Tome IX, page 151, sième édition, Paris
Cet ouvrage rarissime se trouve à la bibliothèque de l'université Laval, à Québec.
(3) Cf : Tome II, page 320, éditions de 1865 et de 1882.
Le potin calo^nnieux si complaisamment et si persévéram* ment ébruité et colporté par nos auteurs canadiens-français au sujet de. la comtesse refusant le cœur mort de son mari n'est qu'une vétille mis en regard de cette poignée d'accusations scandaleuses publiquement jetées à la figure de Frontenac et formulées avec un tel aplomb qu'il ne laisse place à aucun doute possible. A la lecture d 'une semblable charge, on demeure absolument convaincu, et Frontenac n'est plus, aux yeux des honnêtes gens, qu'un affreux gredin, une sale fripouille.
ly'abbé Ferland n'est-il pas, dans l'estime de notre monde lettré, le protot3rpe de l'historien honnête, sincère, éclairé ? Intègre, tolérant, sagace, ce prêtre qui avait reçu en apanage les plus belles qualités de l'intelligence, était à ce point vertueux qu'il considérait son ministère d'historien comme un second sacerdoce et l'exerçait, conséquemment, avec une conscience austère.
Or, l'excellent abbé Ferland, si prudent et circonspect d'ordinaire, s'est trompé du tout au tout à l'égard de Frontenac, au sujet de la représentation de Tartufe, Sa bonne foi a été surprise. Les assertions diffamatoires proférées contre Frontenac par l'abbé La Tour (i) l'avaient été avec une telle fermeté, une telle audace, que l 'abbé Ferland prit pour de la belle et bonne indignation d'honnête homme, sûr d'avoir vu le scandale qu'il raconte, ce qui n'était qu'un comble de haine, d'impudence et d'effronterie.
Rien n'est vrai des accusations si crânement et si nettement précisées par l'abbé La Tour. Au temps de la domination française Tartufe ne fut jamais joué au Canada. Il ne l 'a pas encore été jusqu'aujourd'hui. Je le répète, Frontenac ne fit pas jouer la fameuse comédie de Molière ni au château Saint-Louis, ni chez les Jésuites, ni à l'Hôtel -Dieu, ni aux Ursulines ; ses comédiens et ses danseuses ( ! ! ) ne se présentèrent pas au Séminaire : il y a là cinq mensonges gratuits, cinq mensonges patents qui se tiennent comme les doigts de la main. Ceux-là de mes lecteurs
(i) Cf : Encyclopédie Migne : CEuvres complètes de La Tour — sept gros volumes in-quarto. — Tome 6ième, — Paris — 1855. Mémoires sur la vie de M. de Laval ^ livre XII pages 1394 et 1395.
qui désirent s 'en convaincre n'ont qu'à lire à ce sujet le superbe mémoire de Tabbé Auguste Gosselin, intitulé: Un épisode de l'histoire du théâtre au Canada^ et lu devant la Société Royale, à sa séance du 25 mai 1898.
l>s Mémoires sur la Vie de M, de Laval de l'abbé La Tour ont été publiés à Montauban en 1762. Le Mémoire de l'abbé Gosselin est paru à Ottawa en 1898. Conséquemment, il s'est écoulé près d'un siècle et demi — cent trente-six ans — de silence entre l'attaque et la défense, entre la diffamation et la réhabilitation de Frontenac, silence accusateur, interprété malicieusement, dans le sens d'un tacite aveu. La réfutation victorieuse de l'abbé Gosselin atteindra- t-elle jamais tous ces milliers de lecteurs qui ont lu, lisent et liront dans les in-quarto de l'encyclopédie Migne et dans les deux éditions de l 'historien Ferland les calomnies inexcusables de La Tour ? Calculez le temps nécessaire et le temps perdu à rejoindre cette multitude. ** Rien ne sert de courir, a dit le Fabuliste, il faut partir à point. ' ' Cherchons d'abord à rattrapper les professeurs d'histoire du Canada — ils sont déjà légion dans le pays — qui enseignent de bonne foi, et continueront indéfiniment d'enseigner à nos enfants dans les séminaires et les couvents, les collèges et les académies, partout enfin où il y a une école modèle, qu'en l'an de grâce 1694, à Québec, sub pontio FrontenaCy la comédie de Tartufe fut jouée, avec corps de ballet évoluant aux intermèdes, devant un auditoire d'ursulines, d'hospitalières et de jésuites que le farouche gouverneur avait fait réunir manu militari et torto collo. Ah ! le monstre de Frontenac !
Comme succès de scandale historique, j 'avoue qu 'il est difficile d'en rêver un plus complet. La Tour a frappé là un maître coup et je me demande si l'on ne devrait pas applaudir. Ce calomniateur est un artiste !
Que notrç admiration pour La Tour ne nous fasse pas oublier cependant d'adresser un exemplaire du Mémoire de l'abbé Auguste Gosselin à tous les professeurs d'histoire du Canada, (i)
Tout ce que l 'on pourrait raisonnablement reprocher à Frontenac dans cette affaire est un péché d 'intention. Il se proposait
(i) Cf : Mémoires delà Société Royale du Canada — deuxième série, 1898-99, Vol. IV, sec. I, pages 53 à 72.
de faire jouer Tartufe au château Saint-I/)uis, et pas ailleurs. Mais il se désista de ce projet à la demande expresse et personnelle de Mgr de Saint- Vallier qui s'engagea à lui payer cent pistoles s*il renonçait à son idée. Le malin gouverneur prit l'argent qu'il employa, disent les uns, à payer les frais encourus jusqu'alors à monter la pièce, et qu'il donna, suivant les autres, aux pauvres de l'Hôtel-Dieu.
Cette fable odieuse n'a pas de morale, elle n'a qu'un but, inavoué autant qu'inavouable : noircir la réputation du gouverneur et poser ensuite en victimes de sa tyrannie Saint- Vallier et ses partisans, (i)
(Note de la page 85,")
La I.ÊGENDE DU COFFRET D 'ARGENT.
La mort du comte de Frontenac fut, pour ses ennemis, l'occasion et le sujet d'une anecdote scandaleuse dont les auteurs masqués, ils le sont encore dans notre histoire, se promettaient grand succès. Ce potin-là, un chef-d'œuvre de haine et de perfidie, devait sûrement tuer, et à brève échéance, la bonne renommée de Madame de Frontenac, la perdre sans retour dans l'estime de ses Contemporains en attendant que l'Histoire confirmât, sans recours d'appel, le verdict infamant prononcé en première instance par le jury, toujours incompétent, de l'opinion publique.
Par bonheur pour la mémoire de la Divine y l'Histoire, siégeant en permanence, n'a point adopté la procédure des Cours de Justice. Les enquêtes ouvertes devant son tribunal n 'y sont
(i) A génération later a passionate and reckless partisan, Abbé La Tour, published, and probably invented, a story (la représentation de Tartufe) which later writers hâve copied, till it now forms an accepted épisode of Canadian history. It may safely be set down as a fabrication to blacken the memory of the governor and exhibit the bishop and his adhérents as victims of persécution. "
Parkman, Count Frontenac and New France under Louis XIV y — sous la rubrique Theatricals at iQuebec, édition de 1882 pp. 324, 325, 326, 333 et 334.
La même note est répétée dans l'édition Champlain (1897) du même ouvrage, tome II, pp. 99, 100, loi, 108 et 109.
jamais closes ; les témoins nouveaux toujours entendus, lesnouvelles preuves toujours admises, si tard qu'on les présente et à quel qu'étage que^l'on en soit rendu dans Tinstruction de la cause. Ce qui me permet de plaider ici en cassation du jugement rendu.
On avait donc entendu dire qu*â la mort de Monsieur de Frontenac, son cœur, enfermé dans une boîte de plomb— d'autres prétendent cofFret d'argent — avait été envoyé à la comtesse sa femme qui l'avait orgueilleusement refusé disant : ** qu'elle ne voulait point d 'un cœur mort qui, vivant y ne lui avait point appartenu / "
Et cette calomnie, faisant boule de neige, se grossissait, comme à plaisir, de détails inédits autant que persuasifs. Ainsi, le racontar nommait avec un bel aplomb le révérend Père récollet dont la mission charitable avait si piteusement échoué auprès de l'inexorable Divine et qui, plus honteux qu'un renard qu'une poule aurait pris, s'en était revenu placer le cœur répudié de Frontenac sur son cercueil où tous deux dormirent ensemble près de cent ans (1699- 1796) comme la Belle au Bois des contes de Perrault. ^ Puis était advenu l'incendie du couvent des Récollets : alors cercueil et coffret s'en étaient allés, toujours de compagnie,, continuer leur somme à la cathédrale de Québéb, primo loco^ sous la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, et, secondo loco, sous le parvis du sanctuaire de la chapelle Sainte- Anne, dans la même église, etc, etc. Toutes et chacune dites pérégrinations Constatées par moults bons témoins.
Or, cette malice posthume n'a pas été conservée mais inventée par la tradition. Cette tradition, rien moins qu 'historique, n 'est pas d'origine française, mais canadienne, québecquoise seulement. Imaginée de ce côté-ci de l'Atlantique, cette anecdote malveillante n'est rapportée par aucun des chroniqueurs et des h.istor\ogr2Li^\iQS français ÔM i7ième ou iSième siècle. Rendons hommage, je ne dirai pas à la sagacité, mais au simple bon sens de ces écrivains : aucun d'eux ne fit à cet odieux potin l'honneur de le prendre au sérieux, de le considérer comme un commérage vraisemblable.
Seuls, quelques auteurs canadiens-français osèrent lui donner asile dans leurs ouvrages au risque d'en compromettre l'autorité
auprès des gens sérieux (i). Sans constater, au préalable, si cette anecdote était fille légitime de THistoire, ou enfant naturelle de la Fable, ils la publièrent dans leurs livres. Puis les journaux, les revues, s'en emparèrent et la vulgarisèrent à leur tour dans l 'esprit des foules. Mais un roman qui, plus que toutes les œuvres littéraires et historiques de ces auteurs réunies, répandit cette anecdote aux quatre coins de la province de Québec, est indéniablement le François de Bienville de M. Joseph Marmette, publié -en 1870.
Voici, en effet, ce que nous lisons, en note, au pied de la page 270 de la première édition :
** Frontenac, comme chacun sait, mourut en 1698 et fut enterré dans l'église des Récollets. (2) I/jrs de l'incendie de cette église, le six septembre 1796, on releva les corps qui y avaient été inhumés. Ceux des personnages importants, entr'autres celui de M. de Frontenac, furent inhumés dans la cathédrale, et, dit-on, sous la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié. I^es cerceuils en plomb qui, paraît-il, étaient placés sur des barres ■de fer dans l'église des Récollets, avaient été en partie fondus par le feu. On retrouva dans celui de M. de Frontenac une petite boîte en plomb qui contenait le cœur de l 'ancien gouverneur. D'après une tradition, conservée par le Frère I/)uis, récollet, le cœur du comte de Frontenac fut envoyé, après sa mort, à sa veuve. Mais l 'altière comtesse ne voulut pas le recevoir, disant : qu'ellepe voulait pas d'un cœur mort qui, vivant, ne lui avait pas appartenu. I^a boîte qui le renfermait fut renvoyée au Canada et replacée dans le cerceuil du comte où on la retrouva après l'incendie. " (3)
(i) Il convient de remarquer aussi que nos grands auteurs, les trois historiens canadiens-français Gameau, Ferland, Laverdière, l 'ignorent absolument.
(2) Une clause du testament de Frontenac ordonnait expressément qu'il fût enterré dans l'église des Récollets. Le gouverneur avait toujours été leur syndic apostolique au Canada.
. Les Récollets ont joui de la faveur constante des Frontenacs. La bienveillance envers cet ordre religieux était chez eux une tradition de famille. Nous savons, par M. Pierre Margry, que l'établissement des Récollets à Saint-Germain-en-Laye était l'œuvre d'Henri de Buade, comte de Frontenac, père du gouverneur du Canada.
(3) La première édition fut publiée chez Léger Brousseau,
M. Joseph Marmette ajoutait: **Ces précieux détails me sont fournis par mon ami, aussi bienveillant qu 'éclairé, M. l'abbé H. R. Casgrain. '»
L'année suivante, 1871, Mgr Tanguay publiait le premier tome de son fameux Dictionnaire Généalogique, I^a légende racontée à M. Joseph Marmette par son ami l'abbé Raymond Casgrain s'y trouvait reproduite. En l'acceptant dans son livre l'auteur lui donnait, ipso facto, non seulement une présomption^ mais un caractère d'authenticité aussi sérieux qu'indéniable.
Voici, en effet, ce que nous lisons à la note 4, pages 243 et 244 du Dictionnaire: ** Le ^monastère des Récollets avait été incendié le^6 septembre 1796, et le 14, les religieux étaient sécularisés.
** A ce sujet la tradition rapportait d'après le Frère Louis ^ récollet, qu'à la mort de M. de Frontenac, son cœur, enfermé dans une boîte de plomb, fut envoyé à la comtesse sa femme qui ne voulut point l 'accepter. Elle le renvoya au Canada en disant qu'elle ne voulait point d'un cœur mort qui, de son vivant, ne lui avait point appartenu ! !
** Il parait, d'après M. le major Lafleur et M. de Gaspé (auteur des Anciens Canadien^ lequel fut^ témoin oculaire de l 'incendie de l 'église des Récollets, que les cercueils de plomb qui se trouvaient sous les voûtes de l'église, placés sur des tablettes en fer, étaient en partie fondus. La petite boîte de plomb contenant le cœur de M. de Frontenac, se trouvait, dit- on, sur son cercueil. "
M. Thompson {James Thompson) (i) ami de M. de Gaspé, avait vu, parait -il, inhumer les ossements des anciens gouverneurs dans la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, près la muraille, côté de l 'Evangile.
Ce qui frappe, à première lecture, dans cette page, ce n 'est pas le caractère vague, flottant, du récit, mais l'hésitation du narrateur. Il manque évidemment de conviction et je l'en féli-
— Québec ; — la seconde, en 1883, chez Beauchemin & Valois — Montréal. La même note s'y trouve reproduite, pages 400 et
(i) M. James Thompson était, en 1866, sous-commissairegénéral.
cite. A ce sujet la tradition rapportait d ^ après le Ftïre Louis y etc ; il paraît, d 'après M. le major I^âfleur et M. de Gaspé ; la petite boîte de plomb se trouvait, dit-on, sur son cercueil, etc ; — M. Thompson avait vu, paraît-il , etc., etc. Comme il hésite, comme il craint, et certes avec raison, d*être trop affirmatif ! Comme il lui répugne de laisser imprimer dans son Dictionnaire Généalogique ce racontar, diffamatoire au premier chef. Son flair d'historien ne le trompe pas : cette anecdote sent mauvais, elle fleure la calomnie à cent pas ; de suite, sa conscience d 'honnête homme en éprouve le pressentiment et la répugnance.
Par bonheur ce potin empoisonné renferme sa propre antidote. Pour peu que l'on observe et lise attentivement on la trouve à la page même de l'ouvrage cité. Il suffit, en effet, de comparer les témoignages de Mgr Plessis et de M. de Gaspé : tout cet échaffaudage d'inexactitudes, si laborieusement édifié, s'écroule à plat comme un château de cartes.
Mais entrons plus avant dans la minutie des détails. La calomnie est un bacille qui requiert, plus que tout autre microbe dangereux, un examen microscopique.
Disons d'abord un mot de la personnalité des témoins,, avant de peser la valeur de leurs dépositions,
Barthélémy Simon dit Lafleur — le futur major Lafleur — naquit à Québec le 23 août 1794. Conséquemment, il avait deux ans à peine le 6 septembre 1796, date de l'incendie du couvent des Récollets. Impossible donc de le considérer comme un témoin oculaire qui se rappelle avoir vu la fameuse boîte de plomb déposée sur le cercueil de Frontenac, (i)
M. de Gaspé, l'aimable auteur des Anciens Canadiens, Philippe- Aubert de Gaspé, avait dix ans en 1796. Lui-même nous l'apprend dans ses Mémoires (p. 55) : ** J'ai toujours aimé les Récollets :f avais dix ans ^ le 6 septembre de l 'année 1796, lorsque leur communauté fut dissoute après l 'incendie de leur couvent et de leur église. ' '
Doit-on récuser son témoignage à cause de son âge ? Mais
(i) Barthélémy Simon dit Lafleur mourut officier du Bureau de la Trinité, à Québec, le 10 août 1874, à l'âge de 80 ans.
148 APPEIÏDICE
<ies enfants, plus jeunes que lui encore, ont été entendus devant nos tribunaux criminels. Que dit-il donc, et qu*a-t-il vu ?
** Les cercueils de plomb {des anciens religieux et des quatre gouverneurs^ qui se trouvaient sous les voûtes de Téglise, placés sur des tablettes en fer, étaient en partie fondus. La petite boîte de plomb contenant le cœur de M. de Frontenac se trouvait, diton, sur son cercueil. '*
Ecoutez maintenant Tabbé Joseph-Octave Plessis, curé de Québec, lisant au prône du i7ième dimanche après la Pentecôte (11 septembre 1796), l'annonce suivante :
** Dans la masure des RR. PP. Récollets on a trouvé les ossements réunis d'un certain nombre d'anciens religieux, et même quelques cendres des anciens gouveùieurs du pays qui y avaient été enterrés. On a mis tous ces précieux restes dans un cercueil pour être transportés et inhumés dans la cathédrale. Cette translation se fera immédiatement après la grand 'messe ■de ce jour et vous êtes priés d'y assister. "
Non seulement les cercueils de plomb étaient en partie fon- <ius, mais ils l 'étaient si complètement que l 'on ne retrouva plus, dans les ruines de l'église des Récollets, que les ossements réunis , c'est-à-dire confondus, mêlés ensemble, d'un certain nombre de religieux et quelques cendres des anciens gouverneurs du pays. Les quelques cendres des cadavres des quatre gouverneurs se réduisent à si peu de chose qu'elles tiennent à l'aise dans un seul cercueil avec les ossements retrouvés de tous les récollets ensevelis sous les voûtes de l'église ! Que devient alors la petite boîte de plomb placée sur le cercueil de M. de Frontenac et si hien remarquée, apr'ès l 'incendie, par Messieurs Lafleur et de Gaspé ? Tout commentaire est inutile n'est-ce pas, et le ridicule de cette fable s'impose.
Le témoignage de Mgr Plessis—un témoin oculaire d'une irrécusable autorité— dispose du même coup et de la version Casgrain et de la version Tanguay. On a remarqué, sans doute, dans la première une légère variante avec là seconde. Tanguay rapporte que la petite boîte était sur le cercueil et Casgrain dans le cercueil de M. de Frontenac. Il importe peu que le coffret de plomb ou d'argent fut dessus ou dessous le couvercle du cercueil, quand lé cercueil lui-même— il était en plomb— est fondu, non pas en jpartîè mais entièrement,' dans le brasier qu'avait allumé
rincendie. Rappelons-nous qu'un seul cercueil suffit à la translation *' des ossements réunis d'un certain nombre d'anciens religieux et des quelques cendres des anciens gouverneurs du pays, " à la cathédrale de Notre-Dame de Québec. Ce cercueil, à plusieurs locataires, fut déposé sous la chapelle de Notre-Damede-Pitié, près de la muraille, côté de l'Evangile, où il demeura jusqu'en 1828. Cette année-là, tous les cadavres inhumés dans cette chapelle furent relevés, les ossements placés dans une boîte et transportés sous le sanctuaire de la chapelle Sainte- Anne, près de la muraille, côté de l 'Kvangile, où ils reposèrent jusqu'en 1877, année où des travaux d'excavation considérables nécessitèrent un troisième déménagement de ces malheureux crânes et tibias qui commencèrent à penser que le repos éternel n'était qu'une farce. Or, le mystérieux coffret d'argent, ou de plomb, ne fut pas plus retrouvé, en 1877, par M. l'abbé Georges Côté, qu'il ne fut promené, en 1828, par le bedeau-fossoyeur Raphaël Martin, ou vu, en 1796, par le petit Philippe Aubert de Gaspé, pour cette unique mais décisive raison qu'il était en France, à Paris, à Saint-Nicolas- des-Champs, dans la chapelle des Messieurs de Montmort, depuis décembre 1698 ! (i)
Ici devrait s'arrêter ma démonstration, comme on dit en géométrie, car elle est concluante prima fade. Par malheur, le Dictionnaire Généalogique n'est pas le seul ouvrage qui ait ébruité ce commérage. Deux autres livres du même auteur, A travers les registres et le Répertoire général du Clergé canadien, le reproduisent, avec de nouvelles .. affirmations à l'appui. Que valent-elles comme preuves ? Nous allons précisément le constater.
(i) Analysant, à son tour, cette vénéneuse anecdote, M. Ernest Gagnon, à la page 268 de son étude archéologique. Le Fort et le Château Saint- Louis conclut ainsi : ** Nous croyons volontiers au renvoi de la boîte en question ; mais la tradition nous trouve plus défiant à l'égard des paroles attribuées à la comtesse de Frontenac. ' '
Que l'aimable auteur des Chansons populaires du Canada se défie également du petit coffret. C'est une boîte de Pandore : elle ne renferme que l'espérance de salir la mémoire d'une hon* nête femme.