matin?
marengo , à part. Il n’est pas beau , le particulier.
Camille. Mais partez donc , monsieur, partez donc , vous arriverez trop tard à la Bourse.
godureau. Ne crains rien... et d’abord.
( Passant à la table,) un verre de diampa-
* Marengo coché , Camille , Godureaa , Ludovic caché.
gne, ça échatiffe la conversation... tiens, la bouteille est à moitié!
CAMILLE, regardant la porte du cabinet.
Bail ! mais oui , puisque nous l’avons entamée...
LUDOVIC. Oh!
MARENGO. Ob !
CAMILLE , à part , regardant des deux cités. Tiens , il y a de 1’cclio !
godureau. Non! le diable m'emporte, si je m'en souviens ; c’est égal , j’en bois encore. (// remplit le verre qui est du cité de l’armoire. ) C’est bon, le champagne, ça rend aimable ; (Allant lui prendre ta taille.) et je veux l'être avec toi.
marengo , entr'ouvrant ta porte. J’étouffe!..
(Il prend le verre , le ride , le remet »ur la table et rentre dans sa cachette.)
CAMILLE, à Godureau. Buvez donc votre champagne, et partez.
godureau. Sois tranquille, j’ai bien le tems. ( Hevenunt à son verre. ) T u me boudes encore? Tiens! qu’est-ce qui a vidé mon verre ?
Camille. Votre verre! ( A part.) Par exemple !
godureau. Allons , fais donc l'étonnée, c’est toi !
CAMILLE. Moi !
godureau. C’est toi ! ah, ah, ali !
CAMILLE. Ab, ali, ali! oui, oui, c’est...
(A part.) Je n’v suis plus du tout ! (Haut.) En voulez-vous un autre?
Godureau. Merci, merci! un baiser, et je m’en vais. (Luduvic a fini par attraper le sac.) Ah ! et mon argent!.. Eli bien? il n’y est plus...
Camille, stupéfaite. Il n’y est plus!
GODDREAU. Camille! Camille!
CAMILLE. Ali ! est-ce que votre jalousie va vous reprendre ?
godureau. Du tout, du tout! mais il y a ici quelqu'un qui vole mon champagne , qui boit mon argent c’est-à-
dire...
Camille. Est-ce que je sais...
(Marengo ferme la porte avec bruit. Ou l'entend rire dans l’armoire.)
GODUREAU. C’est là... il y a quelqu’un là-dedans !
Camille, étonnée. Dam !.. il paraît, c’est possible... mais, si je sais qui...
godureau. Laissez donc... c’est quelqu’un que vous aimez...
Camille. Eh bien! quand cela serait!., est-ce que ça m’est défendu, est-ce que je ne puis pas aimer qui je veux?., et d’abord ce n’est pas vous...
«ÉTILLOH.
GODUREAU. Ah ! tous le prenez sur ce ton-là. Eh bien, nous allons voir... Et d’abord , je veux que le misérable qui est là en sorte sur-le-champ , qu’il inc rende ce qu’il m’a vole... le scélérat... le lâche 1 il a peur !
CAMILLE , entre l’armoire et lui. Monsieur...
GODUREAU. Laisse-moi... * qu'il sorte!
ou j’enfonce l’armoire.
maRBKGO, se montrant.
Air : Me voilà.
Me voilà !
GODUREAU , parlant. Un soldat!...
CAMILLE , idem. Marcugo !
MARtbco, continuant .
Me voilà !
Prêt à vous satisfaire ?
Mc voilà ! (bis.)
A vos ordres je suis là !
ENSEMBLE
* CAMILLE fl GObURCAC.
Il est là !
Qu’est-ce là ?
Quel mystère Est-ce là?
Camille , courant h lui.
Mârengo ! nui vieille connaissance !
mars xco.
Quel plaisir ! manuelle Frctillon !
CODl'REAC.
Eli ! mais voyez quelle insolence!
Ils s’embrassent tout de bon !
Allons , morbleu ! sans plus attendre Pendez ce que vous m’avez pris.
MARESGO.
C’est un baiser ! mais, entre amis ,
C’ n’est pas à vous qu'je veux le rendre.
goder eau. Ah ! garde-le! mais mon argent, voleur !
MARENGO , roulant dégainer. Milzieux !
CAMILLE. Ce n'est pas lui !
GODUREAU. Qui donc ?
Ltjnovic , sortant du cabinet.
Reprise de l’air.
Me voilà!
GODCREAU. Ludovic !
LDDOvic , continuant.
Me voilà !
Prêt à te satisfaire !
* Marengo , Godorean , Camille.
ENSEMBLE
Me voilà ! (bis.) Plus d’colèrC|
Je suis là!
tous.
Il est là ! etc.
godureau. Ali ça ! c’est donc une caverne que celte maison ?
Ludovic. C’est l'argent de mon oncle , mon quartier de pension, cousin... et si tu veux un reçu ?
GODUREAU. Pas de coups de poing!
marengo. Quand vous voudrez...
GOdureau. Je ne vous parle pas...* c’est à mademoiselle qui m’a trompé, et que je priverai de toutes mes bontés... je lui déclare...
Camille. Je vous déclare, moi, qu’il faut que ça finisse... il y a assez long-tems que je m’ennuie ici !
GODUREAU , furieux. Me parler ainsi !
après tout ce que j’ai fait pour toi !
Camille. Ali ! c’est à cause de ton tilbury que tu fais le fier! laisse donc , j'ai mieux que ça. ( Allant à la table et appelant.) John ! John !..
J ou 5 , sortant de dessous la table.
Reprise du chant.
Me voilà !
(L'air continue en sourdine jusqu ’h la fin**.) GODUREAU, l’interrompant. Ëh bien! d’où sort-il , celui-là ?
marengo. VIA l'autre!
Camille. Mon jockei, faites approcher ma voiture !
tous. Sa voiture!
Camille. Marengo, donnez-moi la main jusqu’à mon équipage. ( A John. ) A mon bùtel !
GODUREAU. M. de Céran!
marengo. Ca inc recule joliment !
(Marengo loi donne la main. Godurcau reatc stupéfait à gauche. Ludovic h droite. Jonh «arrête dut» le fond. l.c rideau tombe. j
* Godnreau, Marengo, Camille, Ludovic.
** Godurcau, Johii, Camille, Marengo. Ludovic.
ffll DU DEUXIÈME ACTE.
mit illon.
» Ion, c'cst pourquoi je vous écris, attendu » que je ne rais pas vous voir...
TOUS , riant. Ah ! ah 1 ah !
Camille. Qu’est-ce que c'est que ça.
ERNEST, continuant. « Vous êtes riche, » à présent, et moi , je ne suis toujours » qu’un troupier, malgré les promesses de » mon protecteur, le général, qui est bien » malade pour le quart-d'heure. ha pré- » sente est donc pour vous dire que je ne » vous oublie pas , et que si je n’ose pas » aller vous intéresser en personne, je n’en » suis pas moins toujours en ligne , en at-
» tendant le bonheur par la grâce de
» Dieu avec lequel j’ai celui de vous
» porter armes , et d’être votre très-hum- » ble et très - obéissant serviteur.
» Mabengo. »
Camille. Marcngo!
EttVEST . i unlinunnl. « Soldat, rue de » l'Oursine, à la caserne...»
TOUS , riant. Ah ! ah ! ah !
Camille , se Usant. Ce pauvre Marcngol.. mais je le verrai.... j'aurais tant de plaisir!..
ernest. On diraitqu’il est plus heureux que moi !
Camille. Lui!., oh! le pauvre garçon! il n'y a jamais songé.
DEUXIÈME JEUNE HOMME. Cependant...
Camille. Taisez-vous, et occupez-vous de notre loge pour ce soir.
DEUXIÈME JEUNE HOMME. A l’Opéra?
ERNEST. Aux Bouffes?
Camille. Non, non, c'est trop grand seigneur tout ça, c’est ennuyeux comme
les Français , Ludovic y dort toujours
au Palais-Royal, plutôt... parlez-moi de ce
théâtre-là! il n’est pas bégueule une
avant-scène...
ernest. J'y vais tout de suite.
TOUS. Altends-nous donc...