‹ Frontin mari-garçonChapitre 4 sur 20 · FRONTIN , DENISE · texte numérisé non relu

FRONTIN , DENISE

nENISE.

Al) ! c'est bien heureux !...

Air : Del senor Baroco.

Depuis une heure entière , Je suis au rendez-vous. J' viens toujours la première D'puis qu'il est mon époux.

Avant le conjugo , Oh!

Vous n'étiez pas comm' ça.

Ah*!

Mais changez au plutôt ,

Oh!

Ou sans ça l'on verra ,

Ah!

ERONTIN.

Qu'est-ce que c'est? on verra?

DKNISE.

Uamt! Si vous croyezque c'est agréable d'arriver comme ça en catimini... Quand on est marié pour de vrai...

FRONTlN.

Allon.s, cmbxasse-moi et faisons la paix.

DKNJSE.

Non , monsieur

l'RONTlN.

Tii ne veux pas m'euibrasser?

DENISE

Du tout... Je suis fâchée contre vous! Tenez... je viens de chez le petit notaire bossu, qui est au bout du village, il m'a délivré... ce papi-r qui prouve comme quoi je suis voire femme...

IRONTI»,

Ail ! notre conliat... ( Iv mettant da?is sa poche. )

DENISE

Ah ça, n'allez pas le perdre au moins... ça serait à lecommencer...

F«0.i(TlN.

C'est bon...

DENISK.

Il dit aussi que l'usage est de le faire s'gnrr à tous nos parens et connaissances.

FRONTIN

Oui.,, excellent moyen... quand on veut qu'un mariage soit secret...

DEN'ISE.

Mais ce secret-\à ça ne peut pas tenir... Ma tante et moi nous avions d'abord promis de nous taire , parce que nous ne savions pas à quoi nous nous engagions.. Mais v'ià tout à l'heure huit jours que ça dure .. j'en tomberai malade... La langue me dc'mangc , et j'allons mettre tout le village dans ia conûdence.

FRONTIN

Je te le demande, de quoi te plains-tu? Je t'aime à la; fureur...

DENISE

Bel amour, ma foi , qui m* force à m'ennuyer d'un côte, tandis que monsieur s'amuse de l'autre... Enfin ^ depuis not* mariage, j' sommes tout juste comme la lune et le soleil ; je n' ])ouvons plus marcher de compagnie .-'... Arrangez-vous... je n'ai pus épousé un homme en place pour rien. J' veux loger au château, moi... et jouir, comme vous disiez, des .. pérogatifs de mon rang...

FRONTIN

Voyez-vous l'ambition?...

DENISE

Air : Du lendemain.

Je u' veux plus d' ce mystère Qui m' tient toujours loin d'ici.

J' vous épousai pas, j'espère , Peur inc trouver sans mari !

Puis , ça fait rougir un' belle , Lorsqu'elle a quelque vertus , De s'entendre app'ler mamzelle^ Quand ail' n' l'est plus.

FRONTIN

Ah! voilà le grand mot lâché!.. Songe donc qu'il y va de noire fortune... Monsieur le comte Edouard, mon maître, qui , pour reconnaître certains services que je lui avais rendus, quand il était garçon, m'a fait douze cents livres de rentes , à la seule condition de rester à son service , et de Uf jamais me marier...

DENISE

C'est drôle... Il déteste donc les femmes?

FRONTIN

Lui, pas du tout, il les adore! C'est le mariage qu'il ne peut souffrir.

DENISE

Comment se fait-il donc que lui-même soit marie ?

FRONTJN.

Il l*a bien fallu... Une femme charmante... 60,000 livres de fentes... Il y a bien des honnêtes gens qui oublient leurs principes à meilleur marché. Mais il prétend qu'un valet marie n'est plus bon à rien, qu'il devient négligent... paresseux.,.

DENISE

Ah! ça, monsieur Fron tin, il n'a pas tort... Il est sûr que depuis not' mariage... vous êtes bien plus...

FRONTIN

Enfin, vois ce qu'une seule indiscrétion peut nous enlever... J'ai la promesse d'être son intendant... et tu sens Ibien qu'alors...

DENISE

Oui... oui... Mais combien qu'il vous faudra de temps pour faire fortune ?

FRONTIN

Comme j'ai de la probité, il me faudra bien dix- huit ou vingt., mois.

DENISE

Tan t que ça !

FRONTIN-

Je sais bien qu'il y a des intendans qui font fortune en moins d''un an, mais ce sont des fripons que l'on méprise j il vaut mieux y mettre le temps.

DENISE

Et aurons-nous un carosse ?

Sans doute.

DENISE

Moi , d'abord, Je veux aller en carosse avant d' mourir.

FRONTIN

Eli bien!., tu iras dès aujourd'hui.

DENISE

Vrai?

FRONTIN

Nous dînerons, ici au château, en lête-à-lête... et je te mène ensuite à la fête du hameau voisin dans la calèche de mon maître, que je vais commander sur le champ.

DENIiSE, sautant de joie.

Dans la calèche... C'est-i-possible !.. Queu plaisir!

FRONTIN

Ah! bien oui, mais j'espère que tu feras un peu de toilette , pour donner le bras à un intendant.

DENISE

J' crois bien... J' vas me rcjuinquer !..

l'RONTIN.

Tiens , pour que tu ne sois plus obligée d'attendre, prends la clef de cette porte... et surtout dépccbr-toi.

( // lui donne un' clef. )

niiNISE.

AiB : Courons aux Prés St.-Gervaisy vas metlr' mes plus beaux habits ; J' veux éclipser tout le village.».

Dans peu vous verrez qu' j'ai pris Les airs de vos dam's de Paris.

Les jeun's fill's du voisinage Autour d' moi vont s'empresser...

Ah ! j' voudrais dans c't équipage Me voir passer !

ENSEMBLE Oui , mets tes plus beaux habits ; Mais ne vas pas , suivant l'usage, Prendre auprès de leurs maris,

Les airs des dames de Paris.

DKNISK.

J' vas mettr' mes plus beaux habits, etc.

( Denise sorL par la petite porte. ^

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