GÉRONTE, FRONT1N
GÉRONTE, à lui-même.
— C’est une bonne idée.
Après tout, qu’a Frontin ! — la chose est décidée...
Isabelle sera sa femme; — et tous les deux.
Sans nous quitter jamais, nous vieillirons heureux....
(A Frontin, d’uu ton paternel.)
Eb bien! gendre Frontin, que dii-on de la vie?..-
FRONTIN, dolent.
— Rien de bon !...
GÉRONTE
Rien de bon ! — le jour qu on te marie?..
Eh! que diras-tu donc, plus tard? — Joyeux luron,
— Voici la nuit de noce!... Eh! eh!
FRONTIN
— J'ai peur!...
GÉRONTE
— Poltron !
— Avoir peur d’une nuit, qui charme tout le inonde!
FRONTIN, hochant la tête.
De la première? — Oh! non! — Mais bien de la seconde!.
GÉRONTE, goguenard .
— Du
courage!..
frontin.
— Aux maris, il en faut tous les jours!..
— Ma jeune femme va commencer scs amours...
GÉRONTE, choqué.
—Ma fille a de l’honneur .. mon gendre!— En femme honnête. Elle saura souffrir!..
FRONTIN, sceptique.
— Elle ornera ma tète!
GÉRONTE, s’échauffent.
— Ma femme a bien souffert, sans me tromper, mordieu !
FRONTIN, de même.
— En mettriez-vous bien, Monsieur, la main au feu ?
GÉRONTE, arec conviction.
— Oui!
FRONTIN, lui montrant la cheminée.
— Mettez !..
GÉRONTE, après un moment de réflexion.
— Ma foi! non !..
FRONTIN, insistant.
— Pour mon âme craintive.
Des cornes, ou la mort! — telle est l’alternative!
— Valère m’a battu ! — Valère me tuera !
(Géroiite tressaille.)
— J’ai grand’ peur, pour nous deux, du mal qu’il me fera!..
GÉRONTE, très- ébranlé.
— Que diantre aussi, Frontin, à notre âge, c’est bète D’aller se mettre, ainsi, le mariage en tète!..
P R ONT IN, confidentiellement.
— J’ai le vin si méchant!.. Oh! — c'est une leçon!
GÉRONTE, avec admiration, à lui-même.
— Est-il ardent 1
(a Frontin, en bon drille.)
— Ami, crois-moi!., restons garçon!
(lis se serrent joyeusement la main. — Isabelle parait suivie de Valère.
— Frontin lui fait signe d’avancer.)