VIT
Tant que brille un rayon de soleil ou de lune Amis, tenez-vous cois: mais arrive la brune, IL fait bien noir ; on dort : allez chez Margoton, Et revenez de nuit, peur du qu’en dira-t-on.
Qui le saura ? personne! Et puis, voyez, nous sommes Gaillards et satisfaits, mais toujours des saints hommes Pour le peuple borné composé de vrais fous !
Jeunes gens, ayons soin de nous !
Si de pique-niquer en société d’actrices
IL vous prenait désir pendant les saints offices,
Faites ! et dansez-moi jusqu’au cancan, parbleu !
Mais que ce soit, de gràce! en quelque sombre lieu.
Si de la Gatineau les rives vous appellent,
Fuyez, fuyez l’'écueil que ses ondes recèlent !
Ne compromettez pas l'autel, le trône et nous! Jeunes gens, prenez soin de vous!
Et si de vous baigner en société d’actrices Il vous prenait désir pendant les saints offices,
Baignez vous, mais ailleurs que dans la Gatineau ! Songez que si Royal chez le sale Esquimeau S'embête nuit et jour, c’est qu’un certain dimanche Dans les eaux de ce fleuve il laissa voir sa hanche, Et compromit ainsi l'autel, le trône et nous : Jeunes gens, prenez garde à vous !
Puis un jour, couronnant cette vie exemplaire, Les ministres à qui vous êtes sûrs de plaire Dans quelque bon emploi facile et lucratif, Comme ceux de greffier, recenseur ou shérif, Vous câseront ! cela veut mieux que d'être rouge, Avec bonne conscience habiter en un bouge, Et porter noble cœur sous un frac plein de trous: Jeunes gens, prenez soin de vous !
Un véritable ouragan d'applaudissements, de battements de mains et de pieds éclata quand le derniers vers eut été prononcé.
En proie à un véritable délire les assistants se pressèrent autour du poète essoufflé qui, en un clin d'œil, fut huché triomphale-. | ment sur les robustes épaules de MM. Girouard et Raymond, (
M. Tac :—Coronatus sit !
M. LE VICOMTE DE KÉroack : —Qu’il soit couronné !
Et joignant l’action à la parole, de ses aristocratiques mains, il I arracha du cadre d’un miroir une bordure en papier de soie dé- ] coupé, à couleurs assorties, tressa une couronne et en ceignit le T chef de M. Chagnon. 1
Les vivats recommencèrent !
M. LE vicoMTE DE KÉroack :—Messieurs, j'ai couronné le poète, mais avant de le promener en triomphe autour de cette salle, P imitons les Romains jusqu’au bout. Corinne portait non seule-
ment une couronne, elle était de plus enveloppée de la tête aux p pieds d’un immense voile blanc, emblème de l'innocence et de la d simplicité. De même que j'ai substitué du papier de soie aux lau- a riers pour la couronne, prenons la nappe pour remplacer la den-
telle en point d'Angleterre pour le voile !
Cris unanimes de: Oui ! Oui!
Et M. Chagnon, enveloppé dans la nappe, le crâne chargé de ce laurier d’un nouveau genre fut promené trois fois autour de la table, et si grande était l’ardeur des convives que ce ne fut qu’en l’entendant geindre : “ J'étouffe ! j'étouffe !” que les porteurs de ce paquet poétique le déposèrent sur les genoux de M. Gendron.
M. Tacxé :—Plaudite gentes, virgines et pueri! Alleluia! Messieurs, parlons littérature, cela nous distraira un peu. La poésie
de notre jeune ami est fort belle, les rimes sont riches, les senti- fiq L ments exprimés en icelle admirables, mais la prose bien ajustée a jo aussi son mérite. Permettez-moi de vous faire part d’une magni-
s de once.
utour hale-.
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poète, salle, seulee aux de la x lauh den-
de ce de la qu'en de ce
Mespoésie sentistée a agni-
fique amplification dont je ne vous nommerai point l'auteur, par modestie. C'est tont simplement un chef d'œuvre. En d'autres temps je l'avais apprise par cœur et je l'ai toujours portée sur moi comme un talisman. Aussi je puis vous la lire sachant que vous en goûterez le sel et en respirerez le parfum. avec délices.
C'est une légende, pur, jeu d'esprit malin. Ecoutez et ditesm'en des nouvelles.
M. Taché redresse le verre de ses lunettes, sort de sa poche un petit manuscrit, le déploie sur son assiette et lit de sa meilleure voix de baryton :
En l'an de Notre-Seigneur mil huit cent soixante-et-six vivait paisiblement dans les limites d’une certaine municipalité, un gros et gras notaire à figure rubiconde, tout rond, tout beau, tout charmant, d'un embonpoint irréprochable, d'une prestance herculéenne en profondeur, d’une rotondité à faire envie dans l’ensemble de son agréable personne, doté d’une calvitie à mettre en imuge, la tête dans le cou, le cou ‘dans les épaules, les épaules dans l'estomac, l'estomac dans le ventre et le ventre dans les jambes, allant, bouiant, roulant son petit train de vie de la manière la plus chrétienne du monde—un vrai chérubin en chair et en os, quoi !
Oncéues ne vit jamais pareil homme !
Les commères s'asseyaient sur le seuil de ieur por pour le voir passer : tout le monde le saluait chapeau bas : la vénération publique était poussée si loin à son endroit que souvent vit-on damoiseau pieux faire relique des brouillons de ses dévotes minues.
Or, oyez comment cela advint.
Le saint homme, étant jeune et tout gentil à voir faillit de bien près faire la fortune de maints compères des alentours.
L'histoire rapporte que bien loin aux confins de cette hémisphère, trépassa un opulent personnage portant au baptème le nom de Jean Népomucène Bonnet, délaissant faute d’hoirs de son corps, aux héritiers collatéraux d’icelui six-vingt millions de francs.
Le saint homme ouit la chose et s’en vint par devers certains autres Bonnets domiciliés en la bonne Province du Canada et se fit fort, ès-qualité de Notaire, de leur faire percevoir la succession du dit Jean Népomucène Bonnet leur parent putatif trépassé en l'ile de Madagascar. Sus, les dits Bonnets furent en grande liesse,
en apprirent leurs voisins, amis et connaissances, et conseil étant pris, appointèrent le saint homme pour gérer, administrer, recueillir et faire argent de l’hérédité du riche oncle décédé; ce qu'il fit.
Et tant et si bien travailla le saint homme, tant et si bien trafiqua, troqua et fitil argent des meubles et ivimeubles, or et joyaux du Bonnet décédé, céants les dits biens en la dite île de Miasiican que jamais ne, vit gousset mieux garni et boursillon plus renflé.
Le dit Notaire s'en fut donc à la recherche de l'hérédité mais eut beau chercher par monts et par vaux, consulter régistres et papiers, titres et parchemins, ne put rapporter après dans le moins quarante lunes, un rouge liard aux Bonnets leurs cessionnaires et et ayants causes, à partager. Et lors on ouit une grande plainte, et voyant que le dit Notaire gardait par devers lui les argents avancés tous dirent de concert que le saint homme était bien le plus finaud de l'endroit. Aussi le mit-on de suite greffier ès-cours de Juges de Paix. Six ans il le fut, dit-on, et ayant résigné la dite charge, garda neuf ans durant en sa bourse cent huit francs ne lui appartenant pas et qu’il paya, sans intérêts sur iceux quand ne put les garder plus longtemps.
Sur ce tous dirent de rechef qu’il était bien le plus finaud du canton.
Aussi le fit-on shérif et encore l’est-il.
Or, le saint homme devant cent quatre-vingt francs à un manant, refusa de les lui bailier : le manant l’assigna pardevant dame justice et pendant la plaidoirie, il advint rencontre entre eux, rapporte le digne homme. Le manant était chef de police et eut l'audace de demander paiement et nouvelle de l’argent à lui dû. Le notaire tout marri se fâcha tout rouge, et répondit comme noble à vilain.
Le manant de la police mal content jura et pesta contre maitre shérif et lui appliqua adjectifs et épithètes, ce dont il fut bien affecté en son âme et conscience et se plaignit pardevant les édiles de la municipalité. Ceux-ci firent enquête en le mois d'Avril et ouirent en septembre le saint homme sous serment, lequel jura ces choses bel et bien, mais fit défaut de produire témoins et preuve.
Dans l'intervalle le dit Shérif sur serment juratoire avait tel et si bien répondu en la cause du manant contre lui que le Prési dent avait admonesté le digne homme et ce fort injustement comme gens craignant Dieu l'ont affirmé.
Donc les édiles et les échevins de la dite municipalité étaient tous forts mauvais chrétiens, point diseurs de litanies et ennemis du saint homme.
L'un d’eux dit : “le dévot notaire n'a pas établi sa plainte— son serment est équivoque, bien fou serait-t-on de s’y fier! Sujet à caution il est. ” Et l’impie de faire longues et nombreuses médisances sur le compte du maître shérif.
Un second (qu’il soit frappé de male mort !) repart :
‘ Oncques ne vit tabellion plus entêté ! Après avoir conservé en son boursillon cent huit francs appartenant à notre municipalité, neuf ans durant, en grande cachette, il vient encore mettre la brouille ici. Notre police a eu maille à partir avec lui et lui a dit de gros mots, à savoir.....……dit-l : si le bonnet lui fait que ne s'en coiffe t-il? Sinon, qu'il aille un peu voir ailleurs! Que ne paie-t-il les intérêts qu’il nous a gardés plutôt!
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Un troisième (Ic malheureux ! le soudard !) ajoute en grande hâte !
Messires, avons autre chose à faire qu'à juger entre notre police et le Maître Shérif. S'il fallait commencer nous n’en finirions plus. Multitude de gens de ce canton seraient cités par devant nous, journellement, et si prenions toujours Maître Shérif au serment on ferait pendrioches continuelles : de ce Dieu nous garde ! J’opine pour le renvoi de l'exploit, preuve et écritures sous la table.
Et ces mécréants de rire à cœur joie de ce notaire juré et immatriculé déconfit.
Et les autres de garder méchamment un respectable silence et d’opiner du bonnet.
Et ainsi, avons oui dire au saint homme, se termima cette ignoble pantomine !
Depuis lors, seigneur Dieu, voit-on grand deuil, et triste mine en cette dite municipalité. Le populaire a grande douleur en son cœur de voir pareilles injustices et le saint homme épanche benoïitement son fiel en bonnes et dévotes gazettes ; il proteste et dit pieusement et ce par chaque soir six vingt douzaines de chapelets pour ses persécuteurs. Que Dieu l’ait en sa bonne et sainte garde ! |
Applaudissements prolongés. ‘ Très bien!”
M. Raymonp :—Quel malheur que ce cher Sanguinet ne soit point ici !
M. DE LA BRuËRE, père, se réveillant en sursaut :—-Rémi, the wind is SOUTH west ! .
M. PerRraAuULT :—1t is not WORTH saying.
M. GinouaRp», à son voisin :—T parlent italien, j'cré ben ?
LE voisiN :— Chut! affaires de famille !
M. A. Raymon», à son père :—Papa, il est trois heures du maün ; j mendors !
M. R. Raymonp :— Attends mon fiston. (se levant) Messieurs, une dernière santé ; le Docteur ronfle, Alphonse s'endort et nos femmes sont inquiètes. (Rires) Buvons au futur triomphe de notre illustre ami, M. Gendron, dans le comté de Bagot! Verres pleins
et bumper !
M. GENDRON :—L'heure est venue pour moi devous dire adieu ; bientôt le convoi de notre cher Grand-Tronc va m’emporter gratis vers la capitale ; un dernier mot, Je vous prie. Vous et vous seuls m'avez montré de la reconnaissance pour les services que j'ai rendus au pays. Voyez autour de vous. Où sont mes électeurs ?
M. PERRAULT :—Je n’en vois nulle part ; ils n’ont pourtant pas acheté tous des chevaux de vous!
M. GENDRON :—Aucun ! pas un! Messieurs ils me traitent ces ingrats, comme un être insignifiant. Ils n’ont pas eu le cœur dé m'offrir un diner, que dis-je pas même un réveillon ! Soyez bénis,
hommes généreux, vous qui n'avez offert et donné spontanément un parti de tire! Cela me console et si je n’écoutais que mon cœur, je ne me présenterais plus dans Bagot, mais bien à St. Hyàcinthe ! (Sensation.) p
M. Girouarp :—Je voterai pour vous. Venez!
M. GENDRON :— Non, messieurs, en bon chrétien je pardonne à mes électeurs.
M. TacHé :—Clericus meus, te cognosco Semper pius, semper devotèus, gloria tibi ! |
M. GENDRON :—Que n'ai-je pourtant pas fait pour le pays et pour ces ingrats ? Jugez: Je leur avait promis de voter pour la réduction du salaire exorbitant du gouverneur général : une promesse est sacrée et la violer est une grande souffrance pour un grand cœur, M. Cartier exigea cependant que je votasse comme les autres pour assurer $50.000 de traitement à l'envoyé de notre Souveraine. Je le fis, la mort dans l’âme !
M.Raymonn :—Quel héroïsme !
M. GenproN :—Eh:! bien! mes électeurs ont l'air de m'én vouloir à ce sujet !
Tous :— Vous avez qu’à voir !
M. GENDRON :—En 1869 j'ai prévenu, en compagnie d’autres deputés, M. Cartier que je ne pouvais voter un seul sou pour le Nord- Ouest, la milice et les fortifications; j'en avertis en confidence quelques-uns de mes supports : entre nous les dépenses faites par le gouvernement à ce sujet sont parfaitement inutiles. M. Cartier insista ; je lui représentais que c'était jeter des millions à l’eau, que mes électeurs m'en garderaient rancune. Tout fut inutile : il ne voulut rien entendre et m'ordonna de le soutenir; je le fis, la mort dans l'âme! Eh bien! ils ne me tiennent pas compte de mon abnégation !
Tous :— Vous avez qu’à voir !
M. GENDRoN :—Le gouvernement a demandé $200 pour payer ceux qui ont pris le portrait du soleil lors de sa dernière éclipse. (Comptes publics 1869 et 1870, page 110.) Je déclarai franchement à M, Cartier que c'était payer bien cher pour une chose inutile, M. Cartier ne voulut rien entendre et je fus forcé de voter comme les autres. Eh bien, mes électeurs m'en veulent encore à ce sujet !
M. TacHÉ :—Quousque tandem electori Bagoti abutere patientit Gendronni !
PLusreurs voix :—-Vous avez qu’à voir !
M. GENDRON :—Ils m'en veulent les ingrats! J’:. pourtant en tout cela fait mon devoir, rien que mon devoir ! Partout et toujours j'ai voté du bon côté ! Que peuvent-ils me reprocher ? En m'élisant ils savaient pourtant bien que je suivrais M. Cartier. Je l'ai suivi fidèlement; et pas de diner, pas de manifestation ! pas de remerciments ! rien ! rien, messieurs, rien ! rn
ment mon Hya-
ane à devo-
pour due.
nesse orand >$ AU-
Sou-
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es dè- Norddence es par sartier l’eau, utile :
le fis, pte de
payer clipse.
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voter core à
tientiä
int eu et tour? En artier.
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M. DE LA BRuËÈRE, père, réveillé tout-à-fait :—Pas si haut! si l'on vous entendait, cela vous compromettrait !
M. TACHÉ :—Nolli timere? In vino veritas !
M. Girouarp :—Est t'il savant ce M. Taché. Il parle en termes comme un gros livre. Pas moyen de l’comprendre !
M. GENDRON :—de finis, messieurs, je finis.
M. TACHÉ :— Finis coranat opus !
M. GENDRON :—Je pars, soyez sûrs, Messieurs, que je ferai mon devoir jusqu’au bout. Fort de votre approbation, je resterai ferme à mon poste, votant toujours avec indépendance comme M. Cartier le:voudra. Vous êtes des grands cœurs.
M. Tac, se frappant sur le ventre:—Anima magna in parvulo corpore ? In illo tempore ait Gendronnus amicis suis : asinus asinum fricat !
M. GENDRON :— Adieu, mes amis, adieu! [Il met son chapeau]
M. TAcHÉ :—Jte missa est! [M. Gendron met son capot.
M. TACHÉ :—Ite tira croquata est! [M. Gendron met ses claques.]
M. Kéroacx, père, embrassant M. Lussier :—Pax tecuñ ! [M.Gendron met ses gants.]
M. TACHÉ :—Jte gratias agamus Domino !
Tous :—Amen !
FIN. (Exeunt.)