‹ Froufrou;Chapitre 81 sur 111 · SCÈNE VFII VALRÉAS, GILBERTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VFII VALRÉAS, GILBERTE

GILBEU TE, durement.

Savez -vous pourquoi je vous ai reçu?... parce que ce do-

mestique él.iii-là... parce qu'il m'a regardée... parce que j'ai eu peur qu'il ne so demandât pourquoi je vous formais ma porte.

VALRÉ.VS.

Je n'ai que peu de mots à vous dire...

GILBERTE

Tant mieux, car je n'ai, moi, que peu d instants à vous donner, (silence.] Pourquoi êles-vous venu?... Comment, après la lettre que je vous avais écrite, n'avez-vous pas compris?...

VA LUE A s.

Vous m'ordonniez do partir... dans cette lettre?

G ILBKIITK.

Eh bien?...

VALRÉAS

Eli bien ! ce soir même je partirai... Ne vous l'ai-jc pas dit?...

GIF, lîERTE, d'une voix plus dure encore.

Je lo sais bien que vous me l'avez dit... mais qui me prouve?...

Vous n'avez pas le droit de ne pas me croire. Je vous ai toujours dit la vérité.

GILBERTE, d'une voix plus douce.

Eh bien ! soit. Vous partirez, je le veux bien... mais il t'allaii partir sans chercher à me voir.

VA LRÉAS.

Cela, par exemple, je n'ai pas pu.

G I Lin: R TE.

Ah !

V ALRÉ AS.

Il ne faut pas trop me demander non plus. Songez donc à ce que j'élais... et à ce que je suis... Qui me rcconnailrait? •le plaisantais aulrcfois et maintenant!.. Il m'eût fait rire celui

ACTIÎ TROISIEME lO'J

qui m'eût prc^dil que, moi, j'éprouverais un jour... ce que j'ai éproiivi' loul à l'houre après avoir lu voire lettre. Dans le premier moment, il m'a pris comme une rage d'êlre tort, d'être héroïque... le voulais me sacrifier complètement, partir sans vous parler, sans vous voir.. .

GILBERTE, d'une voix faible.

C'est cela qu'il fallait faire... pourquoi ne l'avez-vous pas fait?...

VALRÉAS

Je n'en ai prts eu le courage... Après quelques moments, ce premier enthousiasme est tombé; je n'ai plus pensé qu'à une chose, c'est que j'allais être séparé de vous... Et alors, j'ai été vaincu, et alors, il m'a semblé que si vous aviez, \ous. le droit Hc me demander un pareil sacrifice, j'avais bien, moi, le droit de venir vous demander quelques paro'es au moins... quelques paroles qui me donreraient la force de l'accomplir.

GILBERTE

Eh bien !... je. . .

PAULINE, entrant.

Madame...

G I LBERTE, avec un cri de joie.

Mon fils!... Georges est prêt. Amenez-le moi... tout de suite.

PAULINE

Mais, madame...

GILBERTE, à Valréa?.

Je sors... vous entendez... je sors avec mon fiis.

PAULINE

Monsieur Georges n'est pas ici, madame.

GILBERTE

Il n'y est pas !..

PAULINE

Non, madame; mademoiselle Louise en sortant la emmené avec elle.

110 KHOUFUOU

G t LBERTR, .ivec violence.

Loiiisn ! (Tiichant de se conienir.) C'csl Ijion, Pauline, puisque madoiiioisello T.oiiisc l'a emmène^, c'est trôs-bien. (Pauline son. —A elle-même.) Mon onfinl non plus. ..rien pour me défendre... rien... rien...

Gilberle...

GILBKUTE.

Oh! vous partirez, n'est-ce pas, vous partirez ? Maintenant, plus que jamais, il le faut... Vous partirez, jurez-le moi.

VAL RÉ AS

Oui, je vous le jure, je partirai.

GILBEKTE.

Vous savez bien que, moi, je ne vous aime pas, ([ue je ne vous aimerai jamais... Vous devez bien le savoir... Et vous, vous m'aimez... Voilà pourquoi je veux que vous parliez... Comprenez-moi bien. Si j'iHais frivole, comme on dit, ei coquette, et mauvaise... je vous garderais près de moi, ei cela m'amuserait de vous faire souffrir... Bien des femmes se conduiraient ainsi. Mais moi... je ne veux pas... vous partirez, vous m'oublierez... Si fait, il le faut, oubliez-moi... mais pas trop vite...

Page 1