‹ Froufrou (volume 2)Chapitre 83 sur 168 · G I I.BE BTE · texte numérisé non relu

G I I.BE BTE

Il y a une heure, mon-ieur de Valréas était ici... près de

^I« I-KOL"l-ROr

moi, nie juraiil qu'il in'uimail... Je lui disais, moi, quo je ne l'aimais pas .,

LOUISE

Eh bien "?...

OlLBEIlTi;.

Cela n'é:ait pas vrai; je l'aime.

LOUISE

Ah!

GILBERTE

Voilà ce que tu n'avais pas vu, ma sœur... et ce que lu aurais dû voir cependant, si tu l'avais bien rempli, ce rôle accepté par loi avec une si héroïque abnégation.

LOUISE

Gilberte!

Gl LBKIlTi:.

Mais pculctre que le trop d'altention que tu apporlitis d'un côlé l'empêchait de regarder de l'autre.

LOUISE

Ce que lu viens de dire., que tu aimes monsiciT de Valréas, C"la n'est pas".-'

GILBERTE

Gela est : il y a deux mois, cela n'était pas... mais, pendant ces deux mois, bien des choses se sont passées... Cet amour a eu le temps de naîire et de grandir. Ce qui d'abord n'était (ju'i n jeu a eu le temps de devenir un danger, un dmgcr te'.lement sérieux que, voyant que décidément tu ne songeais pas du tout à me sauver, j'ai essayé de me sauver moi même. Monniari, mon enfant !.. J'ai voulu revenir àeix... c'était le meilleur moyen, n'est-ce j)as "?.., Mais mon enfant n'était plus à moi... Entre lui et moi toi toi toujours !..

LOUISE

Je pai lirai, Gilbeite, je partirai !...

ACTl^ TROISIEME 119

GILIiEKTE.

Tu m'as pris mon eiiraut, cl quant à mon inari...

i-ocisi:.

Ton mari ?

(ifLli ERÏK.

Sais-lu ([u'cii le voyaut là près de lui, en me rappeiaiil le passé, en réunissant mes soupçons d'autrefois à mes soupçons d'aujourd'imi .^.

l.OUISK.

Tes soupçons?. .,

G iLBii urt:.

Allons, c'. st bien ! ne me force pas à dire ce que je ne veux pas...

LOUISE

\ih ! dis-le donc, ce mol ([lù te brûle les lèvres. . Ton mari, il y a quatre ans, je l'aimais, n'est-ce pas ?

GII. liERTE.

Mais...

LUI ISE.

l'-h bien ! oui, je l'aimais.

Ah!

LOUISE

Mais lui, c'était toi qu'il aimait! Alors, croyant que ton bonheur, à toi, serait dans cet amour, j'ai pris moi-même sa main et je l'ai mise dans la tienne, et je l'aimais ! Pour que rien ne l'empêchât de consentir à ce mariage, j'ai failstmblant d'être gaie... j'ai dit que je n'aimais pas... et cependant, oui, au moment où je me sacrifiais ainsi pour vous deux... oui, je l'aimais !

GI LUERT E.

El du jour au IcndenLiin, n'est-ce pas, cet amour a disparu ?...

LOUISE

Non, ])as du jour au lendemain ..J'ai souffeit longtemps, très-Ionglemps, et peiit-ôlre que ces souffrances, peut-être que les dïorls que j'ai dû faire pour triompher de moi méri-

120 FROUFIlOr

laicni une récoipcnso autre que celle... Mais lu as donc loul oublié... et Les instances si souvent rfîpcHées pour me décider à \cnir vivre auprès de vous... et i'étonncment que le causaient mes refus?.. Tu as donc oublié que, moi, je refusais toujours?

C; I L li E H T li .

Mais tu as fini par consentir.

Parce qu'alors j'étais sûre de moi, parce que je n'aimais plus.

GILlîERTE.

Ou parce qu'alors tu pensais que le moment était mieux choisi.

LOUISE

Gilberte... ce n'est pas loi qui parles ainsi ?..

Oui, oui, c'est moi.

LOUISE

A qu .'1 épouvantable sentiment es-tu en proie pour qu'il te vienne (le pareilles pensées?.. Voyons... rappelle-loi, est-ce que je voulais venir, moi ? Cette fois comme les autres, estce que je ne refusais pas ? Est-ce que ce n'est pas toi qui a voulu?...

G I L 15 E R T li * .

Ah ! comme lu as bien su me faire vouloir ce que lu voulais !.. Comme lu es habile, ma sœur, et comme je ne suis, moi, qu'un enfant près de toi !... Comme lu savais bien ce que lu faisais, quand, après nous avoir mariés lous les deux, après l'êti e saci ifiée pour nous, lu refusais tous les mariages que l'on le propo.-ait à loi... el comme il l'a suffi d'un instant pour leprcndre tout ce que tu le vantais de m'avoir donné.,. Comme il est bien à toi, maintenant !

LOUIS F, épouvantée.

Je partirai, Gilberte, je partirai!

' Louise, Gilberte.

Page 1