CHAPITRE XIX SCULPTURE. — PREMIÈRE PÉRIODE. — PÉRIODE GOTHIQUE
EN Angleterre, l'histoire de la sculpture primitive offre les lacunes et les particularités de celle de tous les arts. Les iconoclastes ont supprime des anneaux entiers de la chaîne qu'elle devrait former. D'un autre côté, le passage de la barbarie à la civilisation ne s'est pas effectué, dans les Iles, d'une manière continue. Il y eut successivement plusieurs conquêtes, et Ton vit se succéder des races a un degré différent d'évolution. L'art s'en est naturellement ressenti.
Les spécimens les plus anciens de la sculpture que nous puissions citer dans ce chapitre sont des croix d'inspiration celtique, que l'on désigne communément sous le nom d'angliennes. La plus belle est celle de Bewcastle, dans le Cumberland. Elle a une figure du Christ d un côté et des ornements celtiques sur les trois autres faces. Cette croix porte, de plus, des inscriptions qui permettent de l'attribuer au commencement de la dernière moitié du \'\\ siècle. D'autres croix angliennes, entières ou mutilées, existent près du Border. Les moins anciennes sont d'une technique perfectionnée, qui les a fait attribuer à des sculpteurs indigènes instruits par des artistes venus d'Orient. Mais on peut se demander si cette influence étrangère n'a pas été exagérée ou mal comprise. Elle ne fait pas de doute ; mais ce fut la technique seule qui la subit. Son action resta presque nulle sur l'esprit des artistes celtiques. Dans le Sud de l'Angleterre, autour de Winchester, la conquête saxonne modifia bien davantage les conceptions premières des occupants. Une école y prit naissance, dont l idéal s'inspira des nouveaux venus. La sculpture cessa d'être simple.
c; R A N I) / . n R /•: tàcn /•: / : r irlan n t:
Sfi^y^l^îi^JpJ
i^Ëw
^ SSli| jjgl
Kk'^'HU
'^WÊàmM
R ii£^\'\ iwi' m
^W^tm
s ft¥ ralJI
tïHiH
ffv.w^ IjjKhI^
ff'-^^^ ^
FiG. 5i5. — BasReliki' Saxon : Li-: Chkisi
A LA DEMEIRE DE MaRTIIE ET DE MaRIE,
A LA Cathédrale de Chichester.
Elle s'efforça de devenir dramatique. Les spécimens les f)lus célèbres que cette école nous ait laissés de son art, dans son plein épanouissement, sont les bas-reliefs de la cathédrale de Chichester, qui se rapportent à l'histoire de Lazare. Ils représentent le Christ arrivant a la maison de Marthe et de Marie (flg. 515) et la résurrection du frère de ces saintes femmes (fîg. 516). On y sent un grand effort dans la recherche du raffinement et aussi une ambition technique considérable. On s'y
essaie à des choses difficiles, comme les figures vues de trois quarts.
Parmi les autres productions de l'école saxonne, sont de grandes
croix de jubé. Les églises de Bradford-on-Avon et de Romsey
en possèdent les meilleurs exemples. Parfois la figure du Christ
y était accompagnée d'anges, dont on a, de même, des spécimens. La conquête normande
apporta d'autres changements. Lorsqu'ils passèrent
en Angleterre, les Normands,
issus des Pays Scandinaves a
une date relativement récente
de leur histoire, formaient
une race pleine de vigueur,
animée d'ambitions artistiques
que les Celtes continentaux
leur avaient transmises. Ils
couvrirent de monuments la
Grande-Bretagne ; mais leurs
œuvres furent purement
architecturales. Leurs plus
grandes cathédrales, comme
celle de Winchester, de
l'iG. 5i6. — Bas-Relief Saxon :
La Résurrection de Lazare,
a la Cathédrale de Chichester.
- SCULPTURE. PREMIERE PÉRIODE. PÉRIODE GOTHIQUE
Saiiit-Albans et aussi, sans cloute, de Londres et de Canterbury, avaient des fresques ; mais elles n'étaient pas ornées de sculptures. La façade ouest de la cathédrale de Lincoln a, il est vrai, des basreliefs importants, qui seraient des exemples primitifs de la sculpture normande, si leur date était bien celle de la maçonnerie qu'ils décorent. Cette façade fut, en effet, construite en 1075, par l'évéque Remigius. Mais les bas-reliefs ne paraissent pas de la même époque. On peut tout aussi bien les dater de la période saxonne ou de la première moitié du XI r siècle-
11 n'est pas utile de s'appesantir sur les sculptures de la période gothique à plein cintre. Même dans leur forme la plus développée, comme au portail occidental de la Cathédrale de Rochester, ces sculptures purement architectoniques manquent d'interét pour l'étude de la sculpture britannique.
On peut dire, d'une manière générale, que la sculpture gothique
FiG. 517. — Clef de Voûte. A LA Cathédrale de Chichester.
FiG. 5i8. — Les Frères de Joseph, a la Cathédrale de Salisbury.
^v-jiVW'M
' «vflflPK^^H
srS!Na^3^J
\ ^i^ ^^v9^ *^vi
^vSySt^i
ly^^
FiG. 519. — Ange KNCENSErR, .v la Cathédrale de Lincoln.
ne date que du moment où Ton mtroduisit des têtes sculptées dans les constructions du premier style ogival. Elles étaient décoratives, mais les corbeaux, les consoles, les tympans et les cordons des arêtes en saillie pouvaient être travaillés, en raison de leur forme, aussi librement que si l'artiste ne s'était trouvé que sous la dépendance de ses outils et de la matière. Les chapiteaux, les cordons en saillie et les tympans avaient, au contraire, des formes qui limitaient la pensée et le travail du sculpteur. Souvent, sans l'architecture environnante, ce travail n'aurait aucune signification. Prior et Gardner ont bien indiqué la cause qui explique la lenteur du développement de la sculpture dans l'architecture ogivale. Les artistes gothiques, ayant trouvé leur voie dans l'ossature de la construction, ne voulurent admettre que le moins possible de ce qui risquait de la troubler.
Les plans des premiers architectes qui travaillèrent dans le style ogival ne comportaient pas d'images taillées. Elles manquent â Canterbury, à Chichester et ailleurs, et n'apparaissent au Nord de l'Humber que vers le milieu du XIIP siècle.
Ce fut dans le Sud du pays que s'éveilla la scul-
FiG. 520. — Porte Sud du Chœur
DES Anges, a la Cathédrale
DE Lincoln.
FiG. 521. — Détails DU