‹ Fusains et eaux-fortesChapitre 11 sur 32 · LES · texte numérisé non relu

LES

A moins que vous ne soyez un fossile genre drigoiig ou lamentin profondémement enfoui sous la couche tertiaire, vous avez sans doute vu les danseurs espagnols ; le Camprubi et la Dolorès Serrai, charmant couple ; si vous avez commis cette monstrueuse faute de ne point louer une stalle ou une loge aux Variétés, au temps où ces deux étincelants papillons effleuraient du bout de leurs ailes inondées d'une pluie de paillettes les planches poussiéreuses, presque défoncées par le sabot pesant de ce grand animal d'Odr\ , l'Antinolis des cuisinières, vous n'avez plus qu'à vous battre la poitrine avec un rocher en signe de repentir, comme saint Jérôme, et à vous pendre solidement à un bon clou, cravaté de chanvre neuf, pour apprendre à votre tête ce que pèsent vos pieds, car vous avez manqué un des

plus ravissants et des plus poétiques spectacles du monde.

Vous savez quelle chose hideuse c'est qu'un danseur ordinaire; un grand dadais avec un long cou rouge gonflé de muscles, un rire stéréotypé, inamovible comme un juge ; des yeux sans regard, qui rappellent les yeux d'émail des poupées à ressort ; de gros mollets de suisse de paroisse, des brancards de cabriolet en façon de bras, et puis de grands mouvements anguleux, les coudes et les pieds en équerre, des mines d'Adonis et d'Apollon, des ronds de jambes, des pirouettes et autres gestes de pantins mécaniques. Rien n'est plus horrible, et je ne sais vraiment pas comment l'on peut se retenir de leur envoyer, en guise de la pluie de fleurs usitée à l'Opéra, une grêle de pommes crues et d'œufs cuits.

Le sonor Camprubi est aussi agréable à voir danser qu'une femme, et cependant il conserve à ses poses un air héroïque et cavalier qui n'a rien de la niaise afl'éterie des danseurs français.

Et les danseuses, quelle triste population ! c'est une laideur, une misère, une pauvreté de formes à faire pitié : elles sont maigres comme des lézards à jeun depuis six mois ; et quand on les regarde sans lorgnette au plus fort de leur danse, leur buste, à peine perceptible dans le frêle tourbillon de leurs bras et de leurs jambes, leur donne l'apparence d'à-

raignées (ju'ou inquiète dans leurs toiles, et qui se démènent éperdument. Je ne sais si vous vous êtes avisé de faire une étude spéciale du cou et de la poitrine d'une danseuse ; les clavicules éclairées en dessous font une horrible saillie transversale où viennent s'attacher, comme des cordes de violon sur leur chevalet, quatre à cinq nerfs tendus à rompre, sur lesquels Paganini auraitjoué facilement un concerto. Le larynx, rendu plus sensible par la maigreur, fait une protubérance pareille à celle que fait au cou d'une dinde une noix avalée tout entière, et c'est en vain qu'on chercherait dans la plaine de leurs charmes la moindre rondeur ayant rapport à ce que messieurs les poètes nomment dans leur jargon les collines jumeUes, les deux 2^et1.ts monts de neige et autres belles expressions plus ou moins anacréontiques. Quant aux membres inférieurs, ils sont d'une grosseur tout à fait disproportionnée, de sorte qu'il semble que l'on ait vissé le corps scié en deux d'une petite fille phtisique sur les jambes d'un grenadier de la garde.

La Dolorès a la poitrine potelée, les bras ronds, la jambe fine et le pied petit ; quoiqu'elle danse très bien, elle est très jolie ; si l'on doit exiger rigoureusement la beauté de quelqu'un, c'est à coup sûr d'une danseuse. Tout le monde a le droit d'être laid, excepté les acteurs et les actrices, les danseurs et les danseuses. Il peut suffire à une actrice d'un

grand talent de n'être qu'agréable et gracieuse/ mais il faut absolument qu'une danseuse soit très belle. La danse est un art tout sensuel, tout mat«''l'iel, qui ne parle ni à l'esprit, ni au cœur, et qui ne s'adresse qu'aux yeux. Tenez-vous droite sur l'ongle de vos orteils, tournez un quart d'heure en rond, comme une toupie fouettée, levez la jambe à la hauteur des frises, qu'est-ce que cela me l'ait, si mes yeux sont cho(|ués ?

Une femme qui vient à moitié nue, avec une frêle jupe de gaze, un pantalon collant, se poser devant votre binocle au feu de quatre-vingts quinquets, et qui n'a pas d'autre affaire avec vous que de vous montrer ses épaules, sa poitrine, ses bras et ses jambes dans une suite d'attitudes favorables à leur développement, me semble douée de la plus merveilleuse impudence, si elle n'est pas aussi belle que Phaëne, Aglaure ou Pasithée. Jesuis peu curieux de voir un laideron se trémousser maussadement dans le coin de quelque ballet. L'opéra devrait être comme une galerie de statues vivantes où tous les types de beauté seraient réunis. Les danseuses, par la perfection de leurs formes et la grâce de leurs attitudes, serviraient ainsi à conserver et à développer le sentiment du beau qui s'éteint de jour en jour. Ce seraient des modèles aussi choisis que possible qui viendraient poser devant le public et l'entretiendraient dans des idées d'élégance et de bonne

grâce. Il ne suffit pas de savoir faire des pas, de sauter très haut et d'agiter un foulard pour être danseuse. L'agilité n'est qu'une qualité secondaire.

Dolorès et Camprubi n'ont aucun rapport avec nos danseurs; c'est une passion, une verve, un entrain dont on n'a pas d'idée ; ils n'ont aucunement l'air de danser pour gagner leurs feux, comme les autres, mais pour leur plaisir et leur satisfaction personnelle ; il n'y a rien de mécanique, rien d'emprunté et qui sente l'école, dans leur manière; — leur danse est plutôt une danse de tempérament qu'une danse de principes et l'on y sent à chaque geste toute la fougue du sang méridional. — Une pareille danse avec des cheveux blonds serait un lourd contresens.

Comment se fait-il que cette danse si chaude, si impétueuse, aux mouvements si accentués , aux gestes si libres, ne soit nullement indécente, tandis que le moindre écart d'une danseuse fran^'aise est d'une immodestie si choquante? C'est que la cachucha est une danse nationale d'un caractère primitif et d'une nudité si naïve qu'elle en devient chaste ; la volupté est si franche, l'amour si ardent, c'est si bien les provocantes agaceries, la folle pétulance de la jeunesse, qu'on pardonue facilement à la témérité tout andalouse de certaines allures ; c'est un poème charmant écrit avec des ondulations de hanches, des

airs penchés, un pied avancé et retiré, joyeusement scandé par le cliquetis des castagnettes et qui en dit plus à lui tout seul que bien des volumes de poésies erotiques.

Il y a une posture d'une grâce ravissante; c'est l'instant où la danseuse, à demi agenouillée, fièrement cambrée sur les reins, la tète penchée en arrière, ses beaux cheveux noirs, où s'épanouit une large rose, à moitié défaits, les bras étendus et pâmés et n'agitant plus que faiblement les castagnettes, sourit par-dessus l'épaule à son amant qui s'avance vers elle pour lui prendre un baiser. On ne* saurait imaginer un groupe d'un plus joli dessin ; il n'y a rien là de la grâce bête et fade de l'opéracomique. Le cavalier a dans ses mouvements une faciUté, une désinvolture alerte et fière ; il est souple, précis, onduleux et vif comme un jeune jaguar. La femme est jeune, légère, franche dans ses poses dessinant la tournure de ses attitudes avec une netlelé admirable, ne plaçant (|u'à propos son étincelant sourire, ne soulevant guère au-dessus du genou les plis pailletés de sa basquine et ne se livrant jamais à ces affreux écarts de jambe qui font ressembler une femme à un compas forcé.

Il est singulier qu'on n'ait pas engage ce joli couple à l'Opéra; il eut été bien facile de trouver à l'employer. Ces danses nationales, d'un caractère si original, eussent merveilleusement varié le répertoire choré-

rcraphi(|Lie si inonutuiie de sa nature. Il me semble que rOpéra devrait attirer à lui tous les plus beaux danseurs et les plus belles danseuses du monde, tout ce qui a une célébrité dans ce genre. Croit-on, par exemple, qu'un rôle de bayadère n'offrirait pas un attrait fort vif, exécuté par une véritable bayadère de Calcutta ou de Masulipatam ? Pourquoi n'a-t-on pas des aimées au tbéàtre de la rue Lepelletier? Nos relations nouvelles avec l'Orient permettraient de s'en procurer sans beaucoup de frais ni de peine.

M. Lubbert, ancien directeur de TOpéra et bon juge en cette matière, qui a voyagé dans les échelles du Levant, affirme que rien n'approche de la perfection de leurs danseuses. Il ne faudrait cependant pas croire d'après ceci que nous voudrions que les rôles chinois fussent remplis par des Chinois exclusivement, et ainsi de suite ; nous admettons trop largement la convention dans l'art pour descendre à de pareilles puérilités ; mais certainement l'art chorégraphique, art muet et positif, se prèle plus que tout aulre à cette innovation qui ne peut qu'ajouter du piquant au canevas si fatalement ennuyeux des ballets; le saltarello et la tarentelle dansés par des llomains et des Napolitains, la cachucha, la jota aragonesa, le zapateado par des Espagnols ; le pas des schalls par des aimées et des bayadères offriraient assurément un attrait qu'ils n'ont pas. exécutés

par les danseurs ordinaires. En attendant les aimées, il aurait fallu garder les Espap^nols et en faire venir d'autres de Madrid, où, dit-on, il y en a encore de meilleurs.

{La Charte de 1830, 18 avril 1837.

Aucun artiste n'a certainement les jouissances d'amour-propre de l'acteur. Quandje dis l'acteur, l'épithète de bon est sous-entendue. Sa gloire lui est escomptée sur-le-champ, et il n'a pas besoin d'attendre d'être un buste de marbre pour être triomphalement couronné de lauriers. Les bouquets pleuvent sur lui de l'avant-scène, les mains gantées de blanc des fashionnables et des belles dames ne dédaignent pas de se rapprocher en sa faveur ; on le fait revenir après la chute du rideau, au grand mécontentement du commissaire de police; on crie, on trépigne , on hurle , on cogne le plancher avec sa canne, on casse les banquettes; on mettrait volontiers le feu au théâtre pour lui exprimer plus chaudement son admiration ; je ne pense pas que l'on en ait jamais fait autant pour M. de Chateau-

briaiid, iM. Hugo, M. de Lamartine ou M. Roger de Beauvoir.

Mais s'il a cette douce satisfaction, d'être applaudi tout vif et de toucher la renommée du doigt, il a aussi ce malheur de ne rien laisser de lui et d'être oublie ou contesté après sa mort; la chose a déjà lieu pour Talma, qui est à peine encore refroidi dans son suaire drapé à l'antique ; nous autres, jeunes gens, qui ne l'avons guère vu que le jour de la Saint-Charlemagne, lorsque nous faisions notre cinquième ou notre sixième, nous sourions d'un air incrédule aux miracles qu'en racontent les hommes de l'Empire, et nous serions presque tentés de répondre que le bonnet de coton de Frederick est plus drôle que la napoléonienne perruque de Sylla.

C'est ce qui fait que le comédien, plus que le poète, plus que le compositeur, plus que le peintre, a besoin du criti(iue; sans critique, le comédien n'existe pour ainsi dire pas. Le poète imprimé est comme Dieu ; il est divisible à l'infini et reste toujours un.

Tous en ont une part, et tous l'ont tout entier.

De cinq petites raies barbouillées de croches et de noires vont jaillir au premier coup d'archet les plus suaves harmonies. La toile survit au peintre, et l'on ne s'aperçoit que Raphaël est mort que parce qu'il ne fait plus de tableaux. Sa pensée existe tout entière, et il nous sourit aussi doucement par les tendres

lèvres de ses madones que s'il vivait encore, le divin jeune homme ! Il n'en est pas ainsi du comédien.

Le comédien est en même temps le peintre et la toile, sa figure est le champ où il dessine. Il réalise sa création sur lui-même ; ses couleurs ne sont que du fard, il esquisse avec un geste et n'a, au lieu d'une touche qui reste, qu'une intonation qui s'en va. Aussi Hamlet, Oreste, Othello descendent avec lui dans la tombe. Il n'y a point, hélas ! de galerie où l'on puisse aller admirer son œuvre après sa mort.

La parole est ailée, le geste ne laisse pas de trace. Comment conserver à la postérité ce froncement de sourcils tout à fait olympien, qui faisait trembler jusqu'aux moucheurs de chandelles et aux banquettes elles-mêmes ; dans quel esprit-de-vin confire ce son de voix si majestueusement caverneux ? Il faudrait pour cela avoir la recette des mots de gueule gelés dont parle maître François Rabelais, et je pense qu'elle est aussi positivement perdue que la recette de l'eau de Jouvence.

Il y a sans doute je ne sais où, quelque part, très haut et très loin, une région vague, un heu de refuge quelconque où va ce qui ne laisse ni corps ni fantôme, ce qui n'est rien, ayant été, comme le son, comme le geste, comme la beauté des femmes qui sont devenues laides, et les bonnes intentions qui n'ont pas été remplies.

Un feuilleton bienfait pourrait être cet endroit-

là pour les fugitives et impalpables inspirations de l'artiste dramatique. Ces fleurs idéales, au parfum enivrant, aux couleurs éclatantes ; ces pauvres anémones de la poésie qui naissent d'un souffle et meurent d'un souffle entre les planches de la scène sans avoir jamais vu d'autre soleil que le lustre, devraient y laisser leur délicate empreinte, comme ces plantes que les faiseurs d'herbiers compriment entre deux feuilles de papier blanc pour en obtenir un duplicata exact; — le parfum n'y est plus, il est vrai, mais le port, l'attitude, la forme des pétales et des pistils s'y trouvent fidèlement reproduits, et il est aisé de reconnaître sur ce spectre de fleur ce qu'elle a été, fraîche, épanouie.

Malheureusement, les feuilletons sont mal faits. Qu'est-ce, en efl'et, qu'un feuilleton? Une espèce de tréteau hebdomadaire où l'auteur vient parader et danser sur la phrase avec ou sans balancier. Les critiques ne sont plus vraiment que les graciosos et les clowns du journalisme ; ils marchent sur les mains, font la roue et le saut du tremplin, portent des échelles sur les dents et n'ont guère d'autre défaut que celui-ci, assez peu important pour des critiques, c'est à savoir qu'ils ne sont pas des critiques du tout.

Leurs feuilletons sont très charmants et du meilleur air ; les paillettes et les pierreries fausses ou vraies y sont jetées en profusion ; chaque note y

éclate comme une bombe lumineuse d'un feu d'artifice de Ruggieri ; cela est étincelaut, chatoyant, phosphorescent, mais n'apprend rien, sinon que messieurs du feuilleton sont des personnes d'infiniment d'esprit, vérité qui n'a jamais été révoquée en doute et qui se passerait fort bien de cette preuve.

La manière de juger d'aujourd'hui a beaucoup de rapport avec celle des conseils de guerre : absous ou fusillé impitoyablement, absurde ou subUme,iln'y a pas de milieu ; ces deux mots péremptoircs suffisent aux besoins de la critique.

Cela est en vérité un peu bien leste et ressemble trop à la justice turque ; on admet ou l'on rejette en masse, on a des haines et des engouements aveugles. On ne raisonne pas, on n'analyse pas, on s'en rapporte à une impression brute et générale. Plus de ces charmantes causeries de foyer où s'agitaient entre les auteurs et les critiques mille petites questions d'art; maintenant on s'y promène comme dans un manège et l'on y parle delà Chambre et du cours de la rente.

Autrefois, ce n'était pas ainsi; on s'intéressait à une actrice dès son début ; on la suivait dans ses progrès, on s'intéressait à elle comme à une fleur que l'on voit grandir; on l'applaudissait avec discrétion et mesure, de manière à lui faire sentir où elle avait bien fait, où elle avait failli; on lui disait: Vous avez atteint au naturel du débit, mais vos poses ont

encore de la raideur ; vous mettez votre rouge trop haut ou trop bas; telle couleur vous sied, telle autre vous va mal ; vous tenez vos coudes trop en dedans et vos pieds trop en dehors... Tout cela contribuait au perfectionnement de l'art, car il y a plus de profit réel à tirer de ces menues observations que de vagues considérations esthétiques qui le plus souvent n'aboutissent à rien et sont tout à fait inapplicables.

Maintenant que Thalie et Melpomène se barbouillent les joues avec du sang de bœuf en guise de fard, et qu'un théâtre a l'air pendant la représentation d'une ménagerie pleine d'animaux hurlants qui attendent qu'on ouvre les grilles pour les lâcher dans le cirque, on ne fait plus attention à ces nuances délicates, à ces intonations pleines de fmesse qui faisaient le charme des vieux amateurs ; il faut brailler à tue-tête, rouler de gros yeux, se traîner par terre à quatre pattes en faisant des contorsions horribles pour réveiller un moment un public distrait et blasé par le régime d'alcool littéraire au(iucl il a été soumis depuis quelques années.

On ne sait pas le moindre gré à une actrice d'èlre jolie, on ne lui demande que de crier bien fort ; et cependant, il est plus difficile d'être jolie que d'avoir une grosse voix ; on ne se soucie plus de la beauté des femmes; l'on aime peu les Heurs et beaucoup le tabac à fumer. Cette question importante de savoir si le nez à la Koxclane est préférable au nez

grec, et le talent de M"'" Mars à celui de M""' Dorval, préoccupe beaucoup moins les gens que la loi sur a pêche fluviale, ce qui est profondément déplorable et prouve que la société chancelle sur sa base. L'indifi'érence en fait de jeunesse et de beauté est allée si loin à l'endroit des comédiennes, que toutes les actrices en réputation sont pour le moins quadragénaires.

Nous avons la perception si lente pour la beauté des femmes, que nous commençons à nous apercevoir qu'elles sont jolies lorsqu'elles commencent à grisonner. Pour réaliser ce feuilleton rêvé par nous, il faudrait qu'un homme de cœur, de style et d'esprit, comme on dit à présent, se donnât la peine de suivre exactement le jeu de quelques acteurs, Frederick, Bocage, Bouffé, M"« Georges, M'"^ Mars, M""^ Dorval, par exemple, dans tous leurs rôles importants, et en fît une criti([ue détaillée scène par scène, couplet par couplet, vers par vers, mot par mot. Je voudrais que le moindre geste fût noté scrupuleusement, que l'on rendît compte d'une inflexion de sourcil, d'une tenue de voix et de ces mille détails dont après tout se compose la physionomie d'un rôle et qui font la différence du grand acteur à l'acteur médiocre. Je sais que cela pourra paraître minutieux à quelques feuilletonistes tranchants et superlatifs; mais toute autre critique est illusoire et ne profite à personne qu'à celui ({ui la fait. Par une description

animée et vivante, il laiidi'ait l'aire paraître l'acteur aux yeux du lecteur, avec ses poses, ses gestes, ses manières de se draper, de marcher, de s'asseoir, son timbre de voix, son sourire, ses tics, ses grimaces et toutes ses habitudes théâtrales; les feuilletons sur un acteur devraient èlre enqueliiue sorte une suite de dessins avec des explications et des notes, où l'on verrait clairement tous les aspects et tous les profils d'un rôle; il serait bon aussi d'examiner sévèrement le costume, la tenue et la figure des acteurs. La figure d'un acteur doit être critiquée comme une peinture, car c'en est une, et l'on peut, en toute sûreté de conscience, railler une actrice de paraître laide et vieille dans les rùlesd'ingénuc comme si elle avait commis une faute de mémoire ou de prononciation, et ce n'est point le cas de tomber dans les attendrissements que font naître naturellement le grand âge et les défectuosités physiques.

Un feuilleton ainsi fait serait assurément quelque chose d'utile à Tari, aux acteurs et au public; mais qui aura le courage, la patience et le talent de le faire? Après la mort de l'acteur, ceux qui ne l'auraient pas vu iraient consulter ce duplicata fidèle, comme on va voir à la r»ibliotliè(iuc royale l'œuvre gravée d'un peintre dont on ne connaît pas les tableaux.

[Ln Charte de 1SW, 27 avril 1837.)

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