‹ Fustel de Coulanges (volume 2)Chapitre 18 sur 96 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Études poUUqpies (1870-1871).

M. Fustel de Coulanges était k Paris depuis peu, lorsqu'il fut appelé, sur la recommandation de M. Duruy, à enseigner l'histoire a l'Impératrice. Il y a dans ses cartons une liasse de notes dont la destination n'est pas marquée, mais qui se rapportent évidemment à ce cours. Il avait le dessein d'y indiquer ce que les hommes d'aujourd'hui doivent au passé. Il s'était d'abord tracé un horizon très vaste, puisqu'il remontait jusqu'à Tage de la pierre. Mais on le pria de glisser sur les origines et d'arriver rapidement aux temps modernes. Il put de la sorte atteindre en onze leçons

la mort de Louis XI ; là, il fut arrêté soudain par la guerre allemande.

Aucune de ces leçons n'a été écrite; pour toutes M. Fustel s'est borné à établir un court sommaire , qu'accompagnaient probablement quelques textes bien choisis. L'auditoire spécial qu'il était chargé d'instruire * aurait peu goûté des vues trop profondes. Il mit donc tous ses soins k développer devant lui les idées en vogue, sous une forme aussi claire et aussi simple que possible. Ses plans avaient parfois une grande originalité. C'est ainsi qu'ayant à parler de saint Louis, il commença par analyser les dernières recommandations du roi à son fils pour rechercher ensuite dans quelle mesure il s'en était lui-même inspiré durant son règne. La leçon consacrée aux progrès ultérieurs de la royauté est plus didactique; mais l'exposition y est si lucide qu'elle donne de l'attrait aux détails même les plus arides.

Enfermé à Paris pendant le siège, il chercha

1. Plusieurs dames de la cour assistaient avec l'Impératrice à ces leçons; l'Empereur lui-même y parut quelque* fois.

une consolation dans le travail. Mais, sous l'empire des circonstances plus fortes que ses tendances naturelles, son activité d'esprit se concentra presque tout entière sur le présent.

Le 28 octobre 1870, il adressa « à Messieurs les ministres du culte évangélique de l'armée du roi de Prusse » une lettre où il protestait contre leurs prédications haineuses, contre leurs préjugés sur les mœurs de la « moderne Babylone », et contre l'outrecuidance qu'ils avaient d'associer Dieu à une œuvre de violence et de destruction*.

Le 27 octobre, en réponse à une brochure de M. Mommsen, il soutint que l'Alsace, malgré ses /iffinités de race et de langue avec l'Allemagne, était depuis longtemps française de cœur, et que d'ailleurs nul n'avait le droit de disposer d'elle contre son gré. « En ce moment, ajoutait-il, la France et la Prusse se la disputent, mais c'est l'Alsace seule qui doit prononcer. Vous dites que vous revendiquez Strasbourg

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