‹ Frontin mari-garçonChapitre 17 sur 20 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

FRONTIN , EDOUARD, se retournant et apercevant Frontin.

EDOUARD

Ahî vous voilà, monsieur... Y a-t-il asssez longtemps que je vous appelle ?...

FHONTJN , a haute \oix.

Pardon , monsieur , j'étais avec«.ma femme, (avec ta voix ordinaire). Avec Denise...

EDOUARD , se contenant.

Ah !... vous étiez avec Denise... et vous lui disiez...

FRONTIN

Je lui disais... ce qu'elle avait à faire auprès de madame.. . Il fallait bien que quelqu'un l'instruisit de se« devoirs... et certainement ce n'aurait pas été monsieur qui aurai pn...

EDOUARD , avec une rolére Concentrée.

Frontin... j'ai idée que je te ferai mourir sous le bâton!

FRONTIN

Comment. . . monsieur , qu'est-ce que c'est que ces idées là ?

EDOUARD

J'ai deviné vos desseins. Vous voulez séduire celle petite fille, abuser deson inexpérience, de sa timidité... Moi, dont les intentions sont pures et désintéressées , je ne permettrai pas que chez moi...

FRONTIN

Monseigneur. . je peux vou.s jurer...

Et ce baiser de tout à l'heiirc?

FR<iNTIN.

Comment ce baiser. {àpart).Qu\ diable a pU lui dire-'...

EDOUARD

Oh ! tu vas encore me/itir... ]'ai déjà vu que ça ne te coûtait rien, mais je sais que dans l'instant même..

FRONTIN

Eh bien ! oui , monsieur, c'est la Vf'rité... je l'ai embrassée, mais dans votrr inicn't... J'ai vu que madame la Comtesse avait des doutes sur la réalité de l'histoire que j'ai été obligé de composer pour vous rendre service... Il fallait confirmer son erreur , dissiper tous les soupçons... j'ai pris alors un parti désespéré... je l'ai embrassée en dissimulant... c'était la meilleure manière de cacher notre jeu; et ce baiser qtie j'ai donné à Denise est peut-être ce que j'ai fait aujourd'hui de j)lus utile pour vous... Mais ou aurait beau s'exposer, se dévouer pour les maîtres^ ils trouveraient encore qu'on n'a pas assez fait pour eux.

ÉDOUAnO.

Si fait... si fait... Je trouve au contraire que ton zèle t'emporte trop loin... et j'ai quclqu'arrière pensée que ta... dissimulais pour ton compte.

FRONTIN

Moi j monsieur,

KDOUARD.

Je vais du reste m'cnas'^urer... Denise vient de ce côté... je serai là {^montrant le bosquet), à portée de te voir et de t'entendre... et je saurai au juste, fidèle serviteur oii vous en êtes avec elle...

Quoi, monsieur, vous vous défiez... Je suis bien .si'ir de mon innocence... Mais enfin si le hazard voulait qu'elle me fit des avances... Moi, je ne suis pas responsable...

EDOUARD

Sois tranquille... ce n'est pas cela que je redoute... Mais prends garde à toi , s'il l'arrivé encore de... dissimuler avec elle... je t'assomme et je te chasse...

( // entre dans le bosquet et paraît de temps en temps).

SCÈINE XVI.

FRONTIN , puis DENISE. .

FRONTIN

Dieux , quelle pénible allerualive ; d'un côté , ma place , de l'autre ma femme!... Ma femme et ma place.

DENISE

Ah! vous A'oilà!... Que madame la Comtesse est donc bonne et avei'antc... et que je suis contente d'être à son service... Et puis ce qui ir.e fait encore plus de plaisir, c'est que v'ià tout qui est déclaré , et que par ainsi il n'.y a plus besoin de frime.

i'.Doi'ARI) , h paru ' ■ 1 ■ >

Ilein! qu'est-ce qu'elle dit donclà...

( ^7 ^' ( Pendant tout ce temps , Frontin cherche à lui faire des signe» )

DENISE

Hé bien, monsieur Frontin... qu'est-ce que vous avez donc?... V^ous ne répondez pas... Vous èles fàclié de ce qu'on vous a forcé d'élre mon mari...

FRONTIN

Votre mari,., votre mari... Vous savez bien, mademoiselle Denise^ que ce n'est que jusqu'à un certain point,

DENISE

Comment! jusqu'à un certain point.,. Puisque c'est devant monsieur le Comte et madame la Comtesse, et qu'ils y consentent tous deux,

FRONTIN

C'est égal , Denise , si l'on vous entendait, on s'étonnerait de votre naïveté... Ce n'est là qu'un hymen provisoire... Enfin ce qu'on appelle un mariage pour rire.

DKNISB.

£h bien !,,. par exemple ! qu'est ce qui y manque donc.

Air : Tenez moi Je suis un bon homme.

De nous qu'dira-t-on à la ronde !

V'ià c' que c'est que de se cacher,

Quand on n' fait pas comme tout T monde,

C'a finit toujours par clocher !

Ce que j' croyais avoir m'échappe... '

J' n-'erabrouille avec tout'scesfrim's là...

Et j' veux mourir si l'on m' rattrape ,

A me marier enccr comm' ça.

FRONTIN

Mais, Denise...

DENISE , pleuraut.

Qu'est-ce que va dire ma tante, c'est pour elle , car pour moi ne croyez pas que je vous regrette. Ali ben oui, un mari pour rire... On n'est pas en peine d'en trouver. ( Elle fait un pas pour sortir).

FRONTIN

Eh bien!... il ne manquerait plus c[ue cela... Denise... écoulez-moi !... [Haut , de jaçon que son maître l'entende j. Il faut dire comme elle, car elle serait capable de tout découvrir. {Haut à Denise). Certainement, Denise, je ne refuse pas d'être votre mari, et l'honneur ([ue vous me faites... d'autant plus que monseigneur, qui doit méconnaître... et s'il ne tenait qu'à moi... Mais mon devoir , la probité qui fait que... Enfin, vous devez me comprendre ..

DliMSE.

Pas tout à fait, mais je crois que ça veut dire que vous ctes fâché de m'avoir fait du chagriii... Aussi j'cniblie tout...

(28 ) c«ir Je suis trop bonne... Allons, monsieur, embrassez-njQij et que ça finisse.

FRONTIN, a part.

Dieu! dieu! quel parti prendre...

EDOUARD, à part.

Ah ! ca, je ne la l'econnais plus?...

DENISE

Comment , monsieur , vous refusez de vous raccommoder , quand c'est moi qui ait fait les premiers pas. {^pleurant ). Allez, c'est affreux, et je vais aller me pjaindre à monsçigneur.

Par exemple... c'est trop fort.

DENISE

Et il me fera rendre justice... Car il me le disait cpcorç tout à l'heure en me baisant la main.

FRONTIN, a part.

Hein... comment!...

PJBNISB.

Mais c*est que lui il est galant... iî est aimable...

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