‹ Fruits défendus: La flèche d'or, Le cadavre et les fleurs [et] Une nuit d'amourChapitre 2 sur 5 · POÉSIE · texte numérisé non relu

POÉSIE

Denise, i856.

Les Fables de Lafontaine filtrées, i885.

Qui ne se rappelle la oTvIesse de ï Athée, cette page qui a l'air d'un béquet dans l'œuvre de Balzac \ Le docteur Bianchon surprend son ancien maure Desplein assistant en cachette à la messe. Or, Desplein était un apôtre du matérialisme le plus absolu. « Pour lui, dit Balzac, l'atmosphère terrestre était un sac générateur; il voyait la terre comme un œuf dans sa coque. Il ne croyait ni en l'animal antérieur, ni en l'esprit postérieur à l'homme. Desplein n'était pas dans le doute : il affirmait. Cette opinion ne devait pas être autrement chez un homme habitué depuis son jeune âge à disséquer l'être par excellence, avant, pendant et après la vie, à le fouiller dans tous ses appareils sans y trouver l'âme unique, si nécessaire aux théories religieuses.

— Me direz-vous, mon cher, dit Bianchon à Desplein, la raison de votre capucinade ?

Et Desplein raconte à son élève l'histoire de sa jeunesse. Pauvre jusqu'au dénûment, sans famille, sans ressources, sans espoir, il s'est rencontré avec un Auvergnat, un porteur d'eau nommé Bourgeat. L'homme du peuple, simple, naïf, sans instruction, comprend que 1 autre avait une mission. Il sacrifie ses économies pour lui fournir l'argent nécessaire à ses examens ; il lui prête de l'argent pour acheter des livres; il le nourrit, le sert, devient à la fois pour lui un père et un domestique. Il meurt enfin sans avoir eu la joie de contempler son ouvrage achevé ; il meurt avant que Desplein fût devenu l'illustre chirurgien, le savant admiré de sa génération.

Or, cet Auvergnat avait la foi du charbonnier ; il aimait la sainte Vierge, le petit Jésus, les saints. 11 était convaincu qu'il y avait quelque part, dans le ciel, un palais des Tuileries oià vivait la famille divine avec les anges pour centgardes et saint Pierre pour concierge.

Bourgeat avait timidement parlé de messes pour le repos des morts. Et, comme la seule chose que Desplein pût lu

offrir était la satisfaction de ses pieux désirs, le célèbre professeur faisait dire à Saint-Sulpice quatre messes par an. Il y assistait .disant avec la bonne foi du douteur: « Mon Dieu, s'il est une sphère oià tu mettes après leur mort ceux qui ont été pqrf^iirs, pense à Bourgeat ! >■

Bianchon, qui soigna Desplein d-ins sa dernière maladie, n'ose pas affirmer que l'illustre chirurgien soit mort athée.

J'ai relu dernièrement cette histoire en sortant de chez l'un des hommes les plus instruits de notre époque, un philosophe, un professeur, qui a été l'ami de Littré et de Claude Bernard.

Comme il m'avait laissé seul quelques instants dans une pièce attenante à son cabinet de travail, je feuilletais les épreuves d'un de ses premiers ouvrages, dont l'éditeur prépare une nouvelle édition.

Le chapitre V est intitulé : « La nature de l'âme. Doctrine de l'émanation et de l'absorption. »

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