ORGUE DE BARBARIE
L'Opéra mort, passe au crible populaire Qu'une pauvresse agite en des faubourgs remots, Poudre l'après-midi d'une triste poussière. Farine d'indigents mélangée à des os.
Merci, toi qui la sasscs, blutes et remues Pour que j'en fasse comme un pain spirituel. En ce jour de famine et de miettes nr^enues. Dévasté par l'ennui et le souci cruels !
je la savourerai tel un repas unique Où je convierai les spectres fanés d'antan ; Tous ceux que repaissait unz absurde musique Chez quelque Tortoni du Boulevard de Gand.
Je verrai Rubempré manier la houssine.
De Trailles, Rastignac et le beau de Marsay,
Et mon Enfance, enfin, avec son magazine,
Blonde et molle comme un tableau de peintre anglais.
Elle me parlera de choses aussi douces Que la peluche bleue dont son livre est couvert : D'un salon de campagne où le meuble a des housses, Et d'un vieillard, qui déchifiFrait du Meyerbeer...
Puis elle dormira, fatiguée et pâlie.
Sur son livre pareil à mon cœur refermé.
Où s'accoude le poids de la mélancolie
Et qui est plein d'un tas de contes périmés.
Les Lions rentreront en leurs romans illustres Pour l'heure de la lampe où ils sont visités, — Mais nul, sous les lueurs blandissantcs des lustres, Ne les retrouvera tels qu'ils les a quittés...