Dubois, les Ligues étolienne et achéenncy p. 88 et
sensible. Quelques phrases de la conclusion témoignent d'un certain penchant vers les théories fatalistes. D'après lui, l'état de la Grèce et du monde exigeait qu'il y eût une Rome. « Les factions qui déchiraient chaque ville mirent entre toutes une communauté d'affections et de haines qui prépara l'unité. Il fallait que l'unité du monde s'opérât de cette façon plutôt que par les armes et par la politique.... Il fallait qu'elle s'accomplît par une sorte de convention tacite entre les nations, par un échange où l'une donnât ses arts et son intelligence, une autre sa science de l'administration et ses lois, une troisième l'énergie de ses caractères. Il fallait enfin que toutes fussent liées par ce qu'il y a de plus puissant, l'intérêt. » A la longue, l'empire de Rome détruisit partout le patriotisme municipal et mêla les populations au point que la patrie de chacune embrassa l'univers entier. « Ainsi l'association humaine s'élargit, et il \e fallait, pour que les arts de la Grèce fussent répandus dans tout l'Occident, pour que le sentiment de l'humanité et de la charité prît racine dans les cœurs. »
Ces réflexions reparaissent, avec des développements nouveaux, dans la Cité antique] car il y a ceci de remarquable que les ouvrages de M. Fustel s*engendrent, pour ainsi dire, les uns les autres, en sorte que le plus récent est presque toujours annoncé, au moins partiellement, par les ouvrages antérieurs. Mais, au cours de leurs migrations, ses idées ne cessent de se perfectionner dans le même sens que sa méthode. Rien de plus instructif à ce propos que la comparaison des dernières pages de Polybe avec la fin de la Cité antique. Les événements qu'il 'avait prétendu expliquer dans le premier cas par le système du fatalisme, il les explique dans le second par le déterminisme.
Il s'était figuré tout d'abord qu'ils étaient produits par une force mystérieuse qui, bon gré mal gré, entraînait les sociétés vers un but lointain et caché. Plus tard, il en arriva à envisager le présent comme le fruit naturel du passé, et il le fit sortir non pas des profondeurs obscures de l'avenir, mais de l'ensemble des circonstances qui en avaient précédé l'éclosion. C'était substituer à une conception meta-
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physique une vue plus scientifique, et par conséquent plus exacte des choses.
Le succès de son examen de doctorat appela M. Fustel d'Amiens au lycée Saint-Louis; mais il n'y demeura guère que deux ans. Il reconnaissait sans fausse honte que la discipline laissait beaucoup à désirer dans sa classe et qu'il ne réussissait pas toujours à y établir le silence. Il finit par conclure avec ses élèves un accord stipulant que le professeur parlerait et serait écouté pendant une heure, et qu'ensuite il les livrerait h eux-mêmes. J'ignore dans quelle mesure le premier article fut respecté. L'enseignement secondaire avait en outre pour lui l'inconvénient de réduire à l'excès le temps que réclamaient ses travaux personnels. Aussi attendait-il avec impatience le moment où il . occuperait une chaire de faculté. Ce vœu fut exaucé en octobre 1860, lorsqu'on l'envoya à Strasbourg.